En route vers Mac OS XI ?

En route vers Mac OS XI ?

par Jean-Marc Delorme le Lundi 05 Juillet 2010 à 20:00
Steve Jobs a précautionneusement choisi ses termes : en signifiant que le devenir de l'informatique était mobile et que le rôle de l'ordinateur, s'il ne devait pas disparaître, allait tout du moins s'amoindrir, l'inventeur de « l'informatique pour le reste d'entre nous » a tracé un sillon limpide. Mac OS ne dispose plus de sa complète attention. La société californienne, toujours précise dans l'allocation de ses ressources, va-t-elle poursuivre les efforts de développements entrepris voilà près de 25 ans, à la fondation de NeXT, la seconde société de Jobs ? Rien n'est moins sûr, mais on peut imaginer quelques scénarios pour l'avenir de Mac OS.

Quatre freins à la redéfinition de Mac OS skitchedLes arguments en défaveur de Mac OS sont multiples. Le premier est stratégique : Jobs et son équipe ont compris quels étaient les ingrédients d'une recette réussie depuis l'iPod et le raz-de-marée de son succès. Ils sont divers, et chacun d'entre eux nécessite une concentration sans relâche : les problèmes de réception du dernier iPhone montrent combien cette attention doit être prenante. Dans la culture d'entreprise d'Apple, cela signifie donc que l'ensemble des troupes se doit d'être en ordre de bataille. Et si Jobs envisage une transformation rapide du secteur de l'informatique vers un monde numérique nomade et des fonctions informatiques « masquées », il devra redéployer ses troupes, ne laissant que quelques employés continuer à vanter les mérites des Mac. Après tout, l'iPod touch, l'iPhone et l'iPad représentent déjà plus des deux tiers du chiffre d'affaires d'Apple, et la croissance de la part de marché des Mac pourrait ne pas y changer grand-chose. Jobs préférera brûler ses vaisseaux, plutôt que de laisser un seul risque le faire dévier de son objectif : atteindre sa vision de l'avenir de l'informatique, conjuguant mobilité et connectivité. C'est la raison pour laquelle iPhone OS est devenu iOS et que Mac OS est désormais considéré par les observateurs comme une « iOS Development Platform », même si ce n'est pas le point de vue d'Apple. Ringardisé, le système d'exploitation de feu Apple Computer ?


Le deuxième argument provient du marché, et du grand public d'abord, qui se rue sur les solutions nomades d'Apple depuis l'iPod et la disponibilité de contenus au travers d'iTunes. L'App Store n'a fait qu'amplifier la tendance. Au-delà, les marchés institutionnels s'intéressent de plus en plus aux solutions d'Apple : depuis maintenant quelques années, des grands clients d'Apple, comme certaines entreprises ou des administrations demandent des outils plus légers. Empêtrés dans un véritable mille-feuille de technologies, ces grands comptes se sont rapprochées des commerciaux de la firme, à l'affût d'une solution, surtout depuis la présentation de l'iPhone, et plus encore depuis l'arrivée de l'iPad. La théorie selon laquelle les entreprises et les institutions viennent peu à peu à Apple sous la pression de leurs propres employés se vérifie un peu plus chaque jour. C'est déjà le cas avec l'iPhone, qui a fait son trou dans l'entreprise, et c'est là qu'il faudra attendre les effets de l'iPad, qui peut parfois remplacer un ordinateur. Face à cette demande, le Mac est chaque jour un peu plus obsolète.

Le troisième argument est logiciel, et a trait à la programmation de Mac OS, qui se fait dans des langages informatiques dérivés du langage C, et auxquels il manque une composante de programmation moderne : la gestion automatique de la mémoire. Apple a bien intégré une « astuce » qui joue le rôle de gestionnaire automatique, la fonction de ramasse-miettes ou « garbage collection ». Disponible depuis Mac OS X 10.5, l'implémentation de cette fonction a deux effets pervers. D'abord, elle coupe le parc de Mac en deux, car les machines fonctionnant sur une version antérieure de Mac OS X ne peuvent faire tourner les programmes utilisant la fonction. Mais ce n'est pas le plus grave : cette fonction a surtout tendance à utiliser plus de mémoire qu'un programme à gestion de mémoire manuelle. Elle est donc adaptée à Mac OS, qui n'a besoin que d'une réactivité « faible » (tout est relatif), et facilite le travail des développeurs. Mais elle n'est pas adaptée à iOS, d'abord parce qu'il a besoin d'une réactivité « forte », que seule une gestion manuelle de la mémoire permet, mais aussi et surtout parce que la mémoire vive est rare sur les iPhone, iPad et autres iPod touch (256 à 512 Mo), et on ne peut donc s'encombrer d'un ramasse-miettes moins économe en mémoire.

L'augmentation de la mémoire dans de futures versions d'iPhone ne changera pas le problème : en ajoutant un ramasse-miettes à iOS, Apple prendra le risque de faire de l'iPhone un appareil moins rapide et moins réactif. Il s'agit donc bien d'un problème structurel : changer de langage de programmation ou ajouter à Objective-C un API destiné à la gestion automatique de la mémoire. Relevée par John Siracusa d'Ars Technica, l'absence de cette fonction pose la question d'une mise à niveau du langage Objective-C et donc de Mac OS. Mais elle implique aussi de séparer technologiquement iOS de Mac OS, et de diluer la capacité de travail apportée par les développeurs aux systèmes d'exploitation d'Apple. Pour disposer d'un point de vue plus technique sur la question, lisez également le blog de Robert Love, et l'analyse de David Quintana.

Enfin, le quatrième argument est commercial : si l'iPhone, l'iPad et iOS sont amenés à servir de fer de lance à la conquête d'un avenir nomade, Apple doit leur laisser le champ libre, et séparer plus drastiquement appareils iOS et Mac. L'augmentation du prix du Mac mini n'est peut-être pas autre chose, et il y a fort à parier qu'Apple appliquera une augmentation similaire à ses autres Mac dans les mois à venir, pour laisser plus de place aux différents modèles d'iPad. L'iMac pourrait être le prochain sur la liste.

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Vos réactions (114 réactions)
françois bayrou [05/07/2010 20:41]

Excusez mon ignorance mais vous reprochez a Mac os de ne pas avoir une vraie gestion automatique de la mémoire et de se contenter d'un garbage collector, dans le meilleur des cas. Mais le gc n'est il pas la seule gestion automatique de la mémoire possible ? Et qui est forcément source de saccades, d'interruptions, de gaspillage de mémoire, comme dans tout langage ou il est implementé ?
DarkMoineau [05/07/2010 20:41]

Bien sur que ça en vaut la peine.

Pour un ordi de bureau, genre imac ou HP Touchsmart, le tout tactile n'est pas convaincant, car incofortable, il faudrait en passer par un Trackpad qui remplaçerait/completerait la Magic Mouse.

Pour écrire on prendrait donc un clavier.

Clavier virtuel? Pourquoi pas mais il restera séparé de l'écran.

De plus pour une utilisation Pro, l'iPad n'a pas la puissance nécessaire.

Mac OS, même sous une version XI devra donc continuer sa route, même si une disparition des MacBook Air & MacBook voir Mac Mini est possible.

Mais l'iMac et les Mac dénomés Pro ne devraient pas disparaitre.
fcb [05/07/2010 20:43]

Excellent article.
empereur_kuzco [05/07/2010 20:59] via MacG Mobile

Jean-Marc, tu sembles oublier un point crucial: Tous les ibidules ne peuvent marcher sans un Mac et ne sont donc absolument pas autonomes (mise a jour...).
Ça parait fantaisiste de parler de ce idesktop...m'enfin, l'avenir nous le dira...
gibet_b [05/07/2010 21:05]

De toute façon, il faudra bien toujours une station de développement pour l'iOS donc je ne comprends pas : si de toute façon il faut qu'ils supportent cette plateforme pour les développeurs, pourquoi pas le proposer au grand public qui sont demandeurs, même si ce n'est plus la majorité du chiffre d'affaire d'Apple ? C'est toujours de l'argent de rentrer qui peut être utiliser en R&D, ça représente toujours plusieurs millions de Dollars le mac, non ? Je ne pense vraiment pas qu'Apple reparte de zéro pour son iOS Desktop, qui est plutôt la voie que j'imagine, car ils ne seraient pas embêté sur Snow Leopard, sans cela. Car ils ont également présenté Snow Leopard et ses nouveautés "intérieures" comme la base de départ pour le futur de Mac OS. Il me semble qu'ils avaient dit qu'ils bossaient à l'amélioration interne de l'OS pour pouvoir repartir sur quelque chose de presque parfait à ce niveau pour le futur.

Franchement, c'est peut-être parce que je l'espère aussi, mais je ne pense que le Mac soit mort... Pour une chose tout bête : pourquoi ne pas avoir fait de l'iPad un système complètement autonome ? Rien ne l'empêchait...
ce78 [05/07/2010 21:05]

Apple pourrait tout aussi bien considérer que les Mac coutent beaucoup moins cher que ce qu'ils rapportent. Pourquoi abandonner un produit qui rapporte, même s'il rapporte désormais un peu moins que les autres ?
SadChief [05/07/2010 21:06]

Je me vois mal travailler la nuit, quand tout le monde dort chez moi, en commandant mon ordinateur à l'aide de ma voix !
Ou bien imaginer un grand espace où les gens placés devant leurs écrans parlent tous en même temps pour les besoins du service (comme à la Bourse).
Ou bien des gens qui sont physiologiquement muets ou qui bégayent en étant exclus.
A force de trop spéculer on tombe dans l'irrationnel.
Ou carrément dans la connerie.
Ca va faire "pschiitttt".
sgm [05/07/2010 21:09]

Apple laisse tomber MaxOs?

Impensable. Principe Numéro de gestion : Ne pas changer ce qui marche!

Si Apple laisse mourir avant le temps les ordis, cela sonnera le glas pour Apple.

Toutefois, il serait peut-être temps de scinder la compagnie en deux ou trois. Division Ordi: perso-bureau-serveur-entreprise; Division Divertissement et Mobile: Ipod, Iphone, IPad Apple TV; Division Internet: Iad, Itunes, Icloud, MobileMe.

Je suis prêt à relever le défi de l'une ou l'autre des divisions
antibo [05/07/2010 21:12]

Soyons réalistes un moment.

Certes l'iPhone et l'iPad ont apporté une nouvelle façon de consommer du contenu culturel grâce à une prise en main intuitive, tactile et ludique, mais il ne faut pas confondre consommation et production.

Aujourd'hui, l'interface proposée par ces nouveaux périphériques est sans commune mesure (en terme de productivité) avec le bon vieux couple clavier/souris, que ce soit en terme de précision (faire un élagage précis sur une vidéo prend un temps fou sur iPhone par rapport à Final Cut sur Mac), de rapidité d'exécution (écrire du texte, faire des calculs, renommer des fichiers, etc.) ou encore de puissance (à quand un équivalent d'After effects ou de cinema 4D sur iPhone/iPad).

Alors on peut faire de la prospective sur les interfaces Homme/Machine, sur la puissance toujours exponentielle des périphériques nomades, sur l'évolution des contrôles vocaux ou tactiles, mais de là à concurrencer un vrai ordinateur dans le domaine de la production, il y a de la marge.

D'ailleurs je suis assez d'accord avec l'idée que ces périphériques tactiles soient dévolus à la consommation (et éventuellement la production d'appoint) mais que les macs restent les outils de production, de création et de développement de ces applications de consommation.

Donc, à mon humble avis, Mac OS est loin d'être enterré, même si son usage va changer, effectivement.

La question méritera certainement d'être réellement posée pour le passage à Mac OS XII :)
Nesus [05/07/2010 21:19]

Il est clair que l'on va changer d'OS mais pour aller vers une fusion des deux. Il n'y aura plus que les paramètres d'affichage qui différerons d'une machine à l'autre. Mais abandonner le mac me semble complètement impossible, en tout cas pas tant que l'iP(a)(o)d restent tant débiteur d'un ordinateur pilote.
Je vois mal steeve dire : "bon maintenant on laisse ça aux autres on ne fait plus que de l'IOS", ce n'est pas vraiment crédible, lui qui ne veut même pas être débiteur de Flash.
oliviou [05/07/2010 21:20] via MacG Mobile

Mac OS continuera (sous n'importe quel nom, on s'en fout), et les ordinateurs Mac de bureau et laptop continueront aussi pour une simple raison: Steve Jobs n'utilisera jamais un PC pour travailler.
Probablement que l'interface changera, peut être le langage de code aussi, probablement que les périphériques de pointage changeront ( tablette tactile multitouch), mais il restera toujours un clavier, un écran, et des gens assis à des bureaux pour s'en servir. .
Pour une utilisation de travail, on n'est pas près de trouver mieux, ni plus simple, ni plus rapide, ni plus polyvalent, ni plus ergonomique (imaginez la commande vocale dans un open space, ou le soir quand les enfants dorment) (et imaginez la fatigue d'une journée à tendre le bras pour toucher son écran).

Et le pourcentage de chiffre d'affaire n'a rien à voir : il s'agit de dollars sonnants et trébuchants, et de fidélisation de la clientèle. Imaginez la chute de l'action en bourse si Jobs annonçait qu'il ferme sa branche ordinateurs personnels. Imaginez le déficit d'image, la désertion de la clientèle, l'adoption de nouveaux formats par les fidèles...

Vous imaginez bien? Ça s'appelle de la fiction.
kubernan [05/07/2010 21:21]

Pour le ramasse miettes, je me demande combien de développeurs l'ont réellement adopté. Pas certain qu'il ait rencontré un franc succès à ce que j'ai pu lire ici et là.
Non pas en raison de problèmes de performance mais plutôt par goût ; la gestion mémoire "manuelle" n'est vraiment pas compliquée et les développeurs ont le sentiment de mieux maitriser le comportement de leur code.

Ceci dit, il est vrai qu'aujourd'hui on ne devrait plus se préoccuper de ce genre de chose.
Eurylaime [05/07/2010 21:23]

Dans cette analyse ce que je ne comprend pas, c'est d'admettre que les ressources d'Apple sont limités de fait. Apple a largement les moyens d'embaucher ou de former.

Mac OS X a été conçu pour 10 à 15 ans sans pour autant dire que c'était une date de péremption.

Il ne faudrait pas non plus oublier que le volume des iBidules vendus est encore très loin des centaines de millions de PC super pas beaux vendus chaque année. Apple a devant elle encore plus de 95% de la micro a croquer et ce marché ne disparaitra pas avant un bout de temps même avec la sorti des tablettes (iPad en tête). Cela revient exactement à dire que les téléphones de bases diparaitrons tous à cause des smartphones. La réalité économique est tout autre. Il suffit de voir le nombres de simples téléphones vendus avec une mobi-carte (même si ça ne fait pas la une des journeaux).

Enfin, ne pas oublier non plus que 85% du CoreOS est commun à Mac OS X et à iOS !
NicolasO [05/07/2010 21:25]

Beaucoup de smartphones ont un GC. Le GC a un coup quasi-nul de nos jours et permet d'utiliser MOINS de memoire qu'une gestion manuelle, sauf par un expert y passant beaucoup de temps.
L'allocation est plus rapide avec un GC qu'avec un malloc. (Un bon GC alloue un bloc en 12 cycles de nos jours: on augmente un pointeur et on compare a un bumper pointeur, un malloc es beaucoup plus long). La memoire ne se fragmente pas non plus.
Seul le probleme de latence est reel, et bloque une utilisation ou 30ms est long. Principalement les jeux.
Avec la gestion de la memoire, il faut separer le throughput (les perfs) et la latency (la reactivite). Les seuls problemes restent dans la reactivite, et ils sont tres faibles par rapport a ce qu'ils etaient.

Les GCs sur telephone, c'est partout aujourd'hui sauf pour les jeux.
La solution Objective-C sur iphone du reference counting est plus lente de beaucoup mais plus reactive. De plus, elle reagit tres mal a la concurrence, ajoutant une memory-barrier en write sur les reads.

Dernier point, la gestion manuelle de la memoire empeche certains algos parallleles. A l'heure de la multiplication des cores, c'est un vrai probleme.

C'est un non-choix pour le futur: le GC va s'imposer (peut-etre pour les jeux seulement dans un deuxieme temps). Et Apple le sait aussi bien que n'importe qui qui connait la question.
Pmphilipps [05/07/2010 21:33] via MacG Mobile

[NDLR] Les consignes sont faites pour être lues et respectées.
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