Android, d'Apple à Danger
par Anthony Nelzin le Jeudi 12 Mai 2011 à 15:07
À la fin des années 1980, John Sculley pressent qu'après l'Apple II et le Mac, Apple doit initier une nouvelle évolution de l'informatique avec un appareil mobile. Il suit l'évolution de deux projets en cours depuis une dizaine d'années, convergeant vers la création d'un assistant personnel : Pocket Crystal pour le volet matériel, Paradigm pour le volet logiciel, regroupant des pointures de l'Advanced Technology Group, la division de recherche la plus avancée d'Apple.

General Magic
Las, le projet ne parvient pas à convaincre le conseil d'administration et en mai 1990, John Sculley autorise les équipes du projet Pocket Crystal, sous la direction de son créateur Marc Porat, à devenir une entité indépendante. Apple perd ainsi quelques-unes de ses figures emblématiques comme Bill Atkinson (monsieur MacPaint, QuickDraw et HyperCard). Andy Hertzfeld (monsieur Macintosh) rejoint la société qui se forme, General Magic.
Elle va attirer les meilleurs talents tout en restant très secrète : en 1991, Tony Fadell refuse une offre d'Apple pour travailler chez General Magic alors qu'au même moment, Steve Wozniak transfère la propriété de ses brevets sur la communication par infrarouge à ses anciens collègues. Andy Rubin, ingénieur travaillant sur le Mac Quadra, est débauché en 1992, quelques mois avant que General Magic ne révèle son nom et ses partenaires, de Sony à Motorola en passant par Apple, qui possèdent 10 % de la société chacun.

La société va développer quelques-uns des produits les plus prometteurs du début de la décennie. Bill Atkinson va superviser le développement de Telescript, un nouveau langage de programmation, et de Magic Script, un nouveau langage de script. Ces deux technologies sont la base de Magic Cap OS, un système d'exploitation à interface graphique pour PDAs, reprenant les travaux les plus avancés d'Andy Hertzfeld. Très ambitieux, peut-être trop, le projet ne sera jamais véritablement achevé.
Apple lance son MessagePad 100 en 1993, dont le système Newton met l'accent sur la reconnaissance d'écriture, qui sera amélioré avec l'aide de Palm, une autre société formée par des anciens d'Apple (lire : Palm est mort, vive HP). Magic Cap OS n'utilise absolument pas la reconnaissance d'écriture, utilisant à la place un clavier virtuel : General Magic, qui avait jusque-là bénéficié d'une couverture médiatique hors pair, passe à l'arrière-plan, doublé par le bébé de Sculley (lire : Une petite histoire de l'iPad).

Pire encore, le lancement des premiers appareils Magic Cap chez Sony et Motorola, en 1995, est un véritable désastre. Le Sony PIC-1000 était d'une lenteur affolante, alors que le Motorola Envoy souffrait d'un méchant bogue effaçant toute sa mémoire. Steve Wozniak, qui en avait acheté cinq exemplaires, en fut dépité et cessa dès lors de croire dans le projet. Au moment même où General Magic entre en bourse, la société est un corps sans idées et sans vie.
Tony Fadell fonde alors Fuse, avec l'ambition de devenir le « Dell de l'électronique grand public », notamment dans le domaine de l'audio.
Danger
Le Newton ne connut pas un succès beaucoup plus grand, mais l'idée — l'obsession — de Marc Porat, John Sculley et de la poignée d'ingénieurs Apple ayant défriché ce terrain chez Apple ou ailleurs sut affronter cet échec. À la première vague en succéda une deuxième, définissant les évolutions de l'informatique dans les années 2000 par une de ses successions d'événements dont l'Histoire, grande ironique, a le secret.
En 2000, justement, Andy Rubin fonde Danger, dans l'espoir de recréer l'expérience General Magic. Spécialiste du logiciel, Rubin s'entoure de Joe Britt (WebTV Networks) pour la réalisation d'un service connecté, et de Matt Hershenson (Philips) pour la supervision de la partie matérielle. Matias Duarte, qui a fait ses preuves dans le monde du jeu vidéo, est nommé directeur du design.

Andy Rubin
General Magic
Las, le projet ne parvient pas à convaincre le conseil d'administration et en mai 1990, John Sculley autorise les équipes du projet Pocket Crystal, sous la direction de son créateur Marc Porat, à devenir une entité indépendante. Apple perd ainsi quelques-unes de ses figures emblématiques comme Bill Atkinson (monsieur MacPaint, QuickDraw et HyperCard). Andy Hertzfeld (monsieur Macintosh) rejoint la société qui se forme, General Magic.
Elle va attirer les meilleurs talents tout en restant très secrète : en 1991, Tony Fadell refuse une offre d'Apple pour travailler chez General Magic alors qu'au même moment, Steve Wozniak transfère la propriété de ses brevets sur la communication par infrarouge à ses anciens collègues. Andy Rubin, ingénieur travaillant sur le Mac Quadra, est débauché en 1992, quelques mois avant que General Magic ne révèle son nom et ses partenaires, de Sony à Motorola en passant par Apple, qui possèdent 10 % de la société chacun.

Magic Cap OS a été conçu comme un anti-Mac OS : au lieu d'employer la métaphore d'un bureau qui n'est qu'une abstraction, il utilisait la métaphore d'une maison avec une représentation « 3D ».
La société va développer quelques-uns des produits les plus prometteurs du début de la décennie. Bill Atkinson va superviser le développement de Telescript, un nouveau langage de programmation, et de Magic Script, un nouveau langage de script. Ces deux technologies sont la base de Magic Cap OS, un système d'exploitation à interface graphique pour PDAs, reprenant les travaux les plus avancés d'Andy Hertzfeld. Très ambitieux, peut-être trop, le projet ne sera jamais véritablement achevé.
Apple lance son MessagePad 100 en 1993, dont le système Newton met l'accent sur la reconnaissance d'écriture, qui sera amélioré avec l'aide de Palm, une autre société formée par des anciens d'Apple (lire : Palm est mort, vive HP). Magic Cap OS n'utilise absolument pas la reconnaissance d'écriture, utilisant à la place un clavier virtuel : General Magic, qui avait jusque-là bénéficié d'une couverture médiatique hors pair, passe à l'arrière-plan, doublé par le bébé de Sculley (lire : Une petite histoire de l'iPad).

Le Sony Magic Link PIC-1000
Pire encore, le lancement des premiers appareils Magic Cap chez Sony et Motorola, en 1995, est un véritable désastre. Le Sony PIC-1000 était d'une lenteur affolante, alors que le Motorola Envoy souffrait d'un méchant bogue effaçant toute sa mémoire. Steve Wozniak, qui en avait acheté cinq exemplaires, en fut dépité et cessa dès lors de croire dans le projet. Au moment même où General Magic entre en bourse, la société est un corps sans idées et sans vie.
Tony Fadell fonde alors Fuse, avec l'ambition de devenir le « Dell de l'électronique grand public », notamment dans le domaine de l'audio.
Danger
Le Newton ne connut pas un succès beaucoup plus grand, mais l'idée — l'obsession — de Marc Porat, John Sculley et de la poignée d'ingénieurs Apple ayant défriché ce terrain chez Apple ou ailleurs sut affronter cet échec. À la première vague en succéda une deuxième, définissant les évolutions de l'informatique dans les années 2000 par une de ses successions d'événements dont l'Histoire, grande ironique, a le secret.
En 2000, justement, Andy Rubin fonde Danger, dans l'espoir de recréer l'expérience General Magic. Spécialiste du logiciel, Rubin s'entoure de Joe Britt (WebTV Networks) pour la réalisation d'un service connecté, et de Matt Hershenson (Philips) pour la supervision de la partie matérielle. Matias Duarte, qui a fait ses preuves dans le monde du jeu vidéo, est nommé directeur du design.

Le Danger Hiptop
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Vos réactions (56 réactions)
ericaqc
[12/05/2011 15:30]
Fascinant! Merci pour ce petit cours d'histoire informatique :)
Fascinant! Merci pour ce petit cours d'histoire informatique :)
Ast2001
[12/05/2011 15:37]
je n'ai pas compris en quoi les kins (en photo sur la deuxième page) sont liés en quoi que ce soit à l'histoire narrée ici. J'ai sans doute raté une marche :-)
je n'ai pas compris en quoi les kins (en photo sur la deuxième page) sont liés en quoi que ce soit à l'histoire narrée ici. J'ai sans doute raté une marche :-)
Ast2001
[12/05/2011 15:45]
Ah, le libellé de la photo vient d'être modifié...
Ah, le libellé de la photo vient d'être modifié...
Terenn
[12/05/2011 15:45]
@Ast2001
Regarde la légende sous la photo :
"Les Kin, réincarnation ratée des Hiptop chez le Danger période Microsoft"
@Ast2001
Regarde la légende sous la photo :
"Les Kin, réincarnation ratée des Hiptop chez le Danger période Microsoft"
boulifb
[12/05/2011 16:09]
Article très instructif.
Merci.
Article très instructif.
Merci.
Liena
[12/05/2011 16:27]
Très intéressant, merci !
Très intéressant, merci !
Ast2001
[12/05/2011 17:34]
@Terren qaudn j'ai écrit mon message, le libellé de la photo indiquait seulement 'téléphones Kin' ;-)
@Terren qaudn j'ai écrit mon message, le libellé de la photo indiquait seulement 'téléphones Kin' ;-)
béber1
[12/05/2011 18:18]
c'est fascinant de voir qu'Apple a toujours été dans des projets micro-informatique de pointe
c'est fascinant de voir qu'Apple a toujours été dans des projets micro-informatique de pointe
Caramel10
[12/05/2011 18:40]
Pour l'utilisateur final, la différence entre un système ouvert ou fermé sur un téléphone ne fait pas une grande différence puisqu'il y a toujours les contraintes d'un constructeur et aussi celui d'un opérateur.
On ne peut pas comparez l'OS d'un smartphone à celui d'un PC de ce point de vue puisque, en gros, vous ne pouvez guère installer autre chose que ce qui est livré avec la machine, sauf à se livrer à une très risquée bidouille (du moins pas pour l'utilisateur courant).
Pour l'utilisateur final, la différence entre un système ouvert ou fermé sur un téléphone ne fait pas une grande différence puisqu'il y a toujours les contraintes d'un constructeur et aussi celui d'un opérateur.
On ne peut pas comparez l'OS d'un smartphone à celui d'un PC de ce point de vue puisque, en gros, vous ne pouvez guère installer autre chose que ce qui est livré avec la machine, sauf à se livrer à une très risquée bidouille (du moins pas pour l'utilisateur courant).
Thierry61
[12/05/2011 19:11]
ha General Magic... C'est vrai qu'ils avaient suscité un buzz certain à l'époque. Ils avaient même présenté, avec Bill Atkinson à la manoeuvre, leur premières réalisations à Macworld San Francisco de janvier 94 ou 95 (me rappelle plus).
Avant le web, les téléphones mobiles et les smartphones, et avant que RIM ne passe au premier plan, des boites comme Apple, General Magic, et dans une certaine mesure AT&T avaient développé des visions vachement avancées de l'informatique ultra-mobile. Tout ce bon monde était trop en avance sur son temps. Mais ce n'était que partie remise... :-)
ha General Magic... C'est vrai qu'ils avaient suscité un buzz certain à l'époque. Ils avaient même présenté, avec Bill Atkinson à la manoeuvre, leur premières réalisations à Macworld San Francisco de janvier 94 ou 95 (me rappelle plus).
Avant le web, les téléphones mobiles et les smartphones, et avant que RIM ne passe au premier plan, des boites comme Apple, General Magic, et dans une certaine mesure AT&T avaient développé des visions vachement avancées de l'informatique ultra-mobile. Tout ce bon monde était trop en avance sur son temps. Mais ce n'était que partie remise... :-)
nogo
[12/05/2011 19:21]
via MacG Mobile
MacGé n'est jamais si proche du journalisme que quand il est loin des bons gris trolls boutonneux! Excellent article !
MacGé n'est jamais si proche du journalisme que quand il est loin des bons gris trolls boutonneux! Excellent article !
daito
[12/05/2011 21:04]
"Android est désormais le système d'exploitation mobile le plus utilisé au monde."
Non mais d'où vous sortez cette énormité?? L'OS mobile le plus utilisé au monde est iOS jusqu'à preuve du contraire.
"Android est désormais le système d'exploitation mobile le plus utilisé au monde."
Non mais d'où vous sortez cette énormité?? L'OS mobile le plus utilisé au monde est iOS jusqu'à preuve du contraire.
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