Google et Verizon : fin de la neutralité du net ?
par Arnauld de La Grandière le Lundi 16 Août 2010 à 15:00
Le débat autour de la neutralité du Net prend une nouvelle ampleur outre atlantique autour d'accusations concernant des accords suspects entre Google et Verizon. Mais la neutralité du Net n'est-elle pas qu'un pur concept dont la mise en application pourrait être plus problématique que salvatrice ?
Pas de contrôle sur les tuyaux
Commençons par cerner le débat : Internet se trouve au croisement du contenant et des contenus. Il s'agit d'une part d'un réseau physique, pour la plus grande partie appartenant à des opérateurs privés, et de l'autre d'informations, l'un n'ayant aucune valeur sans l'autre, et réciproquement. Le principe de la neutralité du Net, apparu en 2003 et qu'on a quelque peu assaisonné à toutes les sauces depuis, se résume à la distribution non-discriminatoire des données, quelle que soit leur source, leur destination, ou leur nature.
Concrètement, cela signifie que, idéalement, votre fournisseur d'accès à Internet ne devrait pas empêcher l'accès aux sites de ses concurrents par exemple, ou proposer des contenus exclusifs par types d'abonnements. Internet doit rester Internet, quel que soit le tuyau par lequel il passe. Mais il s'agit là d'un principe vertueux qui, dans les faits, n'a guère d'incarnation légale à proprement parler, la liberté d'entreprendre et le droit de la propriété étant des principes présidant aux initiatives de chacun, en espérant que le marché se régulera par lui-même. Dans les faits, il semble en effet qu'une auto-régulation se mette en place à en juger par le sens de l'histoire, la concurrence, lorsqu'elle est effective, pousse spontanément à un meilleur service pour un coût moins élevé.
Le débat porte plus particulièrement sur les réseaux sans fil, le cas du Réseau Téléphonique Commuté étant réglé depuis bien longtemps. Et précisément c'est le sort que les opérateurs cellulaires veulent à tout prix éviter, ou au pire retarder. Pensez-y, les plus jeunes d'entre vous l'ignorent sans doute, mais il fut un temps où France Telecom, alors monopole national, proposait sur son réseau téléphonique des transmissions de données à la tarification séparée des conversations téléphoniques classiques, notamment par le biais du vénérable minitel.
Effondrement du cours du bit
Le service télétel 36 15, l'un des plus populaires, coûtait 9,15 € de l'heure, et à 1200 bits par seconde, on ne téléchargeait pas grand chose dans ce laps de temps, à tel point qu'une comparaison du coût par bit avec les tarifications actuelles dépasse l'entendement : avec le même réseau physique, le bit transité par minitel coûtait plus de quatre millions et demi de fois plus cher à l'usager que le bit transité par une offre ADSL (sur la base d'un forfait mensuel à 30 euros et d'un débit à 24 megabits par seconde). Notons toutefois que, outre l'état de la technologie d'alors, le modèle économique était bien différent de ce qu'on peut trouver à l'heure actuelle sur Internet, la facturation étant partagée pour moitié entre l'opérateur et le prestataire du service minitel concerné. Malgré tout, le passage d'une tarification basée sur le temps de connexion à celui basé sur un forfait mensuel illimité a totalement bouleversé le paysage des télécommunications.
De même, les communications téléphoniques classiques sont facturées en fonction de la durée et de la distance d'appel, des tracas annihilés par la voix sur IP qui offre des communications gratuites et illimitées à l'international, et qui désormais représentent en France la majorité des communications téléphoniques, bien que les abonnements au haut débit soient toujours moins nombreux que ceux au bon vieux téléphone classique. Alors qu'autrefois les opérateurs du téléphone fixe avaient toute latitude de créer des tarifications artificielles en fonction de la nature des données transmises, ils ont perdu ce privilège avec l'ouverture du marché et la multiplication des offres triple-play.
Pas de contrôle sur les tuyaux
Commençons par cerner le débat : Internet se trouve au croisement du contenant et des contenus. Il s'agit d'une part d'un réseau physique, pour la plus grande partie appartenant à des opérateurs privés, et de l'autre d'informations, l'un n'ayant aucune valeur sans l'autre, et réciproquement. Le principe de la neutralité du Net, apparu en 2003 et qu'on a quelque peu assaisonné à toutes les sauces depuis, se résume à la distribution non-discriminatoire des données, quelle que soit leur source, leur destination, ou leur nature.
Concrètement, cela signifie que, idéalement, votre fournisseur d'accès à Internet ne devrait pas empêcher l'accès aux sites de ses concurrents par exemple, ou proposer des contenus exclusifs par types d'abonnements. Internet doit rester Internet, quel que soit le tuyau par lequel il passe. Mais il s'agit là d'un principe vertueux qui, dans les faits, n'a guère d'incarnation légale à proprement parler, la liberté d'entreprendre et le droit de la propriété étant des principes présidant aux initiatives de chacun, en espérant que le marché se régulera par lui-même. Dans les faits, il semble en effet qu'une auto-régulation se mette en place à en juger par le sens de l'histoire, la concurrence, lorsqu'elle est effective, pousse spontanément à un meilleur service pour un coût moins élevé.

Le débat porte plus particulièrement sur les réseaux sans fil, le cas du Réseau Téléphonique Commuté étant réglé depuis bien longtemps. Et précisément c'est le sort que les opérateurs cellulaires veulent à tout prix éviter, ou au pire retarder. Pensez-y, les plus jeunes d'entre vous l'ignorent sans doute, mais il fut un temps où France Telecom, alors monopole national, proposait sur son réseau téléphonique des transmissions de données à la tarification séparée des conversations téléphoniques classiques, notamment par le biais du vénérable minitel.
Effondrement du cours du bit
Le service télétel 36 15, l'un des plus populaires, coûtait 9,15 € de l'heure, et à 1200 bits par seconde, on ne téléchargeait pas grand chose dans ce laps de temps, à tel point qu'une comparaison du coût par bit avec les tarifications actuelles dépasse l'entendement : avec le même réseau physique, le bit transité par minitel coûtait plus de quatre millions et demi de fois plus cher à l'usager que le bit transité par une offre ADSL (sur la base d'un forfait mensuel à 30 euros et d'un débit à 24 megabits par seconde). Notons toutefois que, outre l'état de la technologie d'alors, le modèle économique était bien différent de ce qu'on peut trouver à l'heure actuelle sur Internet, la facturation étant partagée pour moitié entre l'opérateur et le prestataire du service minitel concerné. Malgré tout, le passage d'une tarification basée sur le temps de connexion à celui basé sur un forfait mensuel illimité a totalement bouleversé le paysage des télécommunications.
De même, les communications téléphoniques classiques sont facturées en fonction de la durée et de la distance d'appel, des tracas annihilés par la voix sur IP qui offre des communications gratuites et illimitées à l'international, et qui désormais représentent en France la majorité des communications téléphoniques, bien que les abonnements au haut débit soient toujours moins nombreux que ceux au bon vieux téléphone classique. Alors qu'autrefois les opérateurs du téléphone fixe avaient toute latitude de créer des tarifications artificielles en fonction de la nature des données transmises, ils ont perdu ce privilège avec l'ouverture du marché et la multiplication des offres triple-play.
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Vos réactions (54 réactions)
[MGZ] Shralldam
[16/08/2010 15:19]
Excellent article !
Excellent article !
ggcmwa
[16/08/2010 15:29]
via MacG Mobile
Je dirai même plus : Excellent article ! Très instructif et complet de surcroit.
Je dirai même plus : Excellent article ! Très instructif et complet de surcroit.
FreddyF
[16/08/2010 16:10]
via MacG Mobile
Je plussoie ! J'avais entendu parler de ce débat aux US, mais j'avoue que je n'avais pas vraiment compris de quoi il s'agissait. Merci MacGé !
Je plussoie ! J'avais entendu parler de ce débat aux US, mais j'avoue que je n'avais pas vraiment compris de quoi il s'agissait. Merci MacGé !
supunna
[16/08/2010 16:14]
laisser la libre concurrence corriger le tir d'elle-même
Je suis navré de voir MacGé sortir ainsi du bois… politique. L'auto-régulation, beau programme…
Ceci dit, 2012 approche à grand pas, il est peut-être temps de lancer des débats de fond, finalement.
laisser la libre concurrence corriger le tir d'elle-même
Je suis navré de voir MacGé sortir ainsi du bois… politique. L'auto-régulation, beau programme…
Ceci dit, 2012 approche à grand pas, il est peut-être temps de lancer des débats de fond, finalement.
tranmi
[16/08/2010 16:22]
via MacG Mobile
Ça me rappel le MS-Network et eWorld d'Apple, peut être le data-center de cette dernière va justement être utilisé dans ce sens ...
Ça me rappel le MS-Network et eWorld d'Apple, peut être le data-center de cette dernière va justement être utilisé dans ce sens ...
Nonoche
[16/08/2010 16:27]
@ supunna : Et je suis navré que tu embrigades MacG dans ton clivage politique façon "si vous n'êtes pas avec nous, vous êtes contre nous"… mais je ne peux pas dire que je ne l'avais pas vu venir
@ supunna : Et je suis navré que tu embrigades MacG dans ton clivage politique façon "si vous n'êtes pas avec nous, vous êtes contre nous"… mais je ne peux pas dire que je ne l'avais pas vu venir
hartgers
[16/08/2010 16:29]
Très bon article.
Il est cependant dommage de croire en la libre régulation sachant que les prix sont bien entendus entre les opérateurs. En France, SFR, Bouygues et Orange se sont fermement opposés à l'introduction d'un quatrième opérateur qui risquait de mettre en péril leur loyale concurrence. Toujours en France, SFR a racheté Neuf qui avait racheté cégetel. Inutile de dire que la concurrence a bon dos ici et partout ailleurs. Je parlerais plutôt de monopole dissimulé.
Enfin, cette critique ne devrait pas occulter le véritable travail qu'il y a derrière cet article d'une grande pertinence, si ce n'est la crédulité avec laquelle vous parlez du système économique mondial qui, on le sait, n'a rien de "naturel" ou "libre".
Très bon article.
Il est cependant dommage de croire en la libre régulation sachant que les prix sont bien entendus entre les opérateurs. En France, SFR, Bouygues et Orange se sont fermement opposés à l'introduction d'un quatrième opérateur qui risquait de mettre en péril leur loyale concurrence. Toujours en France, SFR a racheté Neuf qui avait racheté cégetel. Inutile de dire que la concurrence a bon dos ici et partout ailleurs. Je parlerais plutôt de monopole dissimulé.
Enfin, cette critique ne devrait pas occulter le véritable travail qu'il y a derrière cet article d'une grande pertinence, si ce n'est la crédulité avec laquelle vous parlez du système économique mondial qui, on le sait, n'a rien de "naturel" ou "libre".
Nonoche
[16/08/2010 16:42]
C'est pourtant bien la concurrence, toute fictive qu'elle soit, qui a permis de passer des tarifs du minitel à ceux de l'ADSL comme souligné dans l'article… Il y est bien stipulé que les conditions d'une réelle concurrence doivent être réunies : si ça n'a pas été le cas pour la téléphonie mobile en France pendant trop longtemps, Free a indiqué qu'elle allait reproduire dans le mobile ce qu'elle a déjà fait dans le domaine de l'ADSL, les tarifs devraient grandement évoluer une fois leur offre sur le marché.
C'est pourtant bien la concurrence, toute fictive qu'elle soit, qui a permis de passer des tarifs du minitel à ceux de l'ADSL comme souligné dans l'article… Il y est bien stipulé que les conditions d'une réelle concurrence doivent être réunies : si ça n'a pas été le cas pour la téléphonie mobile en France pendant trop longtemps, Free a indiqué qu'elle allait reproduire dans le mobile ce qu'elle a déjà fait dans le domaine de l'ADSL, les tarifs devraient grandement évoluer une fois leur offre sur le marché.
joneskind
[16/08/2010 17:00]
via MacG Mobile
@ Nonoche :
Justement, qu'en est-il de free et de son offre mobile? Ça fait un bon moment que j'en entends parler, mais je vois toujours rien venir... Est-ce qu'ils seraient en train de nous finaliser un tout VoIP avec data illimitées? Ils attendent le 4g?
@ Nonoche :
Justement, qu'en est-il de free et de son offre mobile? Ça fait un bon moment que j'en entends parler, mais je vois toujours rien venir... Est-ce qu'ils seraient en train de nous finaliser un tout VoIP avec data illimitées? Ils attendent le 4g?
hartgers
[16/08/2010 17:10]
@Nonoche :
Bien d'accord, mais il reste que pour le consommateur, le prix de la connexion ADSL n'a pas vraiment baissé... C'est depuis longtemps 30€ par mois, avec certes une augmentation du débit théorique, mais pas de réelle baisse tarifaire. Quant aux SAV...
@Nonoche :
Bien d'accord, mais il reste que pour le consommateur, le prix de la connexion ADSL n'a pas vraiment baissé... C'est depuis longtemps 30€ par mois, avec certes une augmentation du débit théorique, mais pas de réelle baisse tarifaire. Quant aux SAV...
Osborne
[16/08/2010 17:11]
@joneskind : le réseau mobile de Free est attendu pour 2012 ; le temps que l'opérateur installe son infrastructure. Patience...
@joneskind : le réseau mobile de Free est attendu pour 2012 ; le temps que l'opérateur installe son infrastructure. Patience...
Nonoche
[16/08/2010 17:12]
Ils doivent créer leur réseau et leurs boutiques, c'est prévu pour 2012
Ils doivent créer leur réseau et leurs boutiques, c'est prévu pour 2012
pim
[16/08/2010 17:24]
L'arrivée imminente de Free a déjà ses effets à mon avis : en créant une offre quadruple play, les trois larrons nationaux viennent de franchir une nouvelle étape dans la baisse des prix, associée à une quadruple fidélisation des clients, qui pourrait bien énormément compliquer la tache de Free, sa base de clients actuels étant en train de s'éroder lentement mais sûrement !
L'arrivée imminente de Free a déjà ses effets à mon avis : en créant une offre quadruple play, les trois larrons nationaux viennent de franchir une nouvelle étape dans la baisse des prix, associée à une quadruple fidélisation des clients, qui pourrait bien énormément compliquer la tache de Free, sa base de clients actuels étant en train de s'éroder lentement mais sûrement !
Nonoche
[16/08/2010 17:25]
@ hartgers : je pense que tu oublies un peu vite la nature des offres ADSL avant que Free n'arrive sur le marché : pas de triple play (ni VoIP ni télévision), au mieux des offres à 45 € par mois pour un nombre limité d'heures de connexion par mois… et la fibre arrive avec du 100 Mbps (dans un premiers temps) au même tarif. Le coût du bit va encore prendre un coup dans les dents. Alors que France Telecom avait tout fait pour freiner l'arrivée d'internet en France pour maintenir le minitel, la France était la lanterne rouge en matière d'équipement et aujourd'hui elle fait partie des pays les mieux équipés avec les meilleurs tarifs. Difficile de faire plus éloquent qu'une division tarifaire par plus de 4 millions, quand même…
@ hartgers : je pense que tu oublies un peu vite la nature des offres ADSL avant que Free n'arrive sur le marché : pas de triple play (ni VoIP ni télévision), au mieux des offres à 45 € par mois pour un nombre limité d'heures de connexion par mois… et la fibre arrive avec du 100 Mbps (dans un premiers temps) au même tarif. Le coût du bit va encore prendre un coup dans les dents. Alors que France Telecom avait tout fait pour freiner l'arrivée d'internet en France pour maintenir le minitel, la France était la lanterne rouge en matière d'équipement et aujourd'hui elle fait partie des pays les mieux équipés avec les meilleurs tarifs. Difficile de faire plus éloquent qu'une division tarifaire par plus de 4 millions, quand même…
DrFatalis
[16/08/2010 17:40]
"la France était la lanterne rouge en matière d'équipement et aujourd'hui elle fait partie des pays les mieux équipés avec les meilleurs tarifs.
Cela a aussi à voir avec la détestable habitude de concentrer 65% de la population dans les 100km autour de la capitale...
Sinon, au niveau cable, nous sommes plutôt très en retard... Et tous les usages du web "promis" et rémunérateurs (video HD à la demande, par exemple) demandent plus de tuyaux, et plus gros...
"la France était la lanterne rouge en matière d'équipement et aujourd'hui elle fait partie des pays les mieux équipés avec les meilleurs tarifs.
Cela a aussi à voir avec la détestable habitude de concentrer 65% de la population dans les 100km autour de la capitale...
Sinon, au niveau cable, nous sommes plutôt très en retard... Et tous les usages du web "promis" et rémunérateurs (video HD à la demande, par exemple) demandent plus de tuyaux, et plus gros...
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Mai 2012