Sécurité : l'intenable défi
par Arnauld de La Grandière le Lundi 20 Août 2012 à 17:04
Tout le monde le sait, mais personne ne veut en entendre parler : toute l'économie numérique repose sur une confiance déraisonnable dans une sécurité qu'il est tout bonnement impossible de garantir.
Les faits divers se suivent et se ressemblent, de compromission des données des utilisateurs en mots de passe complaisamment distribués au premier venu, sans que cela ne semble en rien modifier les habitudes des consommateurs, ni même entamer la confiance accordée aux garants de nos données personnelles. Mais y a-t-il seulement une alternative à ce statu quo intenable ?
L'écrasante majorité des systèmes d'identification en ligne ne repose que sur la simple paire identifiant/mot de passe. Lorsqu'on en laisse le libre choix à l'utilisateur au lieu de lui fournir un mot de passe imposé, il aura non seulement tendance à choisir l'un des mots de passe les plus fréquemment utilisés (et donc facile à déterminer, de "password" à "qwerty" en passant par "123456"), mais pire encore il utilisera la même combinaison pour tous les services (n'étant pas en mesure d'en retenir un pour chaque compte de chaque service). Il suffit donc qu'un seul de ces services soit hacké (aussi inoffensives soient les données qu'il recèle) pour que tous les autres prennent sa suite.
Alors même que le hachage cryptographique MD5 est considéré comme inefficace depuis au moins huit ans, celui-ci reste encore très largement utilisé par la plupart des sites pour la vérification de mots de passe.
Mais pire encore, il reste nombre de sites qui stockent les mots de passe de leurs utilisateurs sans le moindre chiffrement : c'est là le coût de la démocratisation des outils de publication en ligne, ouvrant aux amateurs un territoire autrefois réservé aux professionnels. Ces pratiques seraient d'ailleurs sans doute moins dangereuses si les utilisateurs eux-mêmes n'utilisaient pas toujours les mêmes mots de passe partout, permettant une escalade de privilège d'un service à l'autre, pour aboutir sur des données autrement plus sensibles. Avec l'augmentation des secrets confiés aux sociétés, la part numérique de la vie de chaque citoyen allant grandissant, le problème devient de plus en plus crucial. C'est potentiellement votre compte en banque qui est exposé, mais également des mois de travail qui peuvent être réduits à néant pour peu qu'un tiers accède à votre compte iCloud et l'efface.
Il existe certes quelques solutions pour remédier partiellement à ce problème. Le logiciel 1password permet ainsi de générer des mots de passe uniques pour chaque service et de les mémoriser pour vous, leur accès s'ouvrant à l'aide d'un mot de passe "maître". Mais celui-ci ne fait que reporter le problème d'un niveau, faisant du mot de passe maître de 1Password le nouveau maillon à abattre, qui fera tomber tous les mots de passe qu'il protège. C'est d'ailleurs l'objectif affiché de John the Ripper, un logiciel libre de cassage de mot de passe. Les développeurs de 1Password se disent prêts à faire face à ce défi, tout en exhortant leurs utilisateurs à employer un mot de passe maître difficile à casser, en associant plusieurs mots communs aléatoirement choisis (ce qui rend virtuellement impossible de les déterminer par « force brute »). Car tout mot de passe est par essence "trouvable" si l'on fait abstraction du temps nécessaire à le trouver, il suffit d'essayer toutes les combinaisons possibles et imaginables de manière systématique. Le tout étant de rendre l'opération si longue qu'une vie entière n'y suffirait pas malgré toute la puissance de calcul possible, ce qui peut être déterminé par l'entropie de Shannon. Mais ce procédé reste malgré tout moins facile à mettre en pratique sur le clavier virtuel d'un smartphone.
un comic de XKCD illustrant ce principe
Il faut dire que la création de comptes utilisateurs est devenue si universelle qu'elle se fait désormais sans y prêter la moindre attention : il est souvent impossible de bénéficier du moindre service en ligne sans en passer par la divulgation d'une adresse email et de l'enregistrement d'un identifiant et d'un mot de passe.
C'est oublier bien vite que les services eux-mêmes, en dépit de leurs efforts affichés de loyauté, ne sont engagés que par leur propre parole et par la confiance qu'on lui accorde : qu'une start-up se trouve en délicatesse financière, et elle aura tôt fait de vendre son carnet d'adresse au premier spammeur venu. Et c'est encore là le moindre mal qu'on puisse redouter.
Les faits divers se suivent et se ressemblent, de compromission des données des utilisateurs en mots de passe complaisamment distribués au premier venu, sans que cela ne semble en rien modifier les habitudes des consommateurs, ni même entamer la confiance accordée aux garants de nos données personnelles. Mais y a-t-il seulement une alternative à ce statu quo intenable ?
Sésame, ouvre-toi
L'écrasante majorité des systèmes d'identification en ligne ne repose que sur la simple paire identifiant/mot de passe. Lorsqu'on en laisse le libre choix à l'utilisateur au lieu de lui fournir un mot de passe imposé, il aura non seulement tendance à choisir l'un des mots de passe les plus fréquemment utilisés (et donc facile à déterminer, de "password" à "qwerty" en passant par "123456"), mais pire encore il utilisera la même combinaison pour tous les services (n'étant pas en mesure d'en retenir un pour chaque compte de chaque service). Il suffit donc qu'un seul de ces services soit hacké (aussi inoffensives soient les données qu'il recèle) pour que tous les autres prennent sa suite.
Alors même que le hachage cryptographique MD5 est considéré comme inefficace depuis au moins huit ans, celui-ci reste encore très largement utilisé par la plupart des sites pour la vérification de mots de passe.
Mais pire encore, il reste nombre de sites qui stockent les mots de passe de leurs utilisateurs sans le moindre chiffrement : c'est là le coût de la démocratisation des outils de publication en ligne, ouvrant aux amateurs un territoire autrefois réservé aux professionnels. Ces pratiques seraient d'ailleurs sans doute moins dangereuses si les utilisateurs eux-mêmes n'utilisaient pas toujours les mêmes mots de passe partout, permettant une escalade de privilège d'un service à l'autre, pour aboutir sur des données autrement plus sensibles. Avec l'augmentation des secrets confiés aux sociétés, la part numérique de la vie de chaque citoyen allant grandissant, le problème devient de plus en plus crucial. C'est potentiellement votre compte en banque qui est exposé, mais également des mois de travail qui peuvent être réduits à néant pour peu qu'un tiers accède à votre compte iCloud et l'efface.
Il existe certes quelques solutions pour remédier partiellement à ce problème. Le logiciel 1password permet ainsi de générer des mots de passe uniques pour chaque service et de les mémoriser pour vous, leur accès s'ouvrant à l'aide d'un mot de passe "maître". Mais celui-ci ne fait que reporter le problème d'un niveau, faisant du mot de passe maître de 1Password le nouveau maillon à abattre, qui fera tomber tous les mots de passe qu'il protège. C'est d'ailleurs l'objectif affiché de John the Ripper, un logiciel libre de cassage de mot de passe. Les développeurs de 1Password se disent prêts à faire face à ce défi, tout en exhortant leurs utilisateurs à employer un mot de passe maître difficile à casser, en associant plusieurs mots communs aléatoirement choisis (ce qui rend virtuellement impossible de les déterminer par « force brute »). Car tout mot de passe est par essence "trouvable" si l'on fait abstraction du temps nécessaire à le trouver, il suffit d'essayer toutes les combinaisons possibles et imaginables de manière systématique. Le tout étant de rendre l'opération si longue qu'une vie entière n'y suffirait pas malgré toute la puissance de calcul possible, ce qui peut être déterminé par l'entropie de Shannon. Mais ce procédé reste malgré tout moins facile à mettre en pratique sur le clavier virtuel d'un smartphone.
un comic de XKCD illustrant ce principe
Il faut dire que la création de comptes utilisateurs est devenue si universelle qu'elle se fait désormais sans y prêter la moindre attention : il est souvent impossible de bénéficier du moindre service en ligne sans en passer par la divulgation d'une adresse email et de l'enregistrement d'un identifiant et d'un mot de passe.
C'est oublier bien vite que les services eux-mêmes, en dépit de leurs efforts affichés de loyauté, ne sont engagés que par leur propre parole et par la confiance qu'on lui accorde : qu'une start-up se trouve en délicatesse financière, et elle aura tôt fait de vendre son carnet d'adresse au premier spammeur venu. Et c'est encore là le moindre mal qu'on puisse redouter.
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Vos réactions (51 réactions)
bugman
[20/08/2012 17:28]
"C'est oublier bien vite que les services eux-mêmes, en dépit de leurs efforts affichés de loyauté, ne sont engagés que par leur propre parole"
C'est donc toi MacG qui veut me doper au Viagra !?! ;)
(tres bon article, comme souvent)
---
"Alors que les plus grands noms du secteur ont été touchés par des hacks de leurs serveurs"
Oui (misère) on a haché mon compte EA (ou plutôt tombé sur une faille car je doute que c'est à cause de mon mot de passe (loin d'un "1234" mais plus proche d'un "≥vAz0êËtà–]lef")).
"C'est oublier bien vite que les services eux-mêmes, en dépit de leurs efforts affichés de loyauté, ne sont engagés que par leur propre parole"
C'est donc toi MacG qui veut me doper au Viagra !?! ;)
(tres bon article, comme souvent)
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"Alors que les plus grands noms du secteur ont été touchés par des hacks de leurs serveurs"
Oui (misère) on a haché mon compte EA (ou plutôt tombé sur une faille car je doute que c'est à cause de mon mot de passe (loin d'un "1234" mais plus proche d'un "≥vAz0êËtà–]lef")).
rototo104
[20/08/2012 17:46]
via iGeneration pour iPad
Très intéressant cet article.
Je pense que le quidam moyen ne risque rien. Aux yeux des autres, je ne suis rien. Qui voudrai hacker un de mes comptes ?
Vous le dites pour la reproduction des empruntes digitales (les personnalités courent de plus grands risques), mais c'est aussi vrai pour les autres méthodes.
Le seul,risque que je pense encourir, c'est de tomber sur un hackeur qui ne ferai pas ça pour l'argent mais simplement pour le plaisir ("tiens, si j'effaçais 200 comptes iCloud aujourd'hui, rien que pour les faire chier...")
Très intéressant cet article.
Je pense que le quidam moyen ne risque rien. Aux yeux des autres, je ne suis rien. Qui voudrai hacker un de mes comptes ?
Vous le dites pour la reproduction des empruntes digitales (les personnalités courent de plus grands risques), mais c'est aussi vrai pour les autres méthodes.
Le seul,risque que je pense encourir, c'est de tomber sur un hackeur qui ne ferai pas ça pour l'argent mais simplement pour le plaisir ("tiens, si j'effaçais 200 comptes iCloud aujourd'hui, rien que pour les faire chier...")
liocec
[20/08/2012 17:51]
via MacG Mobile
"le simple abandon d'une clé USB sur le parking d'une société permettra d'installer un keylogger sur le parc informatique sans même entrer dans les locaux, en comptant simplement sur la curiosité des salariés."
Je vais me coucher moins ... ce soir !
"le simple abandon d'une clé USB sur le parking d'une société permettra d'installer un keylogger sur le parc informatique sans même entrer dans les locaux, en comptant simplement sur la curiosité des salariés."
Je vais me coucher moins ... ce soir !
marcoplaut
[20/08/2012 17:52]
Il serait bon de rappeler que Gmail, Facebook, Amazon Web Services et d'autres permettent des authentifications fortes avec l'utilisation de 2 facteurs (mot de passe + envoi de SMS ou utilisation de token).
Bien plus secure que tout mot de passe : pas d'hamçonnage possible et résistant aux keyloggers.
Il serait bon de rappeler que Gmail, Facebook, Amazon Web Services et d'autres permettent des authentifications fortes avec l'utilisation de 2 facteurs (mot de passe + envoi de SMS ou utilisation de token).
Bien plus secure que tout mot de passe : pas d'hamçonnage possible et résistant aux keyloggers.
mccawley2012
[20/08/2012 17:55]
via iGeneration pour iPad
Moi non je ne suis personne mais on m'a piraté mon compte world of warcraft, dois je sentir que mon niveau à légèrement augmenté ces derniers temps ? ^^
Très bon article, j'adore.
Moi non je ne suis personne mais on m'a piraté mon compte world of warcraft, dois je sentir que mon niveau à légèrement augmenté ces derniers temps ? ^^
Très bon article, j'adore.
mccawley2012
[20/08/2012 17:55]
via iGeneration pour iPad
Moi non je ne suis personne mais on m'a piraté mon compte world of warcraft, dois je sentir que mon niveau à légèrement augmenté ces derniers temps ? ^^
Très bon article, j'adore.
Moi non je ne suis personne mais on m'a piraté mon compte world of warcraft, dois je sentir que mon niveau à légèrement augmenté ces derniers temps ? ^^
Très bon article, j'adore.
Riserock
[20/08/2012 18:07]
via MacG Mobile
En même temps, les sites comme ceux-là ne vont pas demander à leurs utilisateurs 5 mots de passes différents avec au moins 30 caractères dont 10 majuscules et 15 caractères non-lettres, à taper 3 fois pour vérifier, plus reconnaissance faciale, digitale et de l'iris, et tout ça à chaque fois qu'on se connecte...
Mais sinon très bon article!
En même temps, les sites comme ceux-là ne vont pas demander à leurs utilisateurs 5 mots de passes différents avec au moins 30 caractères dont 10 majuscules et 15 caractères non-lettres, à taper 3 fois pour vérifier, plus reconnaissance faciale, digitale et de l'iris, et tout ça à chaque fois qu'on se connecte...
Mais sinon très bon article!
Ali Ibn Bachir, Le Gros
[20/08/2012 18:26]
N'empêche, "1 Password" avec un mot de passe maître de 19 caractères, je ne sais pas si quelqu'un arrivera à me le casser d'aussi tôt !
N'empêche, "1 Password" avec un mot de passe maître de 19 caractères, je ne sais pas si quelqu'un arrivera à me le casser d'aussi tôt !
Freitag
[20/08/2012 18:30]
via MacG Mobile
Je me suis toujours demandé comment pouvait- on tenter 1000 intrusions par seconde sur un site...
Je me suis toujours demandé comment pouvait- on tenter 1000 intrusions par seconde sur un site...
youpla77
[20/08/2012 18:31]
via MacG Mobile
@Ali Ibn Bachir, Le Gros :
le mot de passe peut être pas mais une faille dans 1password et c'est toute ta vie numérique qui morfle...
@Ali Ibn Bachir, Le Gros :
le mot de passe peut être pas mais une faille dans 1password et c'est toute ta vie numérique qui morfle...
esantirulo
[20/08/2012 18:45]
Attention à ne pas confondre les concepts, en particulier dans cet article l'entropie de Shannon et l'analyse combinatoire. Pour faire simple, l'entropie de Shannon peut donner une idée sur une limite (ou plutôt une borne supérieure) sur le facteur de compression de données sans perte. D'un autre côté, le nombre de mot de passe que l'on peut générer avec un alphabet fini correspond aux nombres d'arrangements avec répétitions (et non de combinaisons !) de 1, 2... N symboles (cela doit être quelque chose comme O(N**N), à vérifier).
Attention à ne pas confondre les concepts, en particulier dans cet article l'entropie de Shannon et l'analyse combinatoire. Pour faire simple, l'entropie de Shannon peut donner une idée sur une limite (ou plutôt une borne supérieure) sur le facteur de compression de données sans perte. D'un autre côté, le nombre de mot de passe que l'on peut générer avec un alphabet fini correspond aux nombres d'arrangements avec répétitions (et non de combinaisons !) de 1, 2... N symboles (cela doit être quelque chose comme O(N**N), à vérifier).
ThurstonMoore
[20/08/2012 19:18]
Des devices générant des OTP (one time password), comme la Yubikey par exemple, sont très efficaces.
Des devices générant des OTP (one time password), comme la Yubikey par exemple, sont très efficaces.
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Mai 2013
