L'iPad à l'assaut du Kindle

L'iPad à l'assaut du Kindle

par Arnauld de La Grandière le Lundi 08 Février 2010 à 17:45
En à peine quelques jours, alors qu'il n'est pas même encore disponible à la vente, l'iPad a complètement bouleversé l'échiquier de la distribution en ligne des livres numériques, jusqu'ici chasse gardée d'Amazon. La collaboration mâtinée de concurrence entre les deux sociétés ne date pourtant pas d'aujourd'hui, mais les derniers développements ont exacerbé la situation, et Amazon se trouve bousculée sur différents fronts.


De la collaboration à l'inspiration

Amazon est bien sûr un gros vendeur de Mac et d'iPods, mais la société de Steve Jobs a aussi collaboré avec Amazon en faisant partie des quelques sociétés à obtenir en 2000 une licence de la technologie (ou disons plutôt du brevet) "one click" d'Amazon pour l'Apple Store en ligne et pour iTunes. La chose permettant aux utilisateurs d'iTunes d'acheter leur musique en un seul clic, à la manière des achats sur le site marchand d'Amazon. Ironie du sort, Amazon finit par lancer une offre concurrente du même iTunes avec Amazon MP3 en 2007, poussée par les majors qui voyaient d'un mauvais œil l'absence de concurrence à l'hégémonie d'iTunes (voir notre article iTunes : le double jeu des Majors).
Et c'est sur le modèle de l'écosystème iTunes + iPod à succès qu'Amazon va bâtir son offre pour les livres numériques, avec d'un côté le Kindle et de l'autre le Kindle Store. Amazon fait montre d'un certain pragmatisme pour renforcer sa plateforme en proposant une application pour iPhone qui permet de lire les œuvres achetées sur son Kindle Store.

Steve Jobs y rendra d'ailleurs un hommage appuyé lors de la présentation de l'iPad : "Amazon a fait du bon boulot en étant la première à offrir cette fonctionnalité avec le Kindle. Nous allons nous appuyer sur leur réussite et aller un peu plus loin".

Les éditeurs exploitent l'arrivée d'Apple sur le marché

La première conséquence pour Amazon fut, au plus fort des rumeurs sur l'iPad et en anticipant son arrivée, de réviser le partage des revenus sur son magasin en ligne (voir Amazon plus partageuse sur son Kindle) : alors qu'Amazon conservait jusque là 70 % du prix de vente, le rapport s'est inversé pour reproduire ce qu'Apple propose sur l'App Store : 70 % pour les vendeurs, 30 % pour Amazon.

Mais en arrivant sur ce marché, Apple fait figure d'éléphant dans un jeu de quille : les éditeurs de livres, voyant arriver une concurrence pour le Kindle Store, se sont trouvés en position de force pour se faire désirer des uns comme des autres. Pour accorder une signature à Apple, ils ont exigé des tarifs plus élevés que ceux proposés jusqu'ici sur le Kindle Store, car la montée en puissance des eBooks mettait à mal leur poule aux œufs d'or : le livre relié. Ceux-ci réalisent en effet de confortables marges, comparativement au livre de poche. Les éditeurs avaient ainsi bâti une "chronologie" du livre : les titres sortent d'abord en éditions reliées à un tarif élevé, puis en poche. Le public acceptait la différence de prix sur le sentiment de qualité différente, mais le livre relié, s'il coûte en effet plus cher à produire que le livre de poche, ne justifie pas pour autant cet écart notable. L'e-book est venu bouleverser la donne, en étant publié simultanément au livre relié pour un tarif très inférieur. Qui plus est, ceux qui peuvent se permettre d'acheter des livres dès leur sortie sont également en mesure de s'offrir une liseuse électronique. Une fois son acquisition faite, pourquoi diable dépenser une somme plus importante si le même livre peut être obtenu à un tarif plus raisonnable au même moment ?

Avec l'arrivée d'Apple sur ce marché, les éditeurs ont vu un moyen de rétablir leur contrôle sur les prix de vente des livres, un contrôle qu'ils avaient notamment perdu sur le marché américain. Apple a donc accepté les prix plus élevés, à la condition toutefois que leurs concurrents soient logés à la même enseigne, ce que Steve Jobs annonçait à mots couverts à Walt Mossberg peu après la présentation de l'iPad (voir Amazon, Apple, Jobs et Mossberg).

La réalisation de la prophétie ne s'est d'ailleurs pas faite attendre. Amazon et l'éditeur Macmillan, un des partenaires d'Apple pour l'iBooks Store, se sont livré à une bataille retentissante, mais vite résolue, sur fond de désaccord tarifaire, Amazon allant jusqu'à temporairement retirer les références de Macmillan sur son site (voir Amazon/Macmillan : la guerre éclair).

Si Amazon a cédé face à Macmillan, elle espère à voix haute que les autres éditeurs ne suivront pas cet exemple, mais rien n'est moins sûr : Rupert Murdoch, qui possède les éditions HarperCollins (autre nom cité par Steve Jobs), a déjà fait savoir qu'il comptait revoir le prix de vente de ses ouvrages pour le Kindle (voir Amazon subit à nouveau la pression d'Apple), et Hachette a suivi la même voie (voir Amazon : Hachette Books rejoint la rébellion). De là à ce qu'au moins les deux autres éditeurs embarqués pour l'iBooks Store (Penguin et Simon & Schuster) leur emboîtent le pas, il n'y a pas loin. Dans l'affaire, au delà d'Amazon, ce sont les consommateurs finaux qui en sont pour leurs frais.

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Un écart technologique pesant

Amazon n'a pas fini d'en baver pour autant : l'iPad se positionne très agressivement face au Kindle. Le modèle haut de gamme, le Kindle DX, ne coûte que $10 de moins que l'iPad d'entrée de gamme, pour un écran e-ink de 16 niveaux de gris, non tactile, et beaucoup moins réactif que l'écran LCD de l'iPad de la même taille, et qui présente surtout beaucoup moins de fonctionnalités (voir Quelle place pour l'iPad dans la gamme d'Apple). Le Kindle a toutefois pour lui d'intégrer une puce 3G sans abonnement, et l'écran e-ink offre un confort de lecture similaire au papier, tout en permettant une longévité record : jusqu'à une semaine d'utilisation sur une seule charge. Le Kindle DX est également plus fin (9,6 mm contre 13,4 pour l'iPad) et plus léger (535 grammes contre 680 pour l'iPad WiFi). Cependant ces atouts semblent bien légers face à la force de frappe de l'App Store, le Kindle se limitant peu ou prou à la lecture d'e-books, quand l'iPad offre infiniment plus.

Amazon s'adapte à la nouvelle donne en un temps record

Amazon prépare la contre offensive, en ayant lancé un SDK qui permettra de créer des applications pour le Kindle, mais celles-ci seront limitées par la forte latence de l'écran e-ink (voir notre article Un App Store pour le Kindle). Pour le reste, Amazon prépare d'ores et déjà l'avenir pour être plus compétitive en rachetant TouchCo, une entreprise qui détient une technologie multitouch (voir notre article Amazon rachète une technologie multitouch pour le Kindle).

Bref, en quelques semaines, il aura fallu qu'Amazon fasse feu de tout bois pour répondre à la nouvelle donne de l'iPad, qui bouleverse ses rapports avec ses fournisseurs comme avec ses clients et remet en question l'économie de son écosystème propre. Reste encore une inconnue : si la menace existe, rien ne garantit pour autant que l'iPad connaîtra un succès commercial, ce qui devrait être établi dans les premières semaines de sa commercialisation. Quoi qu'il en soit, nul doute qu'Amazon n'aura pas très bien pris la chose et que la contre-offensive fera preuve de quelque agressivité, ouverte ou tacite.

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Vos réactions (40 réactions)
momo-fr [08/02/2010 18:56]

Ce n'est quand même pas vraiment le même type d'appareil même si le format est très proche, pas les mêmes fonctionnalités donc pas la même clientèle, j'aimerai bien comparer la qualité de lecture entre les deux pour du eBook, mais pour le reste l'iPad est un appareil qui m'intéresse bien plus pour ses capacités vidéo/son/musique/web/bureautique, reste la connectique trop limitée à la base (même avec une poche d'adaptateurs à côté…).
mac555 [08/02/2010 19:42]

iPad est au Kindle ce que l'iPhone a été aux smartphones
+ beau
+ intuitif
+ complet
+ polyvalent

Je prédis un tabac !
wooper69 [08/02/2010 19:46]

Totalement d'accord avec mac555, les geeks regrettent une webcam qui ne servirait qu'à un faible pourcentage d'utilisateurs (ils trouveront surement leur bonheur avec un accessoiriste qui sortira une webcam)
siox [08/02/2010 19:50]

Je ne comprends pas du tout qu'on compare ces deux produits.

Essayez de lire 10 pages d'un roman avec un écran lcd et testez ensuite avec un écran e-ink, et vous verrez que ça n'a juste rien à voir.

Le seul point commun est le lien avec une bibliothèque en ligne, mais franchement, qui va utiliser un ipad pour s'envoyer le Compte de Monte Cristo ?
Lapin Masqué [08/02/2010 19:54]

Je pense que le Kindle n'est pas si menacé que ça, de ce que je vois dans mon entourage, les gens qui en ont un ne sont pas les mêmes que ceux qui achètent un iPhone ou un iQuelquechose. Ils ont choisi le Kindle parce que c'est un confort comparable au livre et que ce sont des gros lecteurs.

Je ne suis pas certain qu'ils troqueraient tous leur Kindle pour un iPad qui est certes plus beau, plus polyvalent, plus complet mais aussi bien moins adapté à leurs besoin de lecture intensive. Parce que les écrans rétroéclairés c'est pas franchement cool pour les yeux.
brett04 [08/02/2010 20:21]

@siox
C'est drôle, je viens juste d'achever aujourd'hui le Comte de Monte Cristo sur mon Iphone. Ce qui ne me pose pas de problème particulier. Avant j'ai lu les 3 mousquetaires et Vingt ans après qui ne sont pas franchement des nouvelles. Alors sur un Ipad je ne vois pas le problème du moins au niveau de l'affichage.
Par contre à l'inverse de l'iphone ou d'un roman de poche on ne peut pas emmener l'Ipad partout dans sa poche. C'est plutôt ça qui me semble limiter son intérêt comme lecteur d'ebook, ça ne correspond pas à la façon mobile dont je lis et je ne dois pas être le seul.
gibet_b [08/02/2010 20:35]

Comme d'autres ici, je pense que l'iPad et le Kindle (ou tout autre liseuse électronique) sont deux produits différents. Si l'iPad fait mourir l'e-ink, ce sera vraiment très triste : je ne me vois pas lire un bouquin le soir sur un iPad... J'ai déjà les yeux suffisamment explosé d'avoir bossé toute la journée sur un écran.

Pour ma part, depuis la sortie de l'ipad, j'ai commandé une liseuse Sony PRS300 et je ne compte pas acheter d'iPad, qui ne m'a vraiment pas convaincu (je suis geek pourtant).

J'espère vraiment que l'e-ink ne souffrira pas trop de l'ipad, et qu'ils en profiteront plutôt pour améliorer la technologie : de la couleur, plus de réactivité (de la vidéo donc?), mais toujours sans rétroéclairage et avec le même confort de lecture qu'actuellement.
J-Mac [08/02/2010 21:05]

@Lapin Masqué
Disons que si on regarde dans l'autre sens, si on achète un iPad, pas uniquement pour lire des livres, va-t-on acheter un Kindle DX à côté? Même si pour la lecture en noir et blanc, le confort semble meilleur, est-ce qu'on va s'encombrer d'un Kindle DX. La balance ne tombe pas vraiment en faveur du Kindle. Car d'un côté on a un meilleur confort de lecture en noir et blanc avec le Kindle alors que de l'autre avec l'iPad on peut lire tous les livres et non uniquement les livres en noir et blanc, mais aussi les magazines, les films, les photos, les nombreux sites internet, etc. tout en aillant la possibilité de faire tout un tas de choses en plus.
Maintenant reste à voir les prochaines versions du Kindle, mais ils ont intérêt à faire vite et bien.
HAL-9000 [08/02/2010 21:23]

Bon j'ouvre le bal des interventions utiles...
Si on compare sur la photo y'en a un qui à vraiment une sale gueule... :x

---> sort
HAL-9000 [08/02/2010 21:24]

Je parle du type qui tiens l'objet hein...


-----> sort
Claude Pelletier [08/02/2010 21:43]

@ HAL
J'ignorais que le délit de sale gueule était possible avec un ordinateur de la série 9000. Faudrait voir à ne pas oublier les trois règles de la robotique, Super Héros !

@BRETT
Tu défends mal l'iPhons. Tu as su lire le Comte de Monte Cristo, et Vingtr ans après mais tu as c
Claude Pelletier [08/02/2010 21:45]

@BRETT
Tu défends mal l'iPhons. Tu as su lire le Comte de Monte Cristo, et Vingtr ans après mais tu as déclaré forfait. Il fallait continué avec le Vicomte de Bragelone.
fabibi29 [08/02/2010 21:54] via MacG Mobile

Comme quoi, quand nos élites nous rabâchent avec conviction que la "concurrence" c'est bon pour le consommateur, que ça tire les prix vers le bas... Bel exemple : amazon sans concurrent : des livres électroniques a bas coût, amazon Apple : augmentation en flèche du prix des livres (alors même que les éditeurs venaient d'obtenir 40% de CA en plus sur ce même livre...)
Alala, que c'est beau ! Presque autant que la flexibilité des tarifs sur l'itunes store qui a eu pour effet de voir les 3/4 des morceaux rester au même prix, et le reste (nouveautés, "hits") augementer de 30%...
M'enfin, m'en fout, je lis pas...
brett04 [08/02/2010 21:57]

@C. Pelletier
Le Vicomte de Bragelonne n'est pas sur Stanza ! (en français du moins).
Je l'attends...
Stanley Lubrik [08/02/2010 22:03]

Merci à Steve Jobs d'avoir provoqué une augmentation généralisée et injustifiée des tarifs des eBooks... Le piratage de livres numérique va s'en trouver dynamisé !

Pour le même prix, voire moins cher désormais, continuez à offrir des livres ! Pour ceux qui ont lu "84, Charing Cross Road", un beau livre, c'est un vecteur de belles histoires entre les hommes, et c'est tellement mieux...

Lire un livre sur l'iPad, c'est comme faire l'amour à une poupée gonflable... Ca dépanne peut-être, mais c'est loin d'être le Nirvana ...

Pour le reste, l'Ipad restera un bel engin polyvalent !
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