Android : à qui profite le libre ?

Android : à qui profite le libre ?

par Arnauld de La Grandière le Samedi 21 Juillet 2012 à 11:45
L'iPhone, comme une épine dans le pied

Les opérateurs eux-mêmes ont vu l'ouverture d'Android comme une bénédiction : si l'iPhone leur a donné une importance inédite jusque là, et s'il a généré nombre d'abonnements pour eux, il a également contribué à les reléguer au rang de simple gardiens de tuyaux : Apple n'a eu de cesse que de désintermédier leur chasse gardée, alors que les opérateurs s'étaient ingéniés à facturer artificiellement les données par catégories (VoIP, SMS, visioconférence, télévision…).

Alors qu'autrefois les divers jeux, sonneries et applications devaient passer par des appels surfacturés, ou via des portails dont les opérateurs restaient les cerbères, Apple s'est directement passée de cette collaboration encombrante. Au fil des versions d'iOS (par ailleurs installées sans qu'ils n'en puissent mais), les opérateurs ont vu la voilure de leur influence se réduire : iMessage, FaceTime, et d'autres encore, n'auront fait que mettre à mal leur modèle. Outrage de tous les outrages, Apple s'est obstinée à refuser de laisser les opérateurs "personnaliser" les iPhone et d'y installer leurs propres applications bloquées.


Android présente à ce titre bien des intérêts non négligeables, puisque les opérateurs y retrouvent toutes les prérogatives qui furent autrefois les leurs. L'épisode de Carrier IQ a amplement démontré qu'ils ne reculaient devant rien pour monétiser leurs propres clients jusqu'à la dernière goutte (lire Carrier IQ au service des opérateurs). Et il suffit qu'un service livré avec Android entre en concurrence avec ceux proposés par l'opérateur pour qu'il se voie purement et simplement oblitéré, comme ce fut le cas par exemple de Google Wallet, en collision frontale avec le système Isis de Verizon. Nulle surprise donc à ce que de nombreux bruits de couloirs soulignent de manière répétée que les opérateurs mettent l'accent commercial sur Android plutôt que sur l'iPhone.

Une situation qui a d'ailleurs été amplement illustrée par la suprématie de l'iPad, exempté de l'influence commerciale des opérateurs : les tablettes Android sont demeurées confidentielles alors que les smartphones eux connaissaient un bien meilleur succès.

Nexus pour sortir de l'impasse

Face à ces problématiques, Google a eu fort à faire pour redresser la barre. Prise entre deux feux, la société n'avait guère de latitudes pour échapper à cette amicale pression. Elle a choisi de recourir à ceux-là mêmes qui ont été les grands oubliés de l'affaire : les utilisateurs.

Car c'est en proposant sa propre gamme de smartphones que Google entendait donner l'exemple et mettre à mal les pratiques contestables tant des fabricants que des opérateurs, par le biais de la pression concurrentielle et de la simple prise de conscience des utilisateurs finaux quant aux exigences qu'ils sont en droit d'avoir.

Ainsi, la gamme Nexus serait la seule garantie imparable de toujours bénéficier au plus tôt des toutes dernières mises à jour d'Android. Seul hic, si les fabricants peuvent traîner des pieds pour diffuser leurs propres mises à jour d'Android, c'est également le cas des opérateurs (par lesquels passent ces mises à jour OTA). Il fallait donc faire l'impasse, et Google a donc fait le choix de proposer ses téléphones en vente directe sans passer par les subventions des opérateurs.

La pratique est vertueuse à plus d'un titre, puisque les utilisateurs n'ont aucun compte à rendre aux opérateurs en pareils cas, et sont libres de faire ce que bon leur semble de leur propre matériel. Las, les habitudes ont la peau dure, et Google l'a découvert à ses dépens : pour le meilleur et pour le pire, les opérateurs font la pluie et le beau temps sur la téléphonie. Alors que les consommateurs n'ont jamais eu pour habitude de faire subventionner leurs ordinateurs par les opérateurs ADSL, ils ont plus de mal à concevoir de payer le prix fort pour leur téléphone (quitte d'ailleurs à ce que la facture globale soit au final plus salée…). De la même manière que l'iPhone a pu mesurer l'influence des opérateurs en guise de "conseillers clientèle" au profit d'Android, Google a subi les conséquences de son boycott.

Les Nexus se sont donc écoulés de manière assez confidentielle, jusqu'à ce que Google se rende à l'évidence et permette aux opérateurs de prendre en charge tant la vente que le financement des Galaxy Nexus.

L'intenable partenariat

Google a eu beau jeu de promettre des accords tournants avec chacun de ses partenaires pour fabriquer les Nexus, à ce jour seules HTC, Samsung et Asus ont eu droit à l'insigne honneur.

Google a poursuivi ses investissements dans le matériel, jusqu'au rachat à grands frais de Motorola. On a beaucoup mis en avant l'intérêt stratégique de son épais catalogue de brevets, cependant celui-ci n'est manifestement pas la seule valeur que Google prête à sa nouvelle filiale, puisqu'elle aurait pu conserver ce catalogue en fermant purement et simplement l'activité matérielle de Motorola. Or il n'en est rien, et Google martèle à qui veut l'entendre qu'elle ne compte pas lui prêter le moindre favoritisme comparativement aux autres constructeurs, et néanmoins amis.


Il faut cependant relativiser quelque peu l'innocuité de cette alliance : Motorola prend l'eau de toutes parts, et Google ne la maintiendra pas à flot pour la seule beauté du geste. De la même manière que les grands industriels ne s'improvisent pas à fonds perdus magnats d'une presse moribonde par pur amour de sa pluralité, mais bien pour bénéficier de l'indéniable influence qui va de pair, en dépit de leurs dénégations éhontées (et vite contredites par les faits).

Et la grogne se fait entendre d'autant plus volontiers du côté des constructeurs que leur situation va en se dégradant : seule Samsung semble parvenir à tirer son épingle du jeu, et il y a fort à parier qu'on observe à l'avenir une période de concentration dans l'industrie. D'autant que pour la première fois, Google se met à fabriquer elle-même son matériel avec le Nexus Q. Certes, l'initiative peut sembler d'autant plus anodine pour les fabricants de smartphones qu'il ne s'agit là que d'un périphérique plus complémentaire que concurrent de leur offre, mais on peut aisément y voir un galop d'essai pour la société.

Sachant que Microsoft elle-même prend moins de pincettes pour concurrencer ses propres partenaires, l'avenir semble délicat pour les entreprises qui dépendent des deux éditeurs.

Sur le même sujet :
- Nexus Q : Google à la recherche d'un fil rouge

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Vos réactions (213 réactions)
LaurentR [21/07/2012 11:57] via MacG Mobile

Article très intéressant. Merci.
fosterj [21/07/2012 12:02] via iGeneration pour iPad

Euh j ai pas tout compris ... donc en Bref ?
stravinsky [21/07/2012 12:25]

"Sachant que Microsoft elle-même prend moins de pincettes pour concurrencer ses propres partenaires, l'avenir semble délicat pour les entreprises qui dépendent des deux éditeurs."
En bref, Apple est un modèle de vertu. Les autres, c'est le diable.
Sur un site publicitaire Apple, ça vous étonne ?
nonoche [21/07/2012 12:33]

paire d'as pour Stravinsky en trois phrases seulement :

http://yourlogicalfallacyis.com/strawman

http://yourlogicalfallacyis.com/ad-hominem

T'as vraiment rien de mieux en stock?
Kounkountchek [21/07/2012 13:03]

Et rien sur les utilisateurs ?
On parles des OS, des fabricants, des opérateurs... et pas des utilisateurs!
Ce sont peut être eux les gagnants? Ceux utilisant Android... et tous les autres.

madaniso [21/07/2012 13:08]

Je comprends rien au graphique. Nokia vendait 60% des smartphones en 2007 ou 60% des téléphones tout confondu ?

Android n'a pas 60% du marché ? Pourquoi on a l'impression qu'apple vend 75% des téléphones actuels alors ?
Timekeeper [21/07/2012 13:11] via iGeneration pour iPad

"(par ailleurs installées sans qu'ils n'en puissent mais)" Ça se dit ? Je suppose, mais ça veut dire quoi ?
Mithrandir [21/07/2012 13:17] via iGeneration pour iPad

@stravinsky

Le fait que Google soit devenu le concurrent ses ses propres partenaires, qu'ils ne peuvent pas rester neutres avec Motorola sauf à accepter que Motorola coule, et que ce soit un vrai problème pour les fabricants de téléphones sous Android, est signalé partout. Il n'y a que les fanboys Android absolus (comme toi sans doute) pour refuser de le voir.
Mithrandir [21/07/2012 13:19] via iGeneration pour iPad

@Kounkountchek

Les utilisateurs qui ont acheté un téléphone très cher et qui peuvent toujours courir pour avoir une mise à jour de leur système te remercieront. Ceux qui ont des téléphones qui ne sont pas ou plus compatibles des applications qu'ils ont acheté aussi.
thefolken [21/07/2012 13:20] via MacG Mobile

@madaniso :
'Je comprends rien au graphique. Nokia vendait 60% des smartphones en 2007 ou 60% des téléphones tout confondu ?

Android n'a pas 60% du marché ? Pourquoi on a l'impression qu'apple vend 75% des téléphones actuels alors ?'

Il montre les PROFITS pas les ventes. Apple fait du volume, et la plus grosse marge, CQFD. Les autres font soit du volume soit de la marge, jamais les deux.
mathias10 [21/07/2012 13:21] via iGeneration pour iPad

@stravinsky

Contrairement à toi je n'ai pas perçu le moindre éloge d'Apple...
iCaramba [21/07/2012 13:24] via MacG Mobile

"Avant que Google ne se lance, seule Microsoft proposait une licence d'exploitation pour un système mobile digne d'intérêt"

Là j'ai pisser dans mon froc…
thefolken [21/07/2012 13:27] via MacG Mobile

@iCaramba :
prouve que c'est faux alors.
nonoche [21/07/2012 13:28]

@ Timekeeper: http://fr.wiktionary.org/wiki/n’en_pouvoir_mais
nonoche [21/07/2012 13:30]

@ madaniso : un indice est astucieusement dissimulé dans l'intitulé du graphique : "profit shares of eight mobile vendors" (part des bénéfices de huit fabricants mobiles).
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