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« Don't be evil » : le système publicitaire Google à l'épreuve des réseaux sociaux

par Anthony Nelzin le 11.08.2010 à 13:30
Le sixième des dix points de la philosophie d'entreprise de Google est le suivant : « vous pouvez gagner de l'argent sans faire le mal » (« You can make money without doing evil ») — c'est-à-dire sans trop compromettre l'expérience utilisateur (pas de pop-up, bannières textuelles, etc.), et sans tirer parti des données de l'utilisateur à des fins commerciales. Un document interne de 2008 révélé par le Wall Street Journal dans le cadre de sa série d'articles sur le Web et la vie privée révèle pourtant qu'entre le discours et les actes il y a un fossé, fossé qui pourrait bien s'agrandir dans les années à venir.

En 2008, Google a racheté la régie publicitaire DoubleClick : la firme de Moutain View a alors commencé à utiliser des cookies, cookies d'ailleurs assez controversés pour leur utilisation de l'historique de navigation afin de fournir des publicités ciblées (interest-based advertising). Peu après ce rachat, Aitan Weinberg, cadre de DoubleClick aujourd'hui directeur des activités de publicité ciblée chez Google, a rédigé un document programmatique de sept pages destiné à exposer des stratégies d'exploitation des données de l'utilisateur, toutes choses bien éloignées du « don't be evil ».

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Les idées « délirantes » de ce rapport

Selon des sources internes, ce document n'aurait pas été présenté à la direction, et certaines des idées retenues seraient « délirantes » : exit donc l'idée de permettre aux internautes de payer pour supprimer les publicités, ou de conseiller de la publicité à leurs proches. Mais certaines de ces idées ont été mises en place : depuis l'an dernier Google recueille de nouveaux types de données, observant de manière beaucoup plus fine les habitudes de navigation des utilisateurs pour leur fournir des publicités toujours plus ciblées.

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L'utilisation des services et produits Google pour le ciblage utilisateur en 2008

Ce document fait de l'immense base de données de Google (un peu moins d'un milliard d'utilisateurs à un niveau ou à un autre) « la meilleure source » pour discerner les intérêts des utilisateurs : « aucun concurrent ne pourrait s'aligner » sur une telle pertinence et un tel ciblage. Google refuse pour le moment de vendre des données à l'échelle de l'utilisateur, tout comme elle refuse d'utiliser ce qu'elle peut savoir de l'utilisateur par son utilisation des divers services de Google (Gmail, YouTube, etc.) pour lui proposer des publicités encore plus ciblées.

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L'utilisation des services et produits Google pour le ciblage utilisateur en 2010

Google en reste donc à l'utilisation classique des cookies, ces petits fichiers témoin qui stockent par exemple les préférences d'un site, l'état d'un panier d'achat, ou les informations de connexion. La firme de Moutain View les utilise cependant d'une manière un peu plus poussée : de nombreux sites affichant des publicités Google, et chaque site installant un nouveau cookie, elle se sert de la masse des cookies pour établir l'historique de navigation, reflet des habitudes de l'utilisateur, pour lui fournir des publicités ciblées. C'est ainsi qu'après avoir visité un site d'actualités informatiques, les publicités qui s'afficheront sur un autre site seront un savant mélange entre des publicités pour des produits informatiques et des publicités en rapport avec le contenu de la page.

Google n'est pas la seule à utiliser cette méthode : c'est la méthode standard employée par tous les réseaux du même type, mais le fait que Google domine le marché lui permet de fournir des publicités encore plus ciblées. La firme de Moutain View est néanmoins à un tournant, la faute à Facebook, réseau social qui peut fournir des publicités ultra-ciblées. Les rumeurs d'un réseau social à la Google ne sont pas innocentes : si Google place un bouton "J'aime" sur son moteur de recherche et à travers l'Internet, il constituera la base de données d'intérêts la plus complète, la plus étendue et la plus dense jamais réalisée — mais il utilisera directement des données fournies par l'utilisateur pour faire de l'argent. Pire encore : même si ces données sont anonymisées et ne peuvent permettre de remonter à un utilisateur, mises ensemble, elles permettent de définir des patterns, des modèles d'utilisation à la limite du comportementalisme.

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Les services Google pourraient être utilisés, option toujours refusée jusqu'à présent. Le compromis, paradoxalement bien plus puissant, serait l'ouverture d'un réseau social by Google.

Les évolutions possibles du modèle commercial de Google ne vont pas de soi, et sont d'ailleurs responsables de certaines tensions au plus haut niveau de l'entreprise : alors que Larry Page est plutôt favorable à une telle évolution, Sergey Brin n'est pas son plus grand supporter, et préférerait rester au modèle actuel qui permet d'en savoir assez pour fonctionner sans en savoir trop. Mais le modèle qui était valable en 2008 n'est plus valable en 2010 (et certainement pas pour les années à venir), alors que les réseaux sociaux permettent d'accéder à l'utilisateur de la manière la plus ciblée qu'il soit — et encore en leur demandant de donner les données, plutôt qu'en les collectant à leur insu.

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Vos réactions (45 réactions)
claudde [11/08/2010 13:46]

bon, je supprime mon compte gmail.
sebastiano [11/08/2010 13:54] via MacG Mobile

Dans ce domaine Google est ce qu'il y a de pire. J'attends les réactions trollesques qui vont faire dévier le sujet sur Apple.

Sinon la réutilisation des données de navigation ne me dérange pas plus que ça, tant que ça reste de la pub ...
sams [11/08/2010 13:56]

Ce n'est plus les annonceurs qui paient pour diffuser la pub, ce sont les utilisateurs (dîtes plutôt clients) qui paient pour accepter d'en recevoir, voire pour re-diffuser la pub dans leur entourage.
C'est délirant comme idée ça ?
JayTouCon [11/08/2010 14:07]

comme d'hab sebastiano.

tu prévois ce que l'on va dire à propos d'i ad et circonscrit le terrain. bien joué ;)
ichp [11/08/2010 14:11]

La publicité et donc l'exploitation des données personnelles sont malheureusement les principales façons pour préserver la gratuité des services.

A l'utilisateur d'être responsable et de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier en choisissant des prestataires différents pour chaque service (boîte mail, suite office, cartographie, moteur de recherche, boutique de musique, de livres, d'applications, ...).

@sebastiano

En quoi Google est pire que les autres régies, si ce n'est par sa taille ? Apple (puisque tu veux en parler) tends à devenir bien plus dangereux (surtout depuis iAd) puisque son écosystème entraîne une dépendance entre matériels et services.

tap [11/08/2010 14:13]

Oui ben rien de nouveau :)
Powerdom [11/08/2010 14:28]

En tout cas leurs graphs de présentations sont sympas !!
sebastiano [11/08/2010 14:31]

"En quoi Google est pire que les autres régies, si ce n'est par sa taille ? Apple (puisque tu veux en parler) tends à devenir bien plus dangereux (surtout depuis iAd) puisque son écosystème entraîne une dépendance entre matériels et services."

Je ne vois pas en quoi ce sera plus dangereux. Google va jusqu'à traiter le contenu de tes e-mails pour afficher sa publicité. Il n'y a rien de pire.
oomu [11/08/2010 14:42]

Il me semble plutôt que l'entreprise est désireuse de trouver la voie du milieu et de ne pas détruire leurs propres utilisateurs sous prêtexte de vendre de la pub

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il faut que vous réalisiez une chose : la PUB est _l'unique_ source d'argent de Google.

Ce n'est PAS gmail, google recherche, google apps, chrome, android, google buzz, google library, google science, youtube (qui est une perte sèche malgré leur service professionnel pour studios) ou picassa ou que sais je qui rapport à google. Tout ça ne sont que des activités pour exister à vos yeux et ceux des politiciens.

La raison d'être de google et qui est sa presque seule activité commerciale est la vente de pub ciblée.

Google est en mesure de vendre de l'excellente pub ciblée grâce à tout ce qu'elle peut savoir sur les gens via des services stratégiques (la recherche, captcha, dns, etc ).

C'est une entreprise de "data mining" qui vend de la pub ciblée.

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vous ne pouvez donc pas leur demander de faire le "bien" et leur refuser de travailler sur l'amélioration de leurs pubs. Cela n'a pas de sens. Google le sait pertinemment.

chamo [11/08/2010 14:48] via MacG Mobile

@ ichp :
Non, de ce point de vue Apple est moins dangereux que Google car les clients d'Apple sont les utilisateurs (du moins pour l'instant) alors que ceux de Google sont les annonceurs. Apple a financièrement intérêt à protéger les utilisateurs, alors que la seule source de revenus de Google est de vendre un peu de la vie privée de ses utilisateurs.
oomu [11/08/2010 14:49]

"Apple (puisque tu veux en parler) tends à devenir bien plus dangereux (surtout depuis iAd) puisque son écosystème entraîne une dépendance entre matériels et services.
"

pourquoi résonnez vous toujours en terme de danger et peur ?


Apple est effectivement en train de se placer comme entreprise capable de s'affranchir de Google et lui refuser l'exploitation de ses propres clients.

Apple est en train de s'opposer au data-mining de Google pour pouvoir continuer à faire ses machines comme elle l'entend.

Google par pure symétrie doit s'opposer au radicalisme logiciel-matériel d'Apple pour continuer à faire du Data-mining.


ce n'est ni du Danger ni une catastrophe. Mais le jeu normal de l'industrie. Vous n'êtes pas obligé d'utiliser cette industrie.
lolodigital [11/08/2010 14:50]

Merci pour ce très bon article ...

Je me demande aujourd'hui comment il sera possible de passer entre les tentacules de la pieuvre sa devenir un marginal du numérique ...
421 [11/08/2010 15:00]

Rassurez-vous, avant qu'Apple n'utilise les données GPS de utilisateurs français de l'iPhone 4, il faudrait que dans leurs conditions d'utilisation, il y ai une mention disant que vous refusez que ces données soient récoltées avec un n° CNIL.
Alors utilisateurs français, respirez, vous n'êtes pas traqués...

Pour ce qui est de Google, si vous lisez attentivement les conditions d'utilisation, vous lirez que rien ne leur interdit de traiter vos données personnelles et habitudes d'utilisation et c'est parfaitement légal puisque non interdit par la loi française.

Si vous refusez tout traçage de vos données, amis connectés, oubliez la carte bancaire, le téléphone mobile et utilisez un annuaire des pages jaunes dans la cabine à pièce qui est au coin de la rue...

Ah, On me signale dans l'oreillette que cette dernière aurait disparue...
M-Rick [11/08/2010 15:00]

Il suffit d'avoir un navigateur digne de ce nom qui a une gestion fine des cookies et de bloquer adsense et analytics ....

[URL=http://img256.imageshack.us/i/capturedcran20100811145.png/]Voir ici[/URL]
Askar [11/08/2010 15:05]

Le problème, c'est que avec Microsoft ou Apple par exemple, il y a une transaction commerciale, tu achète un produit, un soft. Avec Google il n'y en a pas, TU EST LE PRODUIT ou plutôt Google vends la connaissance qu'il a de toi.

Tu peut décider ne ne pas acheter un produit Apple, Microsoft, RIM, HTC ect... tu ne peut pas refuser le contact avec Google !!!
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