Apple, du conseil d'administration aux usines chinoises

Apple, du conseil d'administration aux usines chinoises

par Anthony Nelzin le Lundi 16 Janvier 2012 à 18:30
En l'espace d'une semaine, Apple a publié deux documents assez arides, mais très importants : son proxy statement à destination des actionnaires, et son rapport annuel sur ses fournisseurs. Quelque peu éclipsés par l'actualité du CES, ils permettent d'entrevoir les dernières évolutions en matière de gestion de la firme de Cupertino.

Apple, du conseil d'administration aux usines chinoises
Les documents concernés
  • le proxy statement, ou Form DEF 14A, est un document publié par une société en prévision de la réunion de ces actionnaires. Il permet notamment de faire le point sur le salaire des membres du conseil d'administration et des cadres. Celui d'Apple est disponible dans la catégorie « SEC Filings » du site Apple Investor Relations.
  • Apple est une société en pointe dans le domaine de la responsabilité sociale. Chaque année depuis 2007, elle publie le Apple Supplier Responsability Progress Report, faisant le point sur les progrès de ses fournisseurs en matière de respect du code de conduite Apple, du droit du travail et de l'environnement.

Le conseil d'administration
Le conseil d'administration d'Apple a été revu à plusieurs reprises cette année : Steve Jobs ayant quitté ses fonctions de CEO le 24 août 2011, il a été immédiatement nommé président du conseil, un poste rare dans l'histoire de la firme de Cupertino. Tim Cook devenant le nouveau CEO, il a été proposé comme nouveau membre du conseil.

Le décès de Steve Jobs le 5 octobre dernier a entraîné un nouveau remaniement : Apple a tenu à conserver le rôle de chairman of the board, sans pour autant le confier à Tim Cook — le conseil d'administration est censé servir les intérêts des actionnaires, qui peuvent être contraires à ceux de la société et de son CEO. Le poste est revenu à Arthur D. Levinson, 61 ans, membre du conseil depuis 2000 et président de Genentech (biotechnologies). Robert A. Iger, président et CEO de Disney, est quant à lui devenu membre du conseil d'administration d'Apple.

La nomination de Tim Cook et de Bob Iger devra être confirmée par les actionnaires réunis en assemblée générale le 23 février prochain. Ils devront aussi reconduire les autres membres du conseil (William Campbell, Millard Drexler, Al Gore, Andrea Jung, Arthur Levinson, Ronald Sugar) et se prononcer sur quatre propositions formulées par leurs pairs (lire : Apple réunit ses actionnaires le 23 février). Traditionnellement, les actionnaires suivent les recommandations du conseil d'administration : les huit membres devraient être confirmés.

Le salaire des dirigeants
Le proxy statement permet de lever le voile sur le salaire des dirigeants d'Apple. Chaque membre du conseil d'administration (hormis Tim Cook) perçoit 50 000 $, le directeur du comité d'audit (Ronald Sugar) recevant 25 000 $ supplémentaires. En 2012, Arthur Levinson, en sa qualité de président, percevra 200 000 $ supplémentaires. Tous les membres du conseil d'administration (là encore à l'exception de Tim Cook, ainsi que de Bob Iger, récemment arrivé) ont reçu en plus au moins 200 000 $ d'actions, ce qui porte leurs émoluments à un quart de million de dollars au moins.

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Mais c'est pour la bonne cause : tous les membres ont assisté aux cinq réunions du conseil d'administration en 2011.

Apple utilise une procédure bien précise pour définir le salaire de ses cadres, procédure codifiée par le comité des compensations piloté par le conseil d'administration. Une société externe établit la médiane des salaires de plusieurs sociétés proches d'Apple (parmi lesquelles Amazon, Dell, Google, HP, Intel, IBM ou Microsoft, mais aussi News Corp., Time Warner ou Disney). Cette médiane du groupe témoin sert de salaire de base aux cadres dirigeants d'Apple.

S'ajoute à ce salaire de base un bonus calculé selon les performances de la société : 50 % si les objectifs simples de la société sont atteints, 100 % si les objectifs maximaux le sont. Ces niveaux sont plus faibles que ceux pratiqués dans le groupe témoin (125 à 145 % de bonus si les objectifs simples sont atteints).

Steve Jobs ne percevait qu'un salaire d'un dollar symbolique depuis 1997, et ne participait pas à ce programme de bonus. À son décès, il avait néanmoins cumulé 5,5 millions d'actions Apple depuis son retour (il n'en avait conservé qu'une à son départ en 1985) — Jobs mettait un point d'honneur à ne vendre aucune de ses actions et à ne profiter des ressources de la société que sous la forme d'avantages en nature (le remboursement de frais professionnels d'utilisation de son jet privé), ses gains chez Disney/Pixar finançant ses activités personnelles.

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Cette philosophie s'est en partie diffusée dans la société, qui minimise le rôle du salaire — 900 000 $ annuels tout de même pour Tim Cook, le nouveau CEO (ce qui fait de lui un des CEO les mieux payés des États-Unis), 500 à 600 000 $ pour la plupart des cadres. Apple met l'accent sur une fidélisation par l'attribution d'options à terme long, le but étant de retenir le plus longtemps possible ses meilleurs cadres. Tim Cook s'est ainsi vu attribuer l'équivalent d'un million d'actions au cours du 24 août (376,18 $), soit la coquette somme de 376,18 millions de dollars.

Il ne pourra cependant en percevoir que la moitié sous cinq ans (août 2016), et l'autre moitié sous dix ans (août 2021). Même si Tim Cook est connu pour sa frugalité (il s'est longtemps contenté de louer sa maison, et n'a acheté que très récemment une demeure modeste pour son voisinage de Palo Alto), l'appât est suffisamment fort pour que celui qui est responsable de la bonne marche d'Apple depuis 1998 y reste jusqu'en 2021. Sur ce point, la firme de Cupertino s’est normalisée.

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Tous les cadres de la société obtiennent régulièrement des options : certains décident de les liquider lorsqu'ils le peuvent, comme Bertrand Serlet ou Bob Mansfield, d'autres les accumulent comme Al Gore (100 000 actions), Ron Johnson (233 000 actions) ou Arthur Levinson (272 000 actions). Les 15 grands cadres et directeurs d'Apple possèdent 627 832 actions, une goutte d'eau face aux près de 49 millions d'actions détenues par BlackRock et aux 56 millions d'actions que possède Fidelity Investments, les deux seules sociétés — des fonds d'investissement — détenant plus de 5 % d'Apple (respectivement 5,23 % et 6,02 %).

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Vos réactions (24 réactions)
worldice [16/01/2012 18:46] via MacG Mobile

Depuis Cook, ça communique plus...
mirando [16/01/2012 19:07] via MacG Mobile

Ça sera sans doute mieux. Il sera plus sensible aux marchés internationaux et à leur opportunités.
terreaterre [16/01/2012 19:24]

@ Et les usines chinoises…

Quelle hypocrisie !

@ Apple n'autorise qu'un maximum de 60 heures hebdomadaires avec un jour de repos par semaine [et patati et patata]

J'aimerai voir en France un client régenter les règles de vie de son prestataire. On croit rêver.

J'espère qu'Apple à contrôlé la douceur du papier WC, pour que ces pauvres petits prestataires ne s'abiment pas le popotin.

C'est vraiment de la comm bizounours. On est tous des gentils entrepreneurs. On augmente le salaire de nos prestataires, et on baisse le prix du produit alors que les matières premières augmentent. Fort, non ?

Dad [16/01/2012 19:46]

@terreaterre :

De plus en plus de grandes entreprises françaises se penchent sur les conditions de travail de leurs sous-traitants, parfois sous la pression même des syndicalistes en interne, mais plus souvent de par la crainte de se retrouver, à l'instar d'Apple, sous les feux des projecteurs en cas de gros pépin ou de grand succès. Peu communiquent sur le sujet, pour la simple et bonne raison que c'est un sujet très casse-gueule : il suffit d'un cafouillage pour passer pour un menteur.

Ce n'est pas de la comm de Bisounours, c'est une réalité tangible, qui est vérifiable sur place par ces mêmes organisations qui reprochaient à Apple d'être un esclavagiste. Ce serait une folie de raconter des bobards en termes de com. J'en veux pour preuve que les chiffres avancés sont tout de même relativement mauvais (heures de travail, antidiscrimation... wow). Cook prend le contrepied de la stratégie Jobs, et ce n'est pas un mal. En gagnant en transparence sur les conditions de travail, il fait amende honorable (tant qu'ils ne font pas la même chose sur la R&D).

On vit une époque où raconter des conneries sur la manière de traiter ses employés, la responsabilité sociale de son entreprise ou sa politique interne peut avoir des conséquences désastreuses sur le résultat. Voir l'épisode PS3, ou encore l'acharnement anti-Apple de Greenpeace. Pour la première fois, il y a deux semaines, quelqu'un m'a clairement dit refuser d'acheter un iPhone pour ne pas nourrir un esclavagiste. Ne nous y trompons pas : ce n'est pas (seulement) fait par altruisme. Mais tout le monde en sort gagnant.
Mecky [16/01/2012 20:34]

Évidemment le rapport est partisan. Évidemment le rapport est partiel. Évidemment la situation n'est pas rose. On ne révolutionne pas une situation seul dans son coin d'un coup de baguette magique. Il faut jalonner son parcours. Il suffit de relire Zola et de se remémorer l'Histoire qui s'en suivit pour évaluer le temps nécessaire à de tels chamboulements sociétaux !

La démarche est cohérente et, je le pense profondément, positive à long terme... à la fois vis à vis des prestataires et de la concurrence ! (puisqu'ils se fournissent tous aux mêmes usines)

Cela faisait longtemps que je ne le faisais plus pour les réalisation d'Apple (autre débat) mais là, je dis bravo... pour autant qu'ils poursuivent dans cette voie !
macbookeur75 [16/01/2012 20:34] via MacG Mobile

Est ce que les employes des apple store sont egalement respectes, bien traites et payes au regard de leur perf ?
pacou [16/01/2012 21:42] via iGeneration pour iPad

Le problème des Apple stores dont tu parles est qu'elles sont en occident, là ou les gens sont fatigués au bout de 35 h et demandent à être payés 39h. Ensuite on les fait travailler 39h donc ils veulent être payés 5 heures de plus (4*1,25).
En tout donc ils sont payés 44 heures pour en avoir fait 39h, si c'est structurel, ce qui suit est sur la même base.
En plus on leur paye 5 semaines de congés
Parfois, ils ont en plus un 13eme mois, voire même un demi mois en plus pour les vacances( déjà payés par ailleurs).
Au total :
Payé = 2574 heures (44*52 semaines/12 mois * 13,5) si les accords vont jusque là.
Effectué = 1833 heures (39*47 semaines ) dans le meilleurs des cas , travaillé réellement inconnue
Écart = 741 heures payées non faites soit un surcoût de 40,42% rien que sur le nombre d'heures payées.

Donc oui effectivement les employés des apple store ont des chances d'être bien traité et respecté pour leur boulot.

Je n'ai rien contre, mais quand on parle du coût du travail, c'est d'abord ça...après c'est une histoire de cout de la vie.

innocente [16/01/2012 21:49]

"quelqu'un m'a clairement dit refuser d'acheter un iPhone pour ne pas nourrir un esclavagiste"

Et par curiosité, il a trouvé à la place un petit producteur de téléphones mobiles issus du commerce équitable quelque part en Franche-Comté ou dans l'Ardèche ?
powerdom [16/01/2012 22:35] via MacG Mobile

@innocente.
Pour l'Ardèche je sais pas mais la franche comté et la très haute technologie font très bon ménage.
Jimmy_ [16/01/2012 22:53]

@pacou : c'est à côté de la plaque comme raisonnement. Autant prôner des salaires d’ouvriers chinois pour les employés des apple stores ou au mieux des bénévoles, c'est encore plus rentable.

Quand Apple a ouvert ses magasins en France c'est en toute connaissance de la législation en vigueur et l'entreprise était certains que ça serait rentable sinon elle n’aurait pas dépensé un euro pour la moindre ouverture.
Dad [16/01/2012 23:39]

@ innocente :

C'est justement l'intérêt de mon propos. C'est là qu'on perçoit le mal de la communication et le problème d'être hyper visible : lorsque des sujets sont faits, c'est sur Apple. Pas sur Samsung (le téléphone que la personne en question a finalement acheté, je crois). Parce que ce qui fait vendre du papier, c'est l'iPhone. Parce que ce qui va donner de la visibilité à l'action de Greenpeace, c'est Apple. Et lorsque la télé dit : Bouuuuh, Apple esclavagiste, le public s'imagine que ce sont des salauds. Mais ne fait pas l'effort de se renseigner sur les pratiques des concurrents. Bref : ça conduit à un boycott pour de mauvaises raisons (ou pas d'ailleurs). Lorsque j'ai répondu que Samsung faisait pareil, on m'a répondu "Pff, Samsung c'est coréen, ils fabrique en Corée !". Pas d'information = idées reçues. Nous sommes ici entre connaisseurs, mais ce n'est pas le cas du grand public.
pacou [17/01/2012 00:04] via iGeneration pour iPad

@Jimmy_

Là n'est pas mon propos.

Je trouve simplement déplacé le propos de macbookeur75.

Comment venir plaindre des employés d'Apple Store, en majorité en occident, dans un commentaire relatif à un article dont une partie porte sur les conditions de travail des ouvriers asiatiques ayant permis de construire le Mac ou le idevice lui permettant d'écrire son message?

Ma provoc n'est qu'une démonstration de la condition salariale d'une partie des français ayant de bons accords d'entreprise ou de branche (celle ci vient des conventions ayant court dans certaines banques et assurances).

Qui est à côté de la plaque?
terreaterre [17/01/2012 09:00]

@Dad : De plus en plus de grandes entreprises françaises se penchent sur les conditions de travail de leurs sous-traitants, parfois sous la pression même des syndicalistes en interne

La sous-traitance, c'est une variable d'ajustement économique. Une entreprise a besoin de personnel qu'elle ne possède pas, elle fait appel à un sous-traitant.

Elle voit son carnet de commandes fondre comme neige au soleil ou le rendement de son action faire de même, il taille dans le gras, et commence par virer les ous-traitants. C'est ce qui se passe en France dans tous les secteurs.

Alors, les conditions de travail du gugusse qui travaille dans son pays, l'entreprise, elle s'en fout royalement.
speedtoxic [17/01/2012 09:22]

900 k$, un des patrons US les mieux payés ???

Vous avez vu ça où?
GillesB [17/01/2012 09:58]

@Pacou,

Vous oubliez un détail d'importance, la productivité en France est une des meilleures voire la meilleure au monde.

Pour exemple, j'ai comparé le coût salarial à la performances dans mon domaine entre différents pays dont la France et la on s'aperçoit que tout d'un coup le salarié Polonais ou Chinois n'est plus du tout intéressant.

Par ailleurs le président de Toyota avait répondu à une question posée par un journaliste, que la raison de l'implantation en France d'une nouvelle ligne de fabrication (suite à une fermeture en Angleterre) était le ratio production /Cout salarial qui est le meilleur sur toute les usines dégroupe Toyota!

Donc arrêtons avec ces histoires de 35 heures, de 39 heures de congés payés... Regardons la réalité en face, le salaire médian français est inférieur à 1500 euros et la France le Pays ou les dirigeants de sociétés (Les grosses) les mieux payés et les actionnaires les mieux rétribués! En allemagne le taux de réinvestissement des bénéfices dans l'entreprise est le double d'en France. Le reste c'est beaucoup d'arguties et de polémiques pour enfumer le citoyen!
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