Intel à la croisée des chemins

Intel à la croisée des chemins

par Arnauld de La Grandière le Mardi 24 Mai 2011 à 15:58
Si Intel domine sans partage sur le front des processeurs pour ordinateurs, elle peine à répondre dans le domaine des appareils mobiles. Face à la montée en puissance des processeurs ARM et des GPGPU, et alors qu'elle doit redoubler d'ingéniosité pour retarder un peu plus le cul-de-sac technologique de la fabrication des processeurs, Intel doit faire feu de tout bois pour conserver son leadership.

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On l'a peut-être oublié depuis, mais en 1994, lorsqu'IBM, Motorola et Apple mettent le processeur PowerPC sur le marché, la firme de Cupertino répète à qui veut bien l'entendre que les processeurs CISC d'Intel sont en bout de course et n'ont guère que quelques années d'espérance de vie devant eux : le RISC était manifestement la seule issue. En cause, la gravure des processeurs, de plus en plus fine, qui finira nécessairement par se heurter à une barrière physique insurmontable : la taille de l'atome.

L'histoire aura doublement donné tort à Apple : non seulement la famille x86 a survécu aux PowerPC dans les micro-ordinateurs, mais humiliation suprême, elle-même a été contrainte d'abandonner son propre processeur pour passer à ceux d'Intel. Le fondeur a su modifier son architecture pour la maintenir à flots, tirant parti des unités de calcul vectoriel, mélangeant un peu de RISC avec le CISC, changeant ses processus de fabrication, etc.

Malgré tout, les processeurs sont arrivés à un premier plateau : la fin de la course au gigahertz. L'augmentation de la vitesse d'horloge est arrivée à un stade au-delà duquel la consommation et la dissipation d'énergie qu'elle entrainait devenaient déraisonnables. Qu'à cela ne tienne, la multiplication des cores et des processeurs en eux-mêmes a permis d'y suppléer, au prix toutefois de nouvelles architectures pour les logiciels, qui ne bénéficiaient plus automatiquement de cette augmentation de puissance transversale, contrairement à ce qui se produisait avec l'augmentation de la vitesse d'horloge.

Mais la multiplication des unités de calcul elle aussi n'aura qu'un temps : la loi d'Amdahl prédit son inéluctable défaillance passé un certain nombre de processeurs. Pour un logiciel optimisé à 50 % pour le calcul parallèle, la multiplication de processeurs ne se fait plus sentir au-delà de huit processeurs (lire Le monde parallèle de Photoshop). Certes, il est possible de relever ce plafond en augmentant la portion de calcul parallèle dans les logiciels, mais ce travail est particulièrement complexe et coûteux pour les développeurs (lorsqu'il est tout bonnement possible), et les fabricants se retrouveraient tributaires de la seule bonne volonté des développeurs pour que leurs architectures fassent la moindre différence avec leurs prédécesseurs (lire également Le CTO d'AMD prépare l'après-multicore). Et de fait, on constate d'ores et déjà un plafonnement dans certaines configurations (lire Photoshop CS5 : plus de cœurs, moins de performances).

Et quitte à faire du calcul parallèle, les logiciels auront meilleur compte de recourir aux processeurs graphiques, dont les pipelines sont capables de traiter énormément plus de données en une seule passe que les bons vieux CPU. C'est là un autre front sur lequel Intel doit batailler. Alors qu'AMD a décidé d'embrasser ce domaine avec l'acquisition d'ATI, Intel a tout fait pour freiner des quatre fers, notamment en arrêtant d'ouvrir ses chipsets à la concurrence, obligeant les constructeurs à embarquer les puces graphiques d'Intel, quitte à faire doublon avec une carte supplémentaire d'un concurrent. D'autre part, Intel a tâché tant bien que mal de répondre dans ce domaine en travaillant sur Larrabee, un processeur massivement parallèle qui conservait l'assembleur x86, mais ce fut en pure perte, et Intel dut retourner sur la planche à dessin (lire Larrabee, c'est où, dites ?).

Où l'on reparle des processeurs RISC

Enfin, Intel s'est laissée dépasser par la bande : alors qu'elle règne d'une main de fer sur l'équipement des ordinateurs, elle a commencé à céder du terrain d'abord avec les netbooks, puis les smartphones, et enfin les tablettes. Car les appareils mobiles présentent une contrainte supplémentaire : il s'agit de gagner en puissance tout en ne perdant rien de l'autonomie, et ça n'est pas sur les progrès en matière de batteries qu'il faudra compter. Les processeurs doivent donc en faire plus tout en consommant moins d'énergie, une véritable gageüre tant les deux paramètres sont intimement liés.

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Bien qu'Intel propose une gamme de processeurs à basse consommation, les Atom, ceux-ci font piètre figure face à l'architecture ARM, qui gagne de plus en plus de terrain. Pire encore, Microsoft elle-même, le partenaire de toujours, finit par se résoudre à promettre une version de Windows pour cette famille de processeurs, et ARM s'attaque même à la chasse gardée d'Intel en investissant les ordinateurs, et même les serveurs, un autre domaine où la consommation joue un rôle important (lire ARM vient chasser Intel sur les PC avec NVIDIA et Microsoft). Il se murmure même qu'Apple pourrait lancer un Mac animé par un processeur ARM (lire Mac : changement d'architecture en 2013 ?). Cerise sur le gâteau, alors qu'Intel avait mis sur pied un partenariat avec Nokia sur le système d'exploitation mobile MeeGo, cette dernière lui fait défaut pour tomber dans les bras de Microsoft.

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Vos réactions (11 réactions)
patlek [24/05/2011 16:19]

... mouais. Truc de geek.... peu compréhensible pour moi.

Sinon , si on arrive a un plafonnement des performances, ce que je verrais bien moi, comme "machine idéale", ce serait une machine avec des processeurs "dormant": Pour surfer sur internet ou faire du traitement de texte; inutile d' avoir un monstre de puissance, et pour les applications plus gourmandes, ce serait bien d' avoir des processeurs supplémentaires qui s' activent, pour un temps limité (Un rendu de 3D par exemple)
Armas [24/05/2011 16:31]

Et voici le retour des rumeurs en avant première.
nonoche [24/05/2011 16:48]

@ patlek : les processeurs fonctionnent déjà comme ça, en activant/désactivant des cœurs et en modifiant leur vitesse d'horloge en fonction des besoins de l'utilisateur.
Almux [24/05/2011 21:19]

Voilà, voilà... C'est bien beau tout ça! Les portables et autres téléphones devenus des "ordinateurs de poche", c'est fort sympa... mais ne me concerne guère! Ce qui m'inquiète, c'est le futur des camions! J'ai besoin d'un ordinateur avec une grosse force brut, plein de CPUs calculateurs effrénés!
Donc, pour moi, que ce soit Intel ou AMD, je me fiche d'une guigne de la mode des ultra-portables... tant qu'elle ne tue pas leur capacité à fournir les éléments nécessaires aux workstations.
redchou [24/05/2011 22:28]

Hahaha les stations de travail c'est dépassé ^_^
Faabb [25/05/2011 01:35] via MacG Mobile

Merci pour cet article passionnant !!
Almux [25/05/2011 10:36]

@redchou

Haaaa bon? Et avec quoi fera-t-on de bons contenus pour les iBidules? Parce que, faire du montage HD sur un iPad... ça va pas le faire.
Bon, tu me diras que les exigences en qualité diminuent, c'est vrai: la plupart des gens veulent absolument avoir des écrans HD... pour regarder des séquences Youtube à gros pixels... =8{)

EDIT:
Et non, pour la 3D, les iMacs ne suffisent pas. Il devient confortable d'en faire dès 8 CPUs disponibles à 100% (pour les rendus, s'entend et min. 16Gigas de ram, bien sûr)
HAL-9000 [25/05/2011 12:58]

@ Almux

Les Macs n'ont jamais été conçus pour une utilisation PRO. St€v€ à fait marquer le mot 'PRO' pour une aspect purement marketing...


Edit : et non ! faire du Photoshop j'appelle pas ça faire du PRO.
papalou [25/05/2011 13:13]

@ redchou

Tu ne vas jamais au cinéma ? ;-)
Je ne te raconte pas la puissante de calcul pour sortir des suites d'images pour retour sur pellicule, ou pour encoder un DCP (le remplaçant numérique de la pellicule 35mm). Ca commencera à être presque confortable dans 5 ans au rythme actuel de progression des Xeon d'Intel... En tout cas les Nehalem 8 coeurs, je les trouve très très lents pour le moment...
Almux [25/05/2011 15:15]

@HAL-9000
Là, je crois que tu racontes un peu n'importe-quoi, désolé. Le Mac Pro que j'utilise m'a coûté moins cher que son équivalent Dell et se sert admirablement bien de sa puissance brut.
Bien sûr, il fait aussi du Photoshop... mais ce n'est pas tout.
En plus, malgré la foule d'applications qui touchent à mes activité du côté PC, les seules qui pourraient égaler celles d'Apple sont bien trop chers (sauf Blender, multi-plateforme et gratuit - sauf donations), sans apporter quoi que ce soit de plus.
Donc, si tu ne peux RIEN faire de "pro" sur Mac... c'est que tu travailles dans un domaine spécifiquement développé sur et pour PC...
raphaelmermontagne [26/05/2011 08:33] via MacG Mobile

Merci pour cet article passionnant et bien informé!



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