Apple, Jobs : John Sculley à cœur ouvert

Apple, Jobs : John Sculley à cœur ouvert

par Arnauld de La Grandière le Dimanche 17 Octobre 2010 à 00:07
John Sculley a été PDG d'Apple de 1983 à 1993. Une lutte de pouvoir avec Jobs a mené à l'éviction du co-fondateur d'Apple par le conseil d'administration en 1985, avant qu'il ne revienne aux commandes de la société en 1997 avec le succès que l'on sait. Dans une interview exclusive pour Cult of Mac, Sculley revient sur ce qu'il a retenu de sa collaboration avec Steve Jobs.

En 1983, Apple fait face à une croissance phénoménale grâce aux très bonnes ventes de l'Apple II. Elle doit se "professionnaliser", passant très vite de la petite société fondée dans un garage à une multinationale qui a lancé l'industrie de la micro-informatique. Steve Jobs, alors à pied d'œuvre sur le projet Macintosh, va débaucher John Sculley, président de PepsiCo, avec la fameuse phrase : « Voulez-vous passer le restant de vos jours à vendre de l'eau sucrée, ou voulez-vous venir avec moi et changer le monde ? »

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La « méthode Steve Jobs »

« À l'époque où j'ai rencontré Steve Jobs, qui remonte à 25 ans de cela, il mettait en place les mêmes premiers principes de ce que j'appelle "la méthodologie Steve Jobs pour fabriquer de grands produits".

Du moment où je l'ai rencontré, Steve a toujours adoré les beaux produits, particulièrement matériels. Il est venu chez moi et il était fasciné parce que j'avais des charnières et des serrures conçues spécialement pour mes portes. J'avais fait des études de design industriel, et c'était la chose que nous avions en commun. Ça n'était pas l'informatique.

Je n'y connaissais rien en informatique, pas plus d'ailleurs que qui que ce soit d'autre à l'époque. C'était au tout début de la révolution de l'informatique personnelle, mais nous croyions tous les deux dans le beau design et Steve en particulier pensait qu'il fallait commencer le design du point de vue de l'expérience de l'utilisateur.

Il regardait toujours les choses du point de vue de ce que serait l'expérience de l'utilisateur. Mais à l'inverse de nombreuses personnes dans le marketing à l'époque, qui auraient fait des études de consommateurs, en demandant aux gens ce qu'ils veulent, Steve ne croyait pas à ces choses là.

Il disait "Comment pourrais-je demander à qui que ce soit ce à quoi devrait ressembler un ordinateur basé sur l'interface graphique si personne n'a la moindre idée de ce que c'est ? Personne n'en a jamais vu avant." Il pensait que montrer à quelqu'un une calculatrice, par exemple, ne lui donnerait aucune indication de jusqu'où l'ordinateur pourrait aller, parce que c'était un bond trop important.

Steve partait toujours de l'expérience utilisateur, et pour lui le design industriel était une partie prépondérante de cette expérience. Et il m'a recruté chez Apple parce qu'il pensait que l'ordinateur finirait par devenir un produit de consommation. C'était une idée effarante au début des années 80 parce que les gens pensaient que les ordinateurs personnels n'étaient que de plus petites versions des gros ordinateurs. C'est comme cela qu'IBM le concevait.

Mais Steve pensait à quelque chose de complètement différent. Il pressentait que l'ordinateur allait changer le monde, et qu'il deviendrait ce qu'il appelait "la bicyclette de l'esprit". Il permettrait aux individus d'obtenir des capacités incroyables dont ils n'ont jamais pu rêver avant.

Il était habité d'une vision gigantesque. Mais il croyait également dans l'attention aux détails précis à chaque étape. Il était méthodique et apportait beaucoup de soin à tout ce qu'il touchait — un perfectionniste jusqu'au bout.

Ce qui rend la méthodologie de Steve différente de toutes les autres c'est qu'il a toujours cru que les décisions les plus importantes que vous prenez ne sont pas au sujet de ce que vous faites — mais de ce que vous ne faites pas. C'est un minimaliste. »

Apple et Microsoft, deux écoles de pensée

« La chose qui sépare Steve Jobs d'autres personnes comme Bill Gates — Bill était également génial —, mais Bill n'a jamais été intéressé par le bon goût. Ce qui l'intéressait c'est dominer un marché. Il y mettrait tout ce qu'il faut pour posséder cet espace. Steve ne ferait jamais ça. Steve croyait en la perfection. Steve était prêt à prendre des paris extraordinaires en essayant de nouvelles directions pour les produits, mais c'était toujours du point de vue du designer.

Pour vous livrer une anecdote, un de mes amis s'est rendu à des réunions chez Apple et Microsoft le même jour, et c'était l'année dernière, donc c'est récent. Il est allé à la réunion d'Apple (il est l'un de leurs fournisseurs) et dès que les designers sont entrés dans la salle, tout le monde a arrêté de parler parce que les designers sont les gens les plus respectés dans l'organisation. Tout le monde sait que les designers parlent au nom de Steve parce qu'ils en réfèrent directement à lui. Il n'y a que chez Apple que le département design s'adresse directement au PDG.

Plus tard dans la journée il s'est trouvé chez Microsoft. Quand il est arrivé à la réunion, tout le monde parlait et quand la réunion a commencé pas un seul designer n'a mis les pieds dans la salle. Tous les gens de la technique sont là à essayer d'ajouter leurs idées de ce qui devrait être la charge du design. C'est une recette pour un désastre.

Microsoft embauche les gens les plus intelligents du monde. Ils sont réputés pour les tests incroyablement difficiles qu'ils font passer lors des candidatures. Le problème, ça n'est pas leur intelligence ou leur talent. C'est que le design chez Apple est tout en haut de l'organisation, mené par Steve en personne. Dans d'autres sociétés, le design n'est tout simplement pas là. Il est enterré quelque part sous la bureaucratie… Dans les bureaucraties beaucoup de gens ont l'autorité pour dire non, pas l'autorité pour dire oui. Alors vous finissez par avoir des produits bourrés de compromis.

Ayant assisté aux premiers jours, je n'ai vu aucun changement dans les premiers principes de Steve — sauf qu'il est devenu meilleur à ce jeu. Il rejettera quelque chose que nul ne verra comme étant un problème. Mais parce qu'il a des critères tellement élevés, les gens se posent et demandent "Comment fait Apple? Comment fait-elle pour avoir des produits aussi incroyables ?"

C'est un minimaliste et il réduit constamment les choses à leur niveau le plus simple. Cela n'est pas simpliste, c'est simplifié. Steve est un concepteur de systèmes. Il simplifie la complexité.

Si vous n'y apportez pas d'importance, vous obtiendrez un résultat simpliste. Cela me dépasse de voir combien de sociétés font cette erreur. Prenez le Zune de Microsoft. Je me souviens avoir été au CES quand Microsoft a lancé le Zune, et il était si barbant que les gens ne sont même pas allés y jeter un coup d'œil. Les Zune étaient morts. C'est comme si quelqu'un venait juste de mettre des légumes défraîchis sur l'étal d'un supermarché. Personne ne voulait s'en approcher. Je suis sûr que c'étaient des gens très brillants, mais ils l'ont construit avec une philosophie différente. La phrase légendaire à propos de Microsoft, qui est presque entièrement vraie, c'est qu'ils finissent par faire les choses de la bonne manière à la troisième tentative. La philosophie de Microsoft c'est d'abord de sortir le produit et de le corriger ensuite. Steve ne ferait jamais ça. Il ne sort jamais rien tant que ça n'est pas parfait. »

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Vos réactions (52 réactions)
ipodtouch3000 [17/10/2010 00:58] via MacG Mobile

Steve ne ferait jamais ça. Il ne sort jamais rien tant que ça n'est pas parfait. »
Ouais pas convaincu. C'est pas ce que me dit l'iPhone 4 lol
ipodtouch3000 [17/10/2010 01:01] via MacG Mobile

"votre montre LCD est 200 fois plus puissante que le premier Mac"
Wahou ma montre décathlon est 200 plus puissante que le premier Mac. Je vais pouvoir frimer devant les potes lol
boxster31 [17/10/2010 01:01]

Merci Arnauld pour ces 4 pages de plaisir.
Ce Sculley a l'air d'etre un type bien.

ps : tu as ecris ce message poste tardivement, tu regarderas, tu s deux trois fautes de traduction, pas méchantes. Modifies mon poste quand tu le verras.

Bon dimanche et encore merci.
pseudo714 [17/10/2010 01:04]

Très bon article. Belle histoire. En tout cas passionnante. Merci.
JustThink [17/10/2010 02:52] via MacG Mobile

@ ipodtouch3000 :
iPhone 4 blanc, nan ?
Spart [17/10/2010 03:53]

Très intéressant.
robertodino [17/10/2010 04:00]

Sacré Sculley va. Steve ne lui pardonnera jamais. C'est la vie.
maberthiaume [17/10/2010 04:42] via MacG Mobile

Je ne connaissait pas tout l'histoire du renvoie de Steve bobs et maintenant je connait merci macgéneration
maberthiaume [17/10/2010 04:43] via MacG Mobile

Je voulais dire Steve jobs désolé
En plus mon correcteur sur mon iPod a pas corriger la faute de frappe
joneskind [17/10/2010 07:01]

"Microsoft have absolutly no taste. Not in a small way, in a big way. [...] they don't put culture in their products"

Ou comment foutre une énorme claque verbale, avec finesse et pertinence.
L'homme aux 50 Mac [17/10/2010 07:29]

Merci beaucoup pour cet article, très très intéressant !!

Nicolas
lord danone [17/10/2010 07:59]

La Bible selon St Sculley.
yebmal [17/10/2010 08:26]

Modéré par F.I. (réaction prévisible et lassante).
Bruno de Malaisie [17/10/2010 08:31]

En général, il n'y a rien pendant le WE sur MacGé, mais là, chapeau bas:)
Un grand merci pour cet article édifiant et passionnant sur le dessous des cartes de l'histoire Apple.
Bon, et maintenant, à quand le film sur SJ, parce que sa vie le mérite clairement. Chez Pixar, en 3D?
iPadOne [17/10/2010 08:40]

Arnauld c’est vraiment un plaisir de lire tes (trop) rares articles de fond …. Mille merci pour cet excellent travail
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