Steve Jobs en 1994

Steve Jobs en 1994

par Arnauld de La Grandière le Vendredi 05 Février 2010 à 09:02
Jeff Goodell ressort de derrière les fagots une interview qu'il a obtenue de Steve Jobs en 1994. Il est assez intéressant de voir le regard que portait Steve Jobs, alors à la tête de NeXT, sur le monde informatique.

Steve Jobs fait montre de sa légendaire impatience : à ceux qui pensent que le monde des nouvelles technologies va trop vite, il répond au contraire qu'il est plus lent que tout autre. Il aura fallu une vingtaine d'années pour que les idées mises en place au Palo Alto Research Center de Xerox sur l'interface graphique deviennent monnaie courante. Selon lui, pour provoquer un changement significatif dans cette industrie, il faut un savant mélange de technologie, de talent, de chance, et de sens des affaires et du marketing. Ce qui n'arrive pas très souvent.

L'autre élément important selon lui, c'est qu'il faut que les entreprises s'en mêlent pour donner assez d'élan à une technologie pour décoller, parce que seules les entreprises ont suffisamment d'argent pour y parvenir. Jobs prend alors le cas du Newton en exemple, le PDA d'Apple auquel il mettra fin quelques années plus tard une fois de retour aux commandes d'Apple :

« Je ne suis pas très optimiste à son sujet, et voilà pourquoi : la plupart de ceux qui ont développé ces PDA les ont développés parce qu'ils pensaient que les gens allaient les acheter et les donner à leurs familles. Des amis à moi ont lancé General Magic. Ils pensent que vos enfants, votre grand-mère vont vouloir leur appareil, et vous vous enverrez tous des messages. À $1500 pièces avec un modem cellulaire, je ne pense pas que beaucoup de gens en achèteront trois ou quatre pour leurs familles. Les gens qui voudront l'acheter durant les cinq premières années sont les professionnels itinérants. » (voir notre article Une histoire du Newton).

« Et le problème, c'est que la psychologie des gens qui développent ces choses ne leur permettra pas d'enfiler un costume et de sauter dans un avion pour aller vendre leur produit chez Federal Express. Pour parvenir à des changements révolutionnaires, il faut combiner la perspicacité technique et le sens des affaires et du marketing — et une culture qui peut faire coïncider d'une manière ou d'une autre la raison pour laquelle vous avez développé votre produit et la raison pour laquelle les gens voudront l'acheter. J'ai beaucoup de respect pour l'amélioration par paliers, et j'ai fait ce genre de choses dans ma vie, mais j'ai toujours été attiré par les changements plus révolutionnaires. Je ne sais pas pourquoi. Parce qu'ils sont plus difficiles. Ils sont bien plus stressants d'un point de vue émotionnel. Et vous passez en général par une période durant laquelle tout le monde vous dit que vous avez complètement échoué. »

Jobs sait de quoi il parle, après s'être fait remercier d'Apple en 1985, il repart de zéro, il fonde NeXT, puis rachète à George Lucas la division informatique de LucasFilms et la renomme Pixar. En 1993, après avoir vendu 50.000 machines, et malgré un succès d'estime, il finit par fermer la branche hardware de NeXT et licencie 200 personnes pour recentrer sa société sur l'aspect purement logiciel.

« Quand vous demandez aux gens de sortir des chemins battus, ils prennent un risque. Donc il faut qu'il y ait un résultat important à la clé pour qu'ils prennent ce risque, ou ils ne le prendront pas. Ce que nous avons appris c'est que le résultat ne peut pas être seulement une fois et demie ou deux fois meilleur. Ça ne suffit pas. Il doit être au moins trois, quatre, ou cinq fois meilleur pour prendre le risque de quitter le courant dominant. En matière de matériel vous ne pouvez plus construire un ordinateur qui soit deux fois meilleur que les autres. Trop de gens savent comment faire. Vous aurez de la chance si vous arrivez à en faire un qui soit une fois et demie meilleur. Et après il ne faut que six mois aux autres pour rattraper le retard. Mais vous pouvez y arriver au niveau du logiciel. »

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Vos réactions (82 réactions)
Pascal 77 [05/02/2010 09:28]

Il est intéressant de constater que son credo n'a quasiment pas changé entre cette époque, où il était "au creux de la vague", et aujourd'hui, où son succès ne se dément pas. Ça fait quand même plaisir de constater que retourner sa veste n'est pas indispensable pour atteindre la réussite !
béber1 [05/02/2010 09:34]

Je sens que ça va inévitablement dériver sur le "marketing", utilisé souvent à tort et à travers et très peu dans son sens exact,

Pour éviter la dérive stérile de l'argument commercial, j'ai relevé une réflexion de Jean No, editeur, dans son blog que je trouve interessante :

"Apple n’est pas un fabricant d’ordinateurs ou de logiciels, ni même un producteur d’interfaces ou de design, c’est un créateur d’usages. En plus de trente ans, Apple a très peu inventé en matière technologique et n’a jamais cherché à vendre le plus haut niveau de performances. Pourtant Apple est, avec Nintendo dans un autre domaine, une des rares sociétés qui soit régulièrement parvenue à conquérir de nouveaux publics, à créer de nouveaux marchés, parce que l’approche de la marque change l’usage.
Rien de ce que permet l’iPhone n’est unique à ce téléphone, mais la cohérence de la plate-forme fait que le potentiel est effectivement utilisé quand chez des concurrents, la complexité d’usage imposait un apprentissage laborieux et laissait à chacun l’impression de ne tirer parti que de 5% des capacités du produit.
Apple n’a pas inventé l’ordinateur personnel, ni l’interface graphique, ni le smartphone, ni la musique en ligne, ni l’interface USB ni le Wifi, mais on sait ce que toutes ces technologies lui doivent. Chaque fois, d’autres sociétés ont précédé Apple et tenté une percée discrète, avec un succès d’estime ou parfois sans aucun succès,… et puis Apple est arrivée avec son propre produit, mais aussi et surtout avec une bonne raison de l’utiliser."

Là est peut-être la marque de Jobs
Brewenn [05/02/2010 09:46]

"à ceux qui pensent que le monde des nouvelles technologies va trop vite, il répond au contraire qu'il est plus lent que tout autre."

Alors pourquoi ne pas proposer tout ce qui est disponible en technologie, dans le iPod G1, le iPhone G1 et le futur iPad G1 et nous faire le coup à chaque keynote de la énième génération avec ajout au compte gouttes de nouvelles technos.
HAL-9000 [05/02/2010 09:51]

@ Brewenn

Les propos cités dans cet article datent de plus de 15 ans, entre temps notre ami Steve à eu le temps de revoir sa façon de penser...

P.S. : si la photo date bien de 1994 alors Jobs a pris un sacré coup de vieux dans la tronche en 15 ans. :/
shenmue [05/02/2010 09:55]

@Brewenn:

En face de propos aussi censés et intelligents que ceux de Steve Jobs en 94, on espérait autre chose de toi qu'un énième troll de plus pour vider ta bile.
Merci d'élever le débat.
Steve Jobs parle bien sûr d'évolution des USAGES sur le plan technologique, les seules évolutions technologiques pures ne garantissant AUCUNE évolution de ceux-ci. C'est bien de cela quand il parle du manque d'innovation d'Apple après le Mac. C'est en ce sens que la technologie n'évolue pas assez vite, pas sur le fait de passer de 100 à 500 gigas sur un disque SSD.
arsinoe [05/02/2010 09:58]

Le shopping depuis chez soi ne me passionne pas.

Savoureux..
jocool [05/02/2010 09:58]

J'aime bien la fonction "lips service" intégré dans l'appli mail. Faudrait remettre ça au goût du jour. Ca pourrait être utile parfois. On parle plus vite qu'on écrit.
iarwain [05/02/2010 09:58]

@béber1

C'est bien résumé dans l'article :
"Mais Steve Jobs ne donne pas de valeur particulière à la technologie en tant que telle, il accorde bien plus d'intérêt à ce que les gens en font"
shenmue [05/02/2010 10:09]

@Béber1:

Un gros +1 bien sûr pour l'extrait rapporté. Steve Jobs ne dit pas autre chose de toute façon et son discours n'a en effet pas varié d'un Iota. Apple propose et pense des outils, c'est à dire stricto sensu des choses pouvant être utilisées pour en faire d'autres, UTILISEES, pas des choses pensées en termes de performances mais dont l'utilisation réelle n'est qu'un concept au milieu d'une mise en avant sans intérêt de la performance brute détachée de tout objectif. Au "plus", Apple a fait son coeur de métier du "mieux". Et c'est pour cela que ça marche de plus en plus auprès du grand public et que ça a du mal à décoller auprès des entreprises très imprégnées de discours de la performance (je le sais, j'ai bossé sur
Paris en tant que dev pendant 10 ans, et c'est peu dire que les choix technologique déconnectés des usages réels sont la norme).
Le premier Mac était un Gap énorme en terme d'utilisation et déjà ses limitations strictement technologiques avaient fait jaser. La différence, c'est que ce choix, toujours prégnant aujourd'hui, s'est accompagné de tout un environnement de services et de produits qui aujourd'hui supplantent presque totalement la seule perspective "performances" et fait sens. Comme en effet la Wii (encore beaucoup beaucoup plus à la ramasse sur les seules perfs et les choix technos) qui a pourtant trouvée un énorme public à cause de l'utilisation qu'elle promet. Les geeks qui peuplent étrangement assez souvent les forums macs et qui s'offusquent que l'Ipad n'ait pas 4 gigas de ram n'ont semble t-il pas compris ce qui faisait le coeur de métier réel d'Apple qui sait néanmoins apporter de la performance pure (les macpros en sont une bonne illustration), mais à partir du moment ou cela sert réellement d'autres utilisations possibles (créations semi-pro ou pro par exemple).
Nathalex [05/02/2010 10:15]

@shenmue

On n'écrit pas Iota mais iOta ;o)
Brewenn [05/02/2010 10:15]

"Il aura fallu une vingtaine d'années pour que les idées mises en place au Palo Alto Research Center de Xerox sur l'interface graphique deviennent monnaie courante."

Et pourtant il a fait vite pour pomper, enfin pas tout les "idées réseaux" il avait pas vu. :)
shenmue [05/02/2010 10:18]

@Arsinoé:"Le shopping depuis chez soi ne me passionne pas.
Savoureux.."

Et ça ne doit toujours pas le passionner, pas plus que la vidéo sur Ipod ou le livre numérique. Ce que fait Apple aujourd'hui est aussi du pragmatisme. Steve Jobs sait bien sûr écouter ses utilisateurs même si ceux-ci ne fonctionnent pas comme lui. Mais c'est sûr qu'un troll dans ton genre braqué sur l'idée d'un gars mono-maniaque qui n'écoute rien de ce qui vient d'"en bas" est très à l'aise quand il s'agit de basher Apple quand celui-ci se montre trop rigide et ensuite de le basher encore quand justement il se montre à l'écoute (en parlant de retournement de veste). Tout cela est tellement prévisible dans ta bouche qu'on devrait en faire une annonce préalable, juste pour pouvoir se marrer ensuite.
Et je vois avec consternation qu'en 3 mois, j'ai repris tous tes anciens message sur ce site, il n'y a pas eu un propos de toi ici qui ne soit pas du bashing pur et simple d'Apple, tout comme Brewenn ou Spleen ou Divoli d'ailleurs.
Pas un seul propos constructif mais de l'ironie, du bashing, du troll, de la critique négative à outrance, mais rien d'autre, pas une seule participation à un débat avec des idées et pas des couteaux ou des flêches à la place.
C'est bien révélateur. Et encore plus visible quand ici ce qui est reporté est foutrement intéressant et intelligent. tout cela fait un peu "toc", dans le sens pathologique du terme, pas dans celui chose fausse et vulgaire (quoique...)
shenmue [05/02/2010 10:26]

@Brewenn:

folklore.org/

Même si visiblement tu as juste décidé de troller (comme d'hab quoi), éduque toi un peu avec ce lien. Au moins tu pourras troller moins bête.
shenmue [05/02/2010 10:32]

@Nathalex:"On n'écrit pas Iota mais iOta ;o)"

J'avoue c'est drôle ;)
flup [05/02/2010 10:38]

J'ai quelque part une video de présentation de NeXtStep par Steve Jobs, où on y voit des technologiques qui n'ont été implémentées sur les OS comme Windows ou Mac OS que près de 10 ans plus tard.
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