QuickTime, 20 ans de vidéo numérique

QuickTime, 20 ans de vidéo numérique

par Arnauld de La Grandière le Mardi 06 Décembre 2011 à 11:00
logos quicktimeLe 2 décembre 1991, Apple donnait au monde la première version de QuickTime, qui déclencha une véritable révolution technologique. À l'heure où la vidéo numérique a totalement supplanté l'analogique, il est plus que temps de rendre à César ce qui lui revient de plein droit.

On l'imagine peut-être avec difficulté, mais sans QuickTime, nous n'aurions pas la Télévision Numérique Terrestre ni le Blu-Ray dans chaque foyer, tels que nous les connaissons aujourd'hui.

Le numérique présente nombre d'avantages sur l'analogique, puisqu'il permet la copie à l'identique de tout signal sans la moindre dégradation, et l'ouvre aux capacités des mathématiques, permettant son traitement à l'aide de nombre d'algorithmes, de la Transformée Rapide de Fourier jusqu'aux ondelettes. Un signal analogique, une fois numérisé, peut subir toute une panoplie d'effets, mais il est également possible de n'utiliser qu'une bande passante considérablement réduite grâce à la compression numérique. Ainsi, le passage des chaînes de télévision du hertzien analogique au hertzien numérique a permis de multiplier le nombre de canaux, autrefois limité à six en France. Autre avantage, le numérique a permis d'obtenir des arrêts sur image parfaitement statiques.

Cot-cot-codec

Si le son et les images numériques ont bénéficié depuis longtemps de systèmes de compression-décompression (co-dec), avec QuickTime est arrivé l'avènement de la compression temporelle en plus de la compression spatiale.

Commençons par expliciter le principe de compression spatiale, qui vaut pour les images fixes. Si l'on prend le cas du GIF par exemple, ce format utilise l'algorithme de compression spatiale (c'est à dire dans une surface donnée) de Lempel–Ziv–Welch (LZW), qui résume les pixels identiques successifs au sein d'une même image. Le JPEG quant à lui exploite la manière dont l'œil humain perçoit les images, en mettant l'accent sur les grandes variations de chrominance et de luminance, la compression ayant lieu sur les détails moins perceptibles (nous percevons par exemple la lumière bleue moins bien que la rouge et la verte, notre rétine étant tapissée de moins de photorécepteurs dédiés au bleu, il est donc inutile de stocker la couche bleue à définition égale des deux autres. On perçoit particulièrement cette variation dans les images fortement compressées sur les contours des objets placés sur un fond bleu).

Le format MJPEG, utilisé par les premières caméras numériques, n'est en réalité qu'une succession d'images compressées en JPEG indépendamment les unes des autres. QuickTime ajoutera la compression temporelle à cette compression spatiale : les codecs réduisent les redondances et similitudes graphiques non seulement au sein d'une même image, mais également d'une image à l'autre, une technique particulièrement appropriée pour la vidéo dans un même plan-séquence, puisque le principe même de l'illusion de l'animation, basé sur la persistance rétinienne, repose sur les similitudes et différences d'une image à l'autre. Pour conserver une référence de base de qualité et éviter les dégradations trop importantes sur la durée, des images-clés (c'est à dire indépendantes des images qui les précèdent) sont insérées régulièrement, et forcées aux changements de plans (le GIF animé exploite également la compression temporelle, sans toutefois permettre de synchronisation avec une bande sonore ou une contrainte de lecture en temps réel).

Get QuickTime
Cette compression a été cruciale en 1991, puisque non seulement les supports de stockage étaient autrement plus limités qu'aujourd'hui, mais d'autre part toute la chaîne de la transmission de données était autrement plus restreinte également. En somme, si la vidéo numérique n'avait pas été compressée, il aurait été non seulement impossible de la stocker, mais également de la lire. La compression numérique permettait de ne transmettre que la "recette" de la vidéo, à charge du processeur de la reconstituer en temps réel.

Mais précisément, dans les années 90 les processeurs étaient foncièrement plus limités qu'aujourd'hui, il fallait donc trouver un difficile équilibre entre le flot de données qu'un processeur pouvait traiter en temps réel, et ses capacités à reconstruire chaque image. L'ancêtre de QuickTime s'appuyait d'ailleurs sur une architecture matérielle dédiée : nommée QuickScan, elle exigeait la présence d'une puce graphique dédiée pour permettre aux premiers Mac d'afficher de la vidéo fluide à la fin des années 80. Créé par l'ingénieur Steve Perlman chez Apple, le projet est resté en dormance jusqu'à ce que le Mac devienne assez puissant pour permettre les mêmes performances intégralement de manière logicielle (Perlman a depuis fondé la société OnLive qui permet de "streamer" les images de jeux vidéo en temps réel par Internet, et qui s'appuie donc lourdement sur les progrès en matière de vidéo numérique, lire Tous les jeux sur Mac).

Les premières versions de QuickTime intégraient donc une quantité de codecs différents, qui étaient chacun spécialisés pour un type d'image ou d'animation donné, afin de proposer en fonction une compression plus efficace. Si QuickTime n'était pas le premier système permettant d'afficher de la vidéo numérique sur ordinateur, la véritable révolution qu'il a introduite c'est de permettre l'affichage de vidéo numérique, de n'importe quel type, sur l'ordinateur de monsieur tout le monde.

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Vos réactions (79 réactions)
tejavo [06/12/2011 11:23] via iGeneration pour iPad

Bravo pour cet article exhaustif. Merci MacGé, vous sortez vraiment du lot.
Frodor [06/12/2011 11:25] via MacG Mobile

EXCELLENT article ! Vraiment exhaustif et complet pour comprendre en quelques dizaines de minute, l'histoire de QuickTime si je puis dire ...
rom54 [06/12/2011 11:52]

Très bon article, encore une fois m.La Grandière, avec une vraie construction digne d'un journalisme que l'on a du mal a trouver aujourd'hui...

Il est vrai que le grand public, et aussi beaucoup de pro ignorent ou négligent l'impact fondamental d'Apple dans l'histoire du multimédia.
Il est vrai que Jobs n'était pas sans raison aussi impliqué dans la création et le développement de Pixar, qui allié avec Apple est responsable de pas mal de technologies clefs dans la vulgarisation de l'édition a la consultation de la video...
Et il était tout autant important de rappeler le procès fleuve qu'Apple intentât a Microsoft quand celui ci vola des pan entiers de ses technos pour "creer" Video for Windows :(

Juste deux petits regrets:
pourquoi ne pas avoir aborde aussi les développements que Jobs promu avec le NeXT, et qui meme s'ils n'était pas directement lies a Quicktime (ils le furent par la suite), on sacrement boostes le développement de la video numérique...

Et pourquoi ne pas avoir non plus mis en avant le cote visionnaire d'Apple qui a "porté" Akamai jsuqu'a en faire un incontournable de la diffusion Web. Cela met vraiment en évidence le process de conception chez Apple qui prend en compte l'écosystème et la vision a long terme...
mugu [06/12/2011 11:58]

Une bouse immonde sur win32. pire que real player par moment.

Heureuseent que VLC est apparu
Jimmy_ [06/12/2011 12:09]

@rom54 : on peut quand même souligner que Steve Jobs n'a rien à voir avec la création de QuickTime et que c'est une technologie majeure pour Apple.

Apple n'était pas peuplé que de bras cassés entre 1985 et 1997.
nesus [06/12/2011 12:18] via MacG Mobile

@Jimmy_ :
absolument, elle avait juste une gestion affreuse de son budget (comprenant dépensé et développement). C'était l'époque au 36 ordinateurs identiques, mais différents ne pouvant tous effectuer ce que l'autre faisait.
Almux [06/12/2011 12:26]

@mugu
Normalement, on ne devrait pas répondre aux (éventuels) trolls, mais là, ça me démange!
;)
1. As-tu bien lu le titre, le sous-titre et le sujet?
2. Est-ce QT la bouse... ou win32?
3. VLC n'aurait pas vu le jour, si les non-mac-adicts n'avaient eu un modèle par le QT
JYF [06/12/2011 12:29]

Une fois de plus, MacGé explose la concurrence...
Fars [06/12/2011 12:44] via MacG Mobile

Article remarquable!
Je viens de finir mon dessert sans m'en rendre compte 😄
iMacBurger [06/12/2011 13:27] via MacG Mobile

Vous remarquerez juste l'évolution du logo qui, avec QT X, aligne sa branche sur la queue de la lettre pour former un "Q" parfait.

P.S: Rien de tendancieux dans ma réponse hein :D
Oliange [06/12/2011 13:37]

Article intéressant et bien écrit.
Par contre y a vraiment trop de "révolution"...
Le mot est mis trop souvent dans l'article et ça gache un peu (comme par exemple pour la TV Apple qui n'existe pas mais qui sera une révolution d'après l'article).
ondex [06/12/2011 13:53]

Je chipote un peu, mais :

le numérique introduit forcément de la perte de qualité. C'est obligatoire, c'est physique/mathématique. Par contre, c'est fait en sorte que l'humain (qui a ses limites) ne s'en rende pas compte.

codec = codage/decodage. Certains codecs augmentent la volumétrie des données. Par exemple, les sondes spatiales utilisent des codecs qui peuvent multiplier par 32 le nombre de données à transmettre. C'est juste que la latence est tellement énorme qu'on ne peux se permettre de demander la re-émission. Donc on ajoute des sécurités par la redondance.

(je n'ai pas encore lu la suite ;-) )
nonoche [06/12/2011 14:29]

@ ondex : la dégradation induite par la numérisation avait déjà été évoquée dans cet article :

http://www.macgeneration.com/unes/voir/129372/le-son-numerique-hertz-bits-et-toute-cette-sorte-de-choses

Elle est cependant beaucoup moins valide concernant la vidéo, puisqu'il est déjà question de définition et de fréquence d'images en analogique, et que notre œil est incapable de percevoir les nuances de couleurs qui sont enregistrables en analogique et perdues en numérique.

quant à la validité de la compression en dehors du champ de la vidéo, c'est plus du chipotage, à ce stade là…
Unheilig [06/12/2011 14:36] via MacG Mobile

@JYF :
La concurrence ? MacPlus est mort...
xatigrou [06/12/2011 14:41]

Microsoft a repris quelques centaines de lignes de code de quicktime et quelques dizaines de milliers sont originales.
Il était légitime que les deux parties règlent ça au tribunal mais on ne parle que de quelques fragments, bien des articles ont été écrits sur le sujet, et il ne faudrait quand même pas suggérer que video for windows est un plagiat de quicktime (ça serait trop gros, même si on a bien compris que ça en flatte certains).
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