Larrabee : c'est où, dites ?

Larrabee : c'est où, dites ?

par Arnauld de La Grandière le Mardi 08 Décembre 2009 à 17:40
Avec le report de la sortie de Larrabee, qu'on attendait pour 2010, Intel vient d'essuyer un lourd revers. Le fondeur avait en effet placé beaucoup d'espoir dans cette nouvelle technologie pour résister à la déferlante du GPGPU, et n'a pas hésité à peser de tout son poids pour gagner du temps, en vain.

L'augmentation transversale de puissance

Commençons par faire un bref récapitulatif : la logique d'augmentation de la fréquence d'horloge des processeurs est arrivée en bout de course lorsqu'elle a montré ses limites en matière énergétique. Nous sommes arrivés à un palier où, s'il est encore possible d'augmenter le nombre de cycles par seconde qu'un processeur peut effectuer, cette augmentation se fait cependant à un coût énergétique qui ne le justifie plus. Pour pallier cela, on s'est orientés vers une augmentation de puissance transversale, en augmentant le nombre de processeurs, et leur nombre de cores.

Cette nouvelle stratégie a ouvert la voie au calcul parallèle, autrefois réservé aux serveurs et aux "fermes de calcul", et l'a mis à la portée de l'ordinateur de monsieur tout le monde. Cependant, la nature des calculs est bien différente entre ces deux mondes : sur les serveurs, il est courant d'exécuter plusieurs tâches en simultané (initiées par autant de postes clients), alors qu'une telle opération est plus rare sur l'ordinateur personnel. Pour ces derniers, il a donc fallu entamer une révision de l'architecture des logiciels, en découpant les tâches en plusieurs opérations exécutées concomitamment, du moins lorsque la nature des calculs s'y prête : s'il est possible de transformer tout calcul parallèle en calcul séquentiel, l'inverse n'est pas pour autant vrai. Avec Snow Leopard, Apple a mis à disposition Grand Central Dispatch, un nouveau standard qui a pour vocation d'organiser le "triage" de ces différentes tâches au niveau du système d'exploitation afin de gagner en efficacité.

Le calcul parallèle attise l'intérêt pour les GPU

Mais en ouvrant cette voie avec les Core Duo puis les Core 2 Duo, Intel a ouvert la boîte de Pandore : quitte à paralléliser les calculs, autant les confier à des processeurs taillés pour de telles opérations, à savoir les GPU. En effet, les processeurs qui équipent les cartes graphiques sont capables de traiter un flot de données autrement plus conséquent que ce que traite un processeur standard : avec les pixel shaders, il est devenu possible de faire des calculs graphiques sur des textures entières en une seule passe, chaque génération de carte graphique supplantant la précédente dans ses capacités. Il suffit de convertir les données, de quelques natures qu'elles soient, en données bitmap, et de les faire traiter par le GPU, pour que ce dernier dépasse le cadre strictement graphique dans lequel il était jusqu'ici confiné. Le GPGPU (General Purpose Graphics Processing Units, Unités de Calcul Graphique à Usage General) était né.

Voilà qui n'était pas du tout du goût d'Intel : le GPGPU risquait bel et bien de déporter l'attention jusqu'ici accordée au processeur, de tout temps organe décisif quant à la vitesse de calcul d'un ordinateur, vers la carte graphique, et de reléguer au second plan un CPU en perte de vitesse. Le concurrent de toujours d'Intel, AMD, ne s'y est d'ailleurs pas trompé en faisant l'acquisition d'ATI. Pire encore, NVIDIA a sérieusement empiété sur la chasse gardée d'Intel en proposant des chipsets autrement plus performants que les siens avec leurs puces GMA. A tel point qu'Apple a remplacé les seconds par les premiers sur toutes les machines qui en faisaient emploi jusqu'ici.

Un processeur pour les gouverner tous

Intel, se voyant débordée sur son flanc, a donc réagi avec la dernière énergie pour mettre un frein à une telle concurrence. Dans un premier temps, le fondeur a annoncé une nouvelle génération de processeurs, sortes d'hybrides entre les GPU et les CPU : un processeur massivement parallèle, composé de plusieurs dizaines de cores x86, sous le nom de Larrabee.

skitched

Pour gagner du temps durant le développement de cette nouvelle technologie, Intel a mis un terme à l'accord de licence qui permettait jusqu'ici à NVIDIA de proposer des chipsets compatibles avec ses processeurs, arguant que celui-ci ne portait pas sur la famille de processeurs Nehalem. L'affaire est devant les tribunaux (voir notre article NVIDIA accuse Intel d'étouffer son innovation), et NVIDIA se voit contrainte de mettre un terme au développement de ses chipsets, en attendant que la justice tranche (voir notre article NVIDIA suspend ses développements de chipsets). Intel faisait d'une pierre deux coups : arrêter la progression des chipsets concurrents, et amoindrir l'impact du GPGPU, en gardant le contrôle du marché.

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Vos réactions (19 réactions)
Hasgarn [08/12/2009 18:49]

Tour d'abord, j'admire ce subtil jeu de mot.

Ensuite, merci pour cet article de fond, qui ,comme hier, nous permet de mieux appréhender certains points parfois techniques.
DarkMoineau [08/12/2009 18:55]

Bon article, bien présenté. Non vraiment j'adore....

Mais par contre je fais de gros "HOU PAS BIEN!" a intel.

Avec le GPGPU une solution AMD ne risque pas de débarquer dans nos Macs, vu le retard de Larabee et d'Intel?
Hasgarn [08/12/2009 19:12]

@ DarkMoineau : vu qu'AMD a racheté ATI, et qu'on a déjà du ATI dans nos macs, il n'y a qu'un pas.
Dr_cube [08/12/2009 19:17]

Encore un article qui se boit comme du petit lait sur MacGé ! Vraiment excellent !
popo69 [08/12/2009 19:25]

je suis pas expert, mais je crois que les procs amd sont loin derrière intel niveau perf
Maia. [08/12/2009 19:39]

Q: Larrabee : c'est où, dites ?

R: par là, mec....

DarkMoineau [08/12/2009 21:57]

@popo69

Oui les procs AMD sont inférieurs aux Core i (mais égalent les Core 2) cependant si on utilise la carte graphique AMD en GPGPU, grâce à Open CL et Grand Central Dispatch, on compensera largement.

N'oubliez pas que les plus puissantes cartes sont les ATI, actuellement.
Grahamcoxon [08/12/2009 22:10]

Bravo pour cet article, qui mets les choses au clair. Et merci !
FreddyF [08/12/2009 22:47]

Excellent article, j'ai enfin compris qui était qui ;-)
lyca [09/12/2009 04:54]

Ahh mais c'est fascinant comme dirait un certain oreille pointu héhé, Intel qui a tellement tapé sur AMD est prit tant d'avance pour se trouver carrément en position de monopole question processeurs.

Voyez-vous, on n'aurait jamais pu prévoir de quelle façon AMD pourrait revenir dans le jeux.
Et bien il a suffit donc d'un changement de paradigme, changement de jeux pour qu'Intel se retrouve devant une concurrence digne de ce nom de nouveau.

Intel devra donc continuer à développer sérieusement les performances de ces proces tout comme si AMD avait comme à la bonne époque, des proces équivalent... comme quoi les surprise existes lol
Stef@n [09/12/2009 05:37]

Wow, très intéressant en effet :) Il se passe des choses ... intéressantes dans l'industrie ces temps-ci, Microsoft qui se bouge et qui sort une série de bons produits, Intel qui est menacé... Reste plus qu'AMD se secoue aussi et ça va devenir encore plus passionnant :)
Hasgarn [09/12/2009 06:53]

@ Maia: je m'incline ;)
Schwarzer Stern [09/12/2009 08:40]

c'est pas possible, je viens à peine de comprendre tout le jeu de mots du titre...
etoaldeneig [09/12/2009 09:35]

hee
un titre à la "À vos macs"
benjmen [09/12/2009 17:33]

parallèle audacieux .

j'ai une voiture à essence .
j'en veut une électrique .
Total est pas d'accord , ils y perdent trop.
la voiture électrique existe mais le lobby pétrolier lui barre la route.

résultat : je pollue, je pue , j'avance pas, etc ...

transposez par vous même.

c'est toujours la même histoire qui se répète, ça fatigue non?
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