iAd : la nouvelle culture pub

iAd : la nouvelle culture pub

par Arnauld de La Grandière le Vendredi 11 Juin 2010 à 16:40
Avec iAd, Apple a repris en main la publicité sur sa plateforme iOS (ex iPhone OS). Si Steve Jobs déclare qu'il ne s'agit que d'aider les développeurs à gagner plus d'argent sur les applications gratuites et bon marché, plusieurs motivations se cachent en réalité derrière cette initiative :

- Pour Apple, il est hors de question de ne pas toucher un pourcentage de toute forme de revenus sur la plateforme qu'elle a elle-même mise au point. Ce principe s'est illustré dès la genèse de l'iPhone, alors qu'elle touchait 30 % sur les abonnements auprès des opérateurs téléphoniques. Nul ne peut faire d'argent sur iOS sans qu'Apple ait droit à sa quote-part. La publicité, jusqu'ici, échappait à cette règle (lire Pourquoi Apple se lance dans la pub mobile).

- Apple garde jalousement son pré carré et compte bien limiter tout moyen de dégrader l'expérience utilisateur. Les publicités peuvent devenir un agent d'appauvrissement qualitatif, comme on a pu le voir sur le net : fenêtres invasives, spywares, couleurs flashy qui clignotent, slogans et images racoleuses, sont autant d'éléments qui peuvent transformer un quartier luxueux où il fait bon vivre en zone industrielle de bas étage. Et il faut bien dire que la publicité sur iOS n'était jusqu'ici pas à la hauteur des critères qualitatifs d'Apple.

- La collecte des données personnelles, un domaine où Google excelle, peut également donner de précieuses informations sur les pratiques de consommation et sur la démographie des utilisateurs d'iOS, jusqu'à leur localisation géographique. Depuis le rachat d'AdMob par Google, ces éléments pouvaient même être mis à profit pour améliorer Android. Une situation parfaitement intolérable pour la firme de Cupertino.

Partant de ces trois principes de base, qui ont poussé Apple à sortir de son cœur de métier pour proposer un nouveau service sur lequel elle n'a pas la moindre once d'expérience, Steve Jobs en a profité pour faire un coup à plusieurs bandes.

iOS, un emplacement publicitaire de luxe pour annonceurs VIP

La première chose qu'Apple a faite, c'est une sélection des annonceurs par le tarif, à l'inverse de ce qu'elle a fait pour les développeurs. En proposant une tarification élevée, Apple s'est assurée que ses publicités auraient un certain standing, avec des marques reconnues voire prestigieuses (lire iAd : Apple va facturer plein pot les premières pubs).

Pour convaincre les annonceurs de sacrifier à de tels tarifs, Apple s'est appuyée sur un atout de taille : à ce jour, elle seule a mis sur pied une plateforme sur laquelle les utilisateurs ne rechignent pas à payer. Après des années de gratuité à tout crin sur Internet, c'est bien cette raison qui fait que nombreuses sont les sociétés à s'être jetées sur l'App Store… éditeurs du monde de la presse en première ligne. Mieux encore, une importante quantité des comptes enregistrés sur iTunes est associée à un numéro de carte bleue (150 millions aujourd'hui). Sans compter l'excellente image de marque d'Apple et de l'iPhone. Enfin, la totale maîtrise technologique de sa plateforme ouvre des possibilités jusque là impensables. Apple a saupoudré le tout d'une juteuse promesse d'un milliard d'affichages par jour. Voilà de quoi convaincre les plus réfractaires à payer un peu plus pour cette cible de qualité.

Restait à convaincre les partenaires de sauter le pas et d'essuyer les plâtres plutôt que de faire de l'attentisme : pour ceux là il aura suffi de faire miroiter leur présentation dans les formes par un VRP de luxe : Steve Jobs en personne, qui a égrené la liste des quelques dix-sept sociétés signataires durant une cinquantaine de secondes au cours de son keynote de la WWDC (lire : Vous achetez une iAd ? Steve Jobs fait votre promo !).

Des publicités différentes

La sélection des annonceurs a permis d'éviter de galvauder l'image d'iOS, ce qui a toujours été une des premières préoccupations d'Apple : voilà bien longtemps que les iPhone auraient pu être intégralement subventionnés par les opérateurs téléphoniques, mais Apple a tenu à conserver un prix d'entrée plus élevé que la concurrence, afin de conserver dans l'esprit du consommateur un positionnement de qualité, à l'image d'ailleurs de ce qu'elle fait avec le Mac. À choisir, la firme de Cupertino préfère faire plus de bénéfices par unité que de vendre plus d'unités, ce qui lui a permis de dépasser les revenus de ses concurrents, aussi bien dans le monde de la micro-informatique que de la téléphonie, tout en ne bénéficiant que d'une part de marché moins importante.

Cependant, pour parfaitement remplir ses objectifs, il ne fallait pas s'arrêter là. Pour que la mayonnaise prenne, il fallait redonner à la publicité en ligne ses lettres de noblesse, à l'aide de quelques règles d'or. La première d'entre elle : ne jamais, sous quelque prétexte que ce soit, faire regretter à un utilisateur d'avoir jeté un œil à une publicité.

Cette règle, trop vite oubliée ailleurs, est une pratique saine qui évite de scier la branche sur laquelle on est assis, et évite de rendre toute publicité complètement caduque et inopérante, à plus forte raison lorsqu'elle requiert la participation active de son spectateur pour se dévoiler. Ainsi, finies les publicités qui vous font quitter votre application pour lancer Safari ou l'App Store, alors que les versions actuellement utilisées d'iOS (et qui continueront à l'être) ne permettent aucune forme de multitâche. À l'inverse des autres régies publicitaires sur iPhone, Apple est d'ailleurs la seule à bénéficier des moyens techniques permettant de faire des achats, sur l'iTunes Store ou sur l'App Store, au sein même d'une publicité sans jamais quitter une application (lire iAd aura son programme VIP).

Une fois ce principe fondamental posé, il faut aller au delà. Après s'être assuré que la publicité n'était pas une punition en tant que telle, il reste à donner envie aux utilisateurs de la regarder. Steve Jobs n'a jamais parlé d'iAd sans insister sur "l'émotion et l'interactivité" - pour reprendre ses termes - qui y seront liées. Les publivores le savent bien, les publicités peuvent être amusantes, surprenantes, déroutantes, voire exaltantes, et c'est souvent comme ça que le public les préfère. Cependant, en fonction de l'air du temps, les annonceurs sont plus ou moins disposés à prendre des risques dans leur communication, et c'est d'autant plus vrai en période de crise dont la publicité est souvent la première victime…

Apple compte bien avoir des publicités plus travaillées et plus réfléchies sur iOS, iAd doit être un label de qualité où la publicité en elle-même devient sa propre finalité. Cette catégorie de publicité ne concerne d'ailleurs qu'une partie restreinte d'annonceurs potentiels, puisqu'il est question avant tout d'image de marque. Il s'agit d'affirmer les valeurs de la marque ou d'un produit, en espérant que le public qui adhérera à ces valeurs, parfois segmentantes, soutiendra la marque en achetant ses produits.

Ce qui explique par exemple que McDonald's puisse prendre fait et cause pour les homosexuels dans sa dernière campagne : il ne s'agit plus seulement de vendre de quelconques hamburgers, mais de promouvoir une façon de concevoir les choses. Apple est particulièrement bien placée pour mettre en avant cette façon de communiquer, elle qui y a presque toujours eu recours (lire Macintosh : 25 ans de pub). C'est d'ailleurs son seul brio en matière de communication qui lui donne un tant soit peu de légitimité sur ce nouveau marché.

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Vos réactions (95 réactions)
FreddyF [11/06/2010 16:50]

Ah, voici de nouveau un article de fond comme on les aime !
Uniquement sur MacGé ! Merci de nous faire comprendre les tenants et les aboutissants des mouvements stratégiques d'Apple.
Brewenn [11/06/2010 17:07]

"Apple a saupoudré le tout d'une juteuse promesse d'un milliard d'affichages par jour."

Voila de quoi faire fuir ceux qui en ces lieux détestent tant la publicité.
HAL-9000 [11/06/2010 17:14]

iAd : la nouvelle culture pub

Badoum Ba !


---> déja en WE.
Brewenn [11/06/2010 17:22]

En corrélant les habitudes d'achats du consommateur et les commerces à proximité de sa géo localisation.
Le possesseur d'un iphone, se verra spammé a tout propos sur les promotions dans tel magasin se trouvant sur sa droite, ou grâce à son dernier paiement au MacDo effectué avec son smartphone se verra proposer un Coke gratuit pour l'achat de 4 chez le MacDo situé à 20 mètres sur sa gauche.

Smartphone sous iOS, android wm7 ou symbian, c'est ce marché qui est visé aujourd'hui, le meilleur bracelet électronique pour suivre le consommateur 24/24 heures et l'inviter à consommer.

Si Apple touche sa commission sur tout cela, on comprend que $teve ne veuille pas partager le gateau.
Switcher [11/06/2010 17:49]

@HAL-9000

Oui, ça rappelle le "iPub" que Culture Pub arborait avec la valse des logos de son générique.

On y est.
oxof [11/06/2010 17:53]

Article (vraiment) très intéressant. Je ferais bien un tit commentaire mais j'ai pas le temps. Ya foot.
Zep [11/06/2010 18:17]

Mouais, ça rejoins ce que je pense du système Apple : http://nainsportentnawak.net/2010/06/09/pourquoi-liphone-et-lipad-peuvent-nuire-a-la-neutralite-du-net/
Lio70 [11/06/2010 19:25]

Bravo pour l'article, Arnauld.
pmonti [11/06/2010 19:42] via MacG Mobile

Analyse très intéressante. grande force de macge.
kanasuc [11/06/2010 19:50]

Elles font combien de Mo ces pubs ? J'espère qu'elles ne seront pas téléchargées en arrière-plan, sinon on va avoir des surprises au niveau du fair use.
iPhoneBoss [11/06/2010 20:01] via MacG Mobile

Je sais pas pourquoi vous critiquez avant d'avoir vu ??? De plus, il faut comparer avec ce qu'il y a actuelement : les pubs Google et autres qui reste tout le temps a l'écran et si tu as le malheur de cliquer dessus t'envoie sur des sites de merdes, et après, tu reçoit des sms de pubs tous les jours !!! ( ps : c'est du vécu avec un plus un lien vers un site rempli de Flash !!! Ça c'est de l'intégration )
Donc j'attends de voir ce qu'Apple va nous proposer avant de juger !!!!
Rigat0n [11/06/2010 20:32] via MacG Mobile

C'est pas sur iFon.fr qu'on trouverais des articles comme ça :/
toniof [11/06/2010 20:37]

Excellent article ! il y a un potentiel colossal derrière tout ça ! Tout va s'accélérer en 2011, la concurrence a intérêt à faire très très vite si elle ne veut pas rater ce train...On dirait que seuls Google et Apple ont compris l'intérêt d'innover dans ce sens et que seule, Apple, semble vouloir proposer des solutions dans l'intérêt de leurs fournisseurs (développeurs, Designers, créatifs etc...) et de leurs clients...
Un nouveau type d'échange est en train de naître on dirait entre des utilisateurs qui ne veulent plus payer et des Développeurs et une presse qui ont besoin de vivre de leur travail et de leurs idées...pas idiot du tout ! On va voir probablement de nouvelles pub bien léchées proches de gros titres de jeux dans les mois qui viennent s'ils veulent faire grosse impression (puis elles ont les moyens ces grandes marques...) Je crois sincèrement a une renaissance de la
toniof [11/06/2010 20:39]

oups
...Pub au travers de ce nouveaux paradigme qui s'installe !
toniof [11/06/2010 20:41]

...et vous, développeurs, vous allez vous faire des cou***es en or pour ces grandes marques qui vont toutes rentrer dans la brèche à fond à fond :-D
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