L'œil de l'ordinateur

L'œil de l'ordinateur

par Arnauld de La Grandière le Vendredi 04 Décembre 2009 à 12:13
Alors que l'état de l'art en matière d'intelligence artificielle fait des progrès de saut de puce sur le plan théorique, un de ses champs d'application fait en revanche des progrès fulgurants qui pourrait bien révolutionner notre approche de l'informatique.

Les dernières estimations prédisent que l'ordinateur parviendra à égaler l'intelligence humaine d'ici un demi-siècle, mais pour l'heure nous ne sommes pas même capables de reproduire l'intelligence d'un nourrisson.

Tout au plus, la dernière annonce tonitruante d'IBM dans ce domaine de recherche, prétend-t-elle égaler celle d'un chat (une annonce sujette à caution qui s'est attiré les foudres du responsable d'un projet concurrent dont l'intelligence se limite à celle du rat). La performance serait remarquable mais à remettre en perspective : les supercalculateurs sont pourtant en passe d'égaler le nombre d'opérations à la seconde dont est capable un cerveau humain. Le problème est à la fois structurel et logistique : nous comprenons encore trop peu le fonctionnement du cerveau humain, c'est pourquoi IBM a également lancé une initiative de cartographie détaillée de notre matière grise afin de mieux en appréhender le fonctionnement. D'autre part, certains chercheurs estiment que le développement d'une intelligence artificielle nécessite le même bain de stimulation sensorielle dont les êtres vivants bénéficient.

L'ordinateur comprend ce qu'il voit

Concernant ce dernier point, la reconnaissance visuelle fait précisément des progrès sidérants. Jusqu'ici les ordinateurs étaient aptes à détecter un mouvement par le biais d'une caméra, ou à reconnaître certaines formes simples prédéterminées. C'est notamment par ce biais que la reconnaissance de caractères s'est développée.

Désormais, les ordinateurs sont non seulement capables de reconnaître des visages humains (comme la fonction dédiée à cet effet dans iPhoto), mais également leur état émotionnel en fonction de leur expression. Apple a notamment déposé un brevet dans ce sens (voir notre article Apple brevette du motion tracking, dans lequel vous pourrez également trouver quelques exemples pratiques en vidéo). Dans le domaine de la surveillance vidéo, il leur est possible d'observer les interactions entre différentes personnes, et de déterminer si une bagarre a lieu.

Il existe également des moteurs de recherche graphiques, dans le sens où ils sont capables de reconnaître le contenu d'une image plutôt que de se baser sur sa description. C'est le cas de la fonction Images Similaires de Google Image, ou encore du moteur TinEye qui vous ramènera toutes les images similaires à celle que vous lui fournissez et qu'il aura pu trouver sur le net. On commence à voir apparaître également des moteurs de recherche d'images basés sur leur contenu, comme Tiltomo ou Alipr.

Ce sont des moteurs semblables qui permettent par exemple à l'application Amazon pour iPhone de retrouver les caractéristiques d'un objet donné à partir d'une simple photo de celui-ci.

L'interprétation du traitement des données

D'autres outils exploitent les bases de données d'images et la recherche de forme, telle cette impressionnante démonstration d'universitaires chinois permettant de constituer son propre photomontage automatiquement à l'aide de mots clés et de formes sommaires (voir notre article Du photomontage automagique).

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Vos réactions (38 réactions)
iSisyphe [04/12/2009 12:56]

Excellent article !
houlala63 [04/12/2009 12:58]

ça fait [url=http://fr.wikipedia.org/wiki/Singularité_technologique]peur ...
PixelCat [04/12/2009 13:36]

Superbe article !!!
Flibust007 [04/12/2009 13:44]

Nous ne sommes, non plus, pas capables de reproduire - en création pure - même un brin d'herbe. Alors ....
oomu [04/12/2009 13:51]

c'est bien.
blazouf [04/12/2009 14:18]

Excellent article !!
C'est un peu l'age d'Or de Macgé en ce moment ! Du vrai contenu avec des analyses passionantes !
Continuez ! :)
Bonofox [04/12/2009 14:42]

C'est super tout ça...
N'empêche, on est en 2009 et on sait pas soigner un rhume, ma livebox met toujours trois plombes a s'allumer, les voitures volent pas mais consomment et puent, mon chien est toujours aussi con!
Bref, le progrès...ben, je m'en fout un peu
kubernan [04/12/2009 15:17]

L'ordinateur comprend ce qu'il voit : Volontairement abusifs comme termes :-) :
1- Un ordinateur ne "voit" pas. La caméra est juste une interface destinée à soumettre des données.
2- Un ordinateur ne "comprend" pas non plus, tout au plus un programme catégorise les données en fonction de calculs de probabilités.

Ainsi on obtient donc le même genre de performance que les algorithmes bayesiens de traitement des spams : l'ordinateur "comprend" lorsqu'il "voit" un e-mail s'il s'agit d'un spam ou non.

Qu'y-a-t-il de différent entre aujourd'hui et hier (disons les années 90) : la puissance de calcul et la baisse des coûts, tout simplement. En effet, c'est dès le début des années 90 (1991 au M.I.T. plus précisément) que des algorithmes fiables et puissants (aux mêmes basés sur des processus mathématiques déjà connus) ont permis de détecter et reconnaître les visages. Dès cette époque la vision par ordinateur fournissait des techniques pour détecter, suivre et reconnaître les gens et leurs actions.
devilshoot [04/12/2009 15:40]

@Blazouf : Je plussoie ! Il y a du vrai contenu dans vos articles, comparé à certains de vos confrères (ok, 1 seul en particulier que je ne citerais pas aheum!M4E aheum!! kof kof*) qui ne se rabattent plus que sur de l'actu people et des news de 3 lignes. Enfin bref. Merci
shora [04/12/2009 15:45]

kubernan a raison.
Je travaille dans le domaine des neurosciences de la vision justement, notamment dans la reconnaissance d'objet. Les algorithmes de reconnaissance d'objet qui sont utilisés en informatique sont clairement très impressionnants et fonctionnent très bien.

Cependant, je peux vous assurer qu'ils n'ont RIEN de ce qu'on appelle de l'intelligence (ou très peu). On est encore à des années lumières de ce que fait le cerveau humain (pourtant les neurones ont des capacités de calcul ridicule en comparaison avec un ordinateur contemporain).

Ca fait maintenant un moment que l'on pense que l'IA qui rattrape l'humain est pour très bientot (cf 2001 de Kubrick qui retranscrit exactement ce que pensait les chercheurs du MIT à ce moment là). Pourtant on en est encore très loin.
shora [04/12/2009 15:48]

Comme dit kubernan, la principale différence avec les années 80 est dans la puissance de calcul. Pour vraiment rendre des machines intelligents, on aura besoin d'un vrai nouveau modèle (qui n'est pas encore là).
Nonoche [04/12/2009 16:11]

à remettre en perspective avec cette démonstration enregistrée en… 1971
http://www.youtube.com/watch?v=O1oJzUSlTeY
Manueel [04/12/2009 16:38]

Merci Shora merci Kubernan,
Une camera ne voit rien, un ordinateur ne voit rien et ne comprend rien. si la puissance de calcul a fait un bond, il n'y a pas même l'ébauche d'intelligence dans un ordi, et je crois que la série d'articles que j'avais écrits dans Macworld 1998 restent d'actualité.
Big blue n'est pas plus intelligent que Kasparof. Il n'a pas même l'ébauche d'une intelligence
Un ordi n'est pas plus capable de faire de l'art que la queue d'un anne à laquelle on aurait attaché un pinceau
etc.
Manueel [04/12/2009 17:02]

Macworld 11
.Aujourd’hui, il est plus que jamais nécessaire d’être performant, d’être efficace, de faire parti des gagnants, d’être compétitif, sinon... le chômage. Le grand Kasparov battu par un ordinateur ! Même le champion des hommes doit à présent s’incliner face à ces monstres au cerveau de silicium qui peu à peu nous remplacent. Avec la révolution copernicienne, l’homme découvrit qu’il n’était pas le centre de l’univers. Un peu plus tard, Darvin nous apprit que nos glorieux ancêtres étaient des singes et enfin, aujourd’hui nous nous apercevons que notre prétendue intelligence supérieure pouvait-être mise en échec par quelques microprocesseurs. Voici qui devrait définitivement rabattre la morgue de cette espèce humaine. Sur France Info, Jérôme Colombain raconte : “ on s'aperçoit qu'avec une somme colossale de calculs, l'ordinateur approche aujourd'hui les frontières de la créativité. C'est pour le moins déroutant. Il s'est passé de drôles de choses au cours du match Deeper Blue-Kasparov. A la fin de la deuxième partie, l'ordinateur a presque “ bluffé ” le champion du monde comme l'aurait fait un joueur humain. ” “Un ordinateur qui s’approche des frontières de la créativité” : jolie figure de style, mais sérieusement, avant de s’en approcher, encore faudrait-il qu’il en ait pris la route. Bluffé, nous le sommes pour sur, mais non pas par Deep Blue qui en l’absence de tout phénomène de conscience, en serait bien incapable, mais par notre anthropocentrisme et notre propre ignorance. L’ordinateur est dépourvu de la moindre parcelle de volonté et de pensée et si certains parlent un peu trop vite d’intelligence artificielle, il ne faut pas nous leurrer, dans l’état actuel des recherches, la différence entre les processus mentaux humains et les calculs des ordinateurs n’est pas d’abord une question quantitative de rapidité et de taille de mémoire mais un problème qualitatif provenant d’une différence de nature. Contrairement à ce qu’affirmait Turing dans les années
Manueel [04/12/2009 17:03]

1950, qu’un automate réussisse à leurrer par son activité des examinateurs en simulant des comportements humains ne suffit pas pour démontrer l’équivalence des processus en jeu. Et quand des programmes informatiques prétendent aujourd’hui “écrire de la poésie”, ce n’est pas l’intelligence de l’ordinateur qui m’interroge mais bien plutôt la bêtise de l’examinateur. Les ordinateurs sont à l’heure actuelle d’autant plus incapables de reproduire le comportement de l’homme que l’on ignore encore presque tout du mode de fonctionnement de ce dernier. Le terme d’“intelligence artificielle” est utilisée de façon totalement abusive. Car si l’on accepte l’idée que l’intelligence est relié à notre capacité de connaissance, d’invention et de compréhension, alors l’incarnation des processus de pensée dans un corps situé dans un “ monde intelligible” en devient la condition nécessaire. Faudra-t-il que l’ordinateur croque un jour de la pomme, pour qu’il ait enfin accès à la connaissance ? Alors et seulement, il comprendra les notions du bien et du mal, il sera capable de perception, de volonté, de liberté et de jugement moral, enfin il connaîtra l’exquise souffrance des problèmes existentiels. Mais comment se fait-il que l’ordinateur, -pas même assez intelligent pour être traité d’imbécile- réussisse pourtant à nous battre dans certains domaines ? La question est d’importance. En tirer quelques leçons nous permettrait d’éviter, quelques années après être sorti major d’une brillante école, de nous trouver relégué à l’état de vieillerie dépassée par un ordinateur plus puissant. L’homme aura, dans le domaine de la puissance brut de calcul, bien du mal à rester dans le futur compétitif. L’ordinateur n’a pas fini de progresser. Moins cher, plus rapide, moins sujet à des erreurs, une mémoire sans défaut, partout là où sa supériorité sera manifeste, il se substituera à l’homme. Et si jusqu’à présent, il se contentait de reléguer au chômage les travailleurs qui occupaient les tâches sub
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