2010 : début d'une nouvelle ère pour l'industrie high-tech ?

2010 : début d'une nouvelle ère pour l'industrie high-tech ?

par Arnauld de La Grandière le Samedi 13 Février 2010 à 11:35
En quelques semaines à peine, de multiples guerres ouvertes se sont déclarées entre Apple et d'autres sociétés de taille : Adobe, Amazon, Google et Nokia sont toutes en concurrence frontale avec la firme de Cupertino, alors que jusqu'ici rien, ou presque, ne venait jurer dans un climat de bonne entente entre des sociétés qui collaboraient "harmonieusement".


La pomme de la discorde

Ces relations ambigües sont nées de divers éléments : le rejet du syndrome « not made here », qui voulait autrefois qu'on n'utilise jamais de produits créés par des entreprises concurrentes, pas même s'ils s'avéraient être plus profitables et exclus des zones de concurrence, a mené à des collaborations entre sociétés qui naguère se seraient vouées une guerre sans merci. Ce climat apaisé, caractéristique de la décennie passée, a donné le ton respectueux, voire laudateur, qu'on affichait en façade, alors qu'en arrière-boutique on préparait la mise à mort de l'allié d'hier, devenu trop encombrant. C'est d'ailleurs une caractéristique qu'on retrouve parmi chacun des nouveaux adversaires affichés d'Apple : ils ont tous collaboré de près ou de loin avec la marque fruitière.

L'autre élément qui a mené à ces nouvelles lignes de front, c'est la fameuse convergence numérique : chacune des sociétés des nouvelles technologies a pris des intérêts dans de nouveaux marchés. Qui aurait pu croire, il y a quelques années encore, que Nokia et Google se livreraient une guerre non seulement sur le domaine des smartphones, mais également sur celui des aides à la navigation routière, ou encore qu'on verrait un jour des jeux Sega sur des machines frappées d'une pomme ?

Enfin, la montée en puissance d'Apple lui a fait changer d'aura et de statut, un changement incarné par la nouvelle raison sociale de la firme de Cupertino : Apple Computers, inc. est tout simplement devenue Apple, inc. Alors qu'elle était autrefois le fabricant d'ordinateurs quasi confidentiels, Apple est devenue une multinationale puissante tant dans les médias (musique, vidéo, logiciels nomades comme sédentaires, et bientôt livres) que dans l'audio avec les différents iPod, la téléphonie et les jeux vidéo avec l'iPhone, l'iPod touch et bientôt l'iPad. Ce changement de catégorie fait qu'Apple s'adresse désormais à un marché de consommation de masse, et par là même se fabrique de nouveaux adversaires qui convoitent les mêmes cibles.

iPad_Flash_Adode_450

Apple change de dimension

Et Apple doit trouver ses marques dans cette « nouvelle peau » : elle qui autrefois avait pour habitude de jouer le rôle de David face à Goliath, la voilà en position dominante. Apple est l'enseigne qui vend le plus de musique au monde, chaînes de magasins physiques comprises. Sa gamme d'iPod séduit toujours 70 % des acheteurs américains.

Dans le domaine des smartphones, Apple s'arroge un quart du marché américain, derrière RIM, mais l'App Store tiendrait 97 % des ventes d'applications pour mobiles (voir Applications : Apple dévore le gâteau) et l'iPod touch et l'iPhone seraient responsable à eux seuls de 55 % du trafic mobile sur le web.

Sans parler du bouleversement de la téléphonie qu'a suscité l'iPhone du jour au lendemain, sur un marché dont Apple était jusque-là absente : trois ans plus tard, la concurrence n'a toujours pas complètement rattrapé son retard technologique.

Au final, Apple vaut aujourd'hui 10 milliards de dollars de plus que Google, elle gagne plus d'argent que Dell et HP réunis, et l'iPhone lui rapporte plus d'argent que Nokia n'en gagne avec ses téléphones, bien que cette dernière soit le premier constructeur mondial.

Signe révélateur s'il en est, les réserves monétaires d'Apple sont en voie de dépasser celles de Microsoft elle-même (voir Apple bientôt plus grosse que Microsoft). Alors que Steve Jobs se plaît à dire qu'Apple réalise 50 milliards de dollars de chiffre d'affaires à l'année (quoi qu'en extrapolant son dernier trimestre record), qui pourrait croire qu'il y a encore 13 ans, Apple a frôlé la faillite de très près ?

Lire la page suivante (2/2) >>


|  

4
3
2
1
Vos réactions (54 réactions)
bou-cup [13/02/2010 12:08]

Ce passage est très impressionnant : Apple vaut aujourd'hui 10 milliards de dollars de plus que Google, elle gagne plus d'argent que Dell et HP réunis, et l'iPhone lui rapporte plus d'argent que Nokia n'en gagne avec ses téléphones, bien que cette dernière soit le premier constructeur mondial. Signe révélateur s'il en est, les réserves monétaires d'Apple sont en voie de dépasser celles de Microsoft
Ptimac [13/02/2010 12:14] via MacG Mobile

Tres bon article qui resume l'actualité de ses dernières semaines.

Pour revenir à la conclusion, il faudrait d'abord que RIM ou Nokia soient à vendre. Je ne vois pas l'une de ses sociétés se faire racheter par Microsoft ! N'oublions pas qu'ils on déjà acquis la société de telephonie Danger il y a bientôt deux ans et qu'il n'ont toujours rien sorti depuis. (malgré les rumeurs de nouveautés le 15 février)

De plus si Microsoft devait vraiment investir à nouveau dans la branche téléphonie, je les verrai plutôt acquérir Palm.

Bref à moins d'avoir une superbe boule de cristale, on ne peut rien prévoir on en a eu la preuve avec le suprenant retournement de situation il y a 3 ans.
eTeks [13/02/2010 12:23]

Bel article ! Les choses bougent et c'est tant mieux. :-)
laurent_iMac [13/02/2010 12:28]

Bon, si j'ai bien comprit l'article, cela va se "friter" sec sur la place publique
Et avec la personnalité de S. Jobs, certains ont du "mourron" a se faire
Il est vrai qu'entre la téléphonie et la musique ou les parts de marché sont de plus en plus conséquente pour Apple, certains doivent se demander comment stopper le colosse qui n'a pas des pieds d'argiles. Bien au contraire. Côté Os, Microsoft sans déjà sortir la couronne mortuaire est de plus en plus largué ne donnant plus le tempo dans ce domaine et concernant les machines pommées, elles sont effectivement de plus en plus présentes. Que reste t-il alors pour la meute essoufflée ? Pas grand chose sauf d'essayer de déstabiliser Apple non pas par des attaques frontales mais latérales par le biais des brevets par exemple et autres aiguillons.
En tout cas, la nervosité des différents acteurs face à Apple montre comme il est si bien dit, une certaine nervosité car n'ayant pas su prévoir, anticiper ou même créer des marchés que le consommateur (forcé ou non) attendait logiquement.
Enfin, après le booster iPhone ayant propulsé plus haut la fusée Apple, puis celui qui vient de s'allumer (l'iPad) il ne serait pas étonnant que dans l'année qui vient juste de commencer, S. Jobs allume une nouvelle fusée d'appoint que personne n'aura vu jusqu'à présent.
A suivre donc .....
agence.scoop [13/02/2010 12:34] via MacG Mobile

Voici ce qu'on appelle un excellent papier… oups, pardon, papier ça rappelé une page qui est en train de se tourner… comment devra-t-on dire desormais ?
joelcro [13/02/2010 12:44]

Apple a cependant intérêt à faire attention car elle est actuellement la seule à se faire des concurrents (voir des ennemies) sur à peu près tous les secteurs du marché hightech : hardware, OS fixes et mobiles, soft grands publics et pros, musique, vidéos...

A trop se retrouver en grand méchant pour beaucoup d'entreprises du secteur, elle risque d'arriver à les liguer contre elle et se retrouver dans une position très isolée (si ce n'est pas déjà le cas). Il ne faut donc pas oublier la diplomatie et savoir ménager ses ennemies. Pour moi, c'est là que réside actuellement le plus grand risque. A trop en faire, la Pomme (et surtout SJ) pourrait se faire taxer d'arrogant et méprisant, ce qui va énerver beaucoup de monde.
joelcro [13/02/2010 12:51]

Au sujet du tableau comparatif Google/Microsoft/Apple/Yahoo, je trouve surprenant qu'Apple ne soit pas dans le créneau "Gaming Hardware". Apple semble pourtant clairement positionner l'iPod touch et l'iPhone dans ce créneau.
rezv@n [13/02/2010 13:06]

J'adore les longs articles comme ça !
christiansorg [13/02/2010 13:10]

@ agence.scoop

Excellent article, effectivement... Mais je crois qu'on peut continuer d'utiliser le mot "papier". D'abord parce qu'il est assez joli et qu'il évite aux journalistes de se prendre trop au sérieux. Ensuite parce que "papier" vient du latin "papyrus", et que ça fait une paille de temps déjà- bien avant le web, non ? -que les journaux ne sont plus écrits sur papyrus...
compyle [13/02/2010 13:24] via MacG Mobile

Super article !
La grande force d'Apple est vraiment d'avoir réussi le bond technologique qui a permis de réaliser la vrai convergence, que tous les acteurs de l'industrie espéraient mais sur laquelle ils patinent pathétiquement depuis des années. Nokia se voyait bien dans ce rôle... le réveil est difficile... et pas vraiment de bonne humeur.
Les grands perdants sont aussi les opérateurs de téléphonie qui se voyaient les futurs leaders de la convergence numerique avec des trucs comme vodaphone live et le très drôle SPV d'orange... (ah on l'avait oublié celui la...). L'arrivée d'Apple dans la téléphonie les a brutalement remis dans la perspective de jouer les plombiers du réseau. C'est dur...
Fin 2005, la perspective de voir Apple débarquer dans la téléphonie mobile faisait bien se marrer tout le staff en charge de la stratégie et de l'innovation chez Orange (j'y étais). Et j'imagine que tout le reste de l'industrie devait en faire autant... On a vu le résultat !
Soner [13/02/2010 13:59]

Je ne peux que sourire lorsque je lis ces commentaires annonçant la mort de MS.
Microsoft domine le marché de l'OS grand public de façon outrageuse. On ne parle pas de 60, 70, ni même 80, mais de 90% de part de marché.
Du Microsoft, on en bouffe, nos enfants en boufferont, et leurs enfants aussi.
Bodhi [13/02/2010 14:00]

Conclusion :

Ton meilleur ami peut devenir ton pire ennemi.

Bref rien de nouveau sous le soleil...
legallou [13/02/2010 14:02]

Merci c'est un article très agréable à lire. Pour mon opinion, l’iPod, l’iPhone, l’iPad sont basés sur un changement de paradigme profond, l’abandon de la souris pour le multi-touch.

Tout ne pouvant pas être fait en un jour, la V1 de l’iPad est donc limitée en utilisation. (Ce qui lui offre néanmoins déjà une niche de marché important). Pour les besoins en programme, il faudra donc attendre deux ans pour avoir la majorité de nos applications adaptée à l’iPad, dans l’esprit de iWork de l’iPad V1. C’est-à-dire pas un portage, mais une adaptation.
À cette date, l'iPad sera certainement lier avec la domotique, ce qui ouvrira en marché sans précédent. Contrôle multi-média, domotique, en plus du web, musique, vidéo actuel.
shenmue [13/02/2010 14:07]

@Joelcro:"A trop se retrouver en grand méchant pour beaucoup d'entreprises du secteur, elle risque d'arriver à les liguer contre elle et se retrouver dans une position très isolée (si ce n'est pas déjà le cas). Il ne faut donc pas oublier la diplomatie et savoir ménager ses ennemies. Pour moi, c'est là que réside actuellement le plus grand risque. A trop en faire, la Pomme (et surtout SJ) pourrait se faire taxer d'arrogant et méprisant, ce qui va énerver beaucoup de monde."

Ce que tu écris là tu aurais pu l'écrire sur le Microsoft des années 90. ça n'a en rien empêché la domination de Microsoft au final.
Le plus grand ennemi d'Apple, c'est Apple lui-même. Mais tant qu'ils gardent l'intransigeance et l'agressivité (dans le bon sens du terme) qui est la leur en ce moment, je pense qu'ils n'ont pas trop de mouron à se faire. Les concurrents en revanche...
Mine de rien, je pense que Microsoft, largué sur les nouveaux marchés, peut revenir.
quand je vois les faiblesses de Google sur les interfaces et sur l'optimisation de la performance des ses OS, j'ai un peu l'impression qu'on a beaucoup préjugé des possibilités de la pieuvre.
Fiozo [13/02/2010 14:08]

Un article fort intéressant !

Merci à vous
4
3
2
1

Réagir

Cinq consignes avant de réagir :
  1. Rester dans le cadre de la dépêche. Pour des discussions plus générales, vous pouvez utiliser nos forums.
  2. Développer son argumentation. Les messages dont le seul but est de mettre de l'huile sur le feu seront modifiés ou effacés sans préavis par la rédaction.
  3. Respecter les acteurs de l'informatique et les autres lecteurs. Les messages agressifs, vulgaires, haineux, etc. seront modifiés ou effacés sans préavis par la rédaction.
  4. Pour toute remarque concernant le contenu de l'article, pour nous signaler une erreur, une faute d'orthographe, une omission, merci de nous contacter exclusivement par e-mail.
  5. Relisez-vous, et pour les utilisateurs de Safari profitez de l'aide du navigateur : activez le menu édition > Orthographe > Vérifier l'orthographe lors de la frappe.