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L'accès à internet, un droit de l'homme ?
par Anthony Nelzin le 21.04.2012 09:00

L'accès à internet est-il un droit de l'homme ? C'était la question complexe posée lors de la conférence www2012 qui se déroulait cette semaine à Lyon. Proposition de réponse…
www2012
Internet a joué un rôle non négligeable dans les contestations populaires du Printemps arabe. Auraient-elles eu lieu sans le réseau ? Impossible de le dire, mais force est de constater que la connectivité mobile et les réseaux sociaux ont grandement facilité leur organisation, au point qu'on les a parfois surnommées « révolutions Facebook » ou « révolutions Twitter ». Le mouvement Occupy, qui a tiré les leçons de cette initiative populaire, a quant à lui été clairement structuré par l'usage du réseau. IRC et le web ont été des éléments incontournables de la communication entre les manifestants. Communication est ici le mot-clef : en tant que moyen de connecter les organisateurs de ces manifestations, internet a été la cible de la répression, de la perturbation des réseaux mobiles en Tunisie à la destruction du réseau de la Free Network Foundation au Zuccotti Park en passant par la coupure historique d'internet en Égypte.

Cette répression a été vécue comme une forme de censure, la négation même d'une liberté fondamentale, celle d'expression. Par amalgame, l'accès à internet a lui-même été élevé au rang de droit par ces manifestants. On retrouve ce vocable chez les détracteurs des lois « anti-piratage », notamment celles qui prévoient la coupure d'internet : comment un intérêt financier pourrait-il aller à l'encontre d'une liberté fondamentale sans décision judiciaire, a fortiori dans des démocraties ?

L'amendement 138 du Paquet télécom avait à l'été 2008 établit un précédent sémantique : « aucune restriction ne peut être imposée à l'encontre des droits fondamentaux et des libertés des utilisateurs finaux, sans décision préalable des autorités judiciaires, notamment conformément à l'article 11 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne sur la liberté d'expression et d'information, sauf si la sécurité publique est menacée. »

Il semble pourtant que l'on assiste là à un glissement logique : l'accès à internet n'est pas un droit fondamental, mais un facilitateur d'accès aux droits fondamentaux. C'est un moyen et non une fin. Bien que sa position ait été parfois contestée, Vinton Cerf a sans doute résumé mieux que quiconque ce qui peut sembler être un paradoxe :

Quoique bien intentionné, cet argument [selon lequel l'accès à internet serait un droit fondamental] passe à côté d'une réflexion plus profonde : la technologie est un catalyseur de droits, pas un droit lui-même. La barre pour que quelque chose soit considéré comme un droit est très haute. Grossièrement, un droit est quelque chose dont nous, en tant qu'humains, avons besoin pour mener des vies saines et censées, comme la protection contre la torture et la liberté de conscience. Ce serait faire une erreur que de placer une technologie précise dans cette catégorie de la plus haute importance, car nous risquons peu à peu de tenir en estime les mauvaises choses. Il fut un temps où si vous n'aviez pas de cheval, il était difficile de gagner sa vie. Dans cette affaire, le plus important était le droit de gagner sa vie, pas le droit à un cheval. Aujourd'hui, si j'avais le droit à un cheval, je ne sais pas où je le mettrais.

L'ONU elle-même dit la même chose, quoique son rapport sur la liberté d'expression ait souvent été bien mal interprété. Elle ne proclame jamais que l'accès à internet est un droit fondamental, mais vante sa capacité à favoriser l'obtention et l'expression des droits fondamentaux :

De manière générale, en permettant à des individus d'échanger des informations et des idées de manière instantanée et peu onéreuse en faisant fi des frontières nationales, internet offre un degré d'accès à l'information et à la connaissance jusqu'ici impossible à atteindre. En retour, cela contribue à la découverte de la vérité et au progrès de la société. Internet est en effet devenu un moyen clef par lequel des individus peuvent exercer leur droit à la liberté d'opinion et d'expression […].

S'il est un moyen et non une fin, l'accès à internet doit néanmoins être protégé, en ce qu'il est aujourd'hui la manière la plus simple, la plus efficace, mais aussi une des plus fragiles d'exprimer ses droits fondamentaux.

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Tim Berners-Lee

Comme l'inventeur du web Tim Berners-Lee ne cesse de le répéter, internet et notamment sa couche web peuvent souffrir de leur architecture centralisée. Le système DNS d'interprétation des adresses internet est aujourd'hui un peu plus réparti à la surface du globe qu'il ne l'était il y a quelques années, mais il reste contrôlé par un nombre très limité d'États et de sociétés. Les États-Unis conservent ainsi la possibilité de verrouiller une très grande partie du réseau en un temps très court. Le système de certificats de sécurité souffre du même problème, puisqu'il est géré par un nombre très restreint de sociétés : le système TLS/SSL a récemment été complètement détourné par des hackers à la solde du gouvernement iranien.

La vice-présidente de la Commission européenne, Neelie Kroes, présente aussi lors de ces débats, s'inquiète d'une autre forme de centralisation, inhérente elle aussi à la nature d'internet. Ce réseau, on l'a dit, est un catalyseur : en tant que champ encore relativement nouveau, il offre de formidables occasions pour les entrepreneurs. C'est de fait devenu un espace d'innovation, mais les innovations peuvent se transformer en monopoles à la faveur de leur succès, reconstituant des espaces fermés ne communiquant pas les uns avec les autres dans un cadre ouvert : l'omniprésence de Google et de Facebook sur le web, ou même l'importance d'Apple dans le monde des applications mobiles, sont des risques pour le web.

À ces problèmes venant des composantes mêmes d'internet s'ajoutent des pressions extérieures, ou plutôt périphériques, provenant d'acteurs regardant d'un mauvais œil le réseau. Ce sont d'abord des forces économiques, des entreprises établies qui n'ont pas su ou voulu prendre le virage de la dématérialisation et/ou dont le modèle économique est remis en cause par l'ouverture d'internet. Ce sont ensuite des forces politiques, soient qu'internet serve à leur contestation, soit qu'elles s'enrichissent des idées des forces économiques — une proximité en forme de collusion lorsque les lobbies fournissent des brouillons des projets de loi (qui explique les réactions à des dispositions comme DeBill et le Digital Economy Act en Grande-Bretagne, DADVSI et Hadopi en France, ou SOPA et CISPA aux États-Unis).

Il ne faut pas pour autant oublier un fait d'une importance fondamentale : internet, son accès, et l'utilisation qu'on en fait doivent rester soumis aux lois. Non pas à des lois qui seraient taillées sur mesure pour cette technologie — elles seraient à la fois opportunistes et vaines, se battant sur une forme plutôt que sur le fond (on en revient au problème du cheval). Non, les lois telles qu'elles existent, quitte à ce qu'elles soient amendées pour prendre en compte les évolutions de la société. Internet n'est en effet pas un réseau virtuel évoluant dans un espace distinct : il n'est pas matériel, il est intangible, mais existe dans notre espace, et devrait donc en toute logique être soumis aux mêmes règles.

Le nœud du problème est donc de trouver un juste milieu permettant de garantir un accès neutre et ouvert à internet sans que cet accès ne franchisse ces lois. On ne s'encombrera ici pas d'un débat sur la neutralité du réseau, qui semble être l'évidence même puisqu'elle existe dans les autres réseaux : personne n'a jamais prétendu vous fournir « une meilleure expérience de l'électricité » qu'un autre. C'est la principale préoccupation de Neelie Kroes et de toute une partie du corps législatif européen : la régulation doit empêcher que l'innovation ne devienne le monopole, sans pour autant verser dans la censure. À l'échelon européen et international, la régulation doit aussi empêcher que les multiples régulations nationales ne soient elles aussi des formes de censure.

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L'accès à internet est-il un droit de l'homme ? La première réponse est sans doute négative. Mais parce que cet accès permet l'expression des droits de l'homme, il doit être protégé. Sans que cette protection ne devienne elle-même une forme de coercition. C'est toute la difficulté du problème, qui n'a pas de solution simple, et qui continuera sans doute à beaucoup faire parler — et quelque part, le simple fait qu'on en parle garantit, au moins pour un temps, qu'une certaine liberté à l'accès à internet soit préservée. C'était d'ailleurs une des conclusions du www2012.

bulletApple > Feu vert pour le nouveau data-center d'Apple en Oregon [21.04.2012 22:30 - AZ]
Apple est parvenu à un accord avec les autorités oregonaises en vue de l'ouverture d'un nouveau data-center dans la petite ville rurale de Prineville. Après avoir acquis une parcelle de 65 hectares pour 4,2 millions d'euros, Apple s'est engagé à investir 190 millions d'euros pour la construction de son data-center, et à créer au moins 35 emplois payés 1,5 fois le salaire moyen du comté de Crook. En échange, la firme de Cupertino est exemptée d'impôts fonciers pour les quinze prochaines années et ne versera à la place que 150 000 $ de frais annuels.

L'entrée du data-center de Facebook à Prineville. Apple s'installera à quelques encâblures. Facebook a par ailleurs ouvert son deuxième data-center dans la semaine, cette fois en Caroline du Nord, non loin du data-center de Maiden dédié à iCloud.

Cette politique fiscale permet à l'Oregon d'attirer tous les grands noms de l'informatique, à la manière de la Caroline du Nord, où Apple vient d'ouvrir un data-center géant à Maiden. Apple pourrait ainsi économiser plusieurs dizaines de millions d'euros par an en taxes diverses. La Caroline du Nord, à l'est des États-Unis, permet de desservir efficacement le BosWash et l'Europe ; l'Oregon, à l'ouest, permet de desservir l'autre mégalopole américaine et l'Asie. Cet état qui accueille Facebook, Google ou Amazon, est désormais préféré à la Californie grâce à son climat plus clément.

Ce climat favorise le refroidissement passif, plus économique et écologique : Apple, qui a déjà commencé à occuper son terrain de Prineville avec des blocs modulaires, devrait reprendre la formule de son voisin Facebook et alimenter une partie de son data-center avec des panneaux photovoltaïques. Le reste de son alimentation sera fournie par une électricité encore majoritairement produite par des centrales à charbon, ce qui a provoqué l'ire de Greenpeace (lire : Greenpeace/Apple : du tacle au tacle). Après l'arrivée de Google, Facebook et maintenant Apple, la compagnie locale d'électricité est cependant en train de renforcer son réseau et d'y augmenter considérablement la part des énergies éolienne et hydro-électrique. À moyen terme et comme l'a déclaré Apple, le data-center de Prineville devrait donc être alimenté à « 100 % par des énergies renouvelables. »

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bulletLogiciels > Google supprime les compagnons de Picasa [21.04.2012 18:15 - FI]
Google stoppe tout développement sur deux petits utilitaires compagnons de Picasa, son site d'hébergement et de partage d'images. Le plug-in Picasa Web Albums pour iPhoto ainsi que sa version autonome ne sont plus disponibles en téléchargement et n'évolueront plus.

Ils permettaient essentiellement l'envoi de fichiers vers son compte en ligne. Ce travail sera désormais aussuré uniquement par l'application Picasa elle-même, et [32,9 Mo - OS X 10.5] concurrente d'iPhoto.

Sur le même sujet, Google a également stoppé son "pass média" - dans sa première forme - telle qu'elle avait été conçue pour lutter contre le kiosque d'Apple sur l'iPad (lire Presse : Google débranche son "pass média").
bulletLogiciels > Flashback : des éditeurs remontent leurs chiffres [21.04.2012 06:03 - FI]
Dr.Web, Symantec et Intego ont croisé leurs chiffres et observations sur le comportement du malware Flashback et on fait le constat que sa propagation, bien que déclinante, restait élevée. De l'ordre de 566 000 machines infectées pour les estimations en date du 19 avril chez Dr.Web. Au milieu de la semaine, Symantec avait publié des chiffres montrant une forte décrue (moins de 100 000 machines au 17 avril) tandis que le même jour, Kaspersky en dénombrait trois fois moins. Cette forte disparité dans les mesures est expliquée d'au moins deux manières et Symantec, dans une mise à jour de son billet, s'est rangé à l'analyse de Dr.Web (Kaspersky est encore en train de l'étudier).


Dr.Web rappelle d'abord le fonctionnement général de ce malware (lire aussi Interview : Flashback et la mécanique d'un malware). Lorsqu'il est installé sur une machine, il envoie une requête vers un nom de domaine calculé par ses soins (qui change tous les jours), à la recherche d'un serveur de contrôle qui pourra lui retourner les actions à entreprendre. Ce nom de domaine est décliné en .com, mais aussi en .net, .in, .kz et .info. Des sociétés de sécurité comme Dr.Web ou Symantec ont donc acheté des séries de noms de domaines et installé des "sinkhole" (ou pots de miel) afin de récupérer les requêtes émises par les machines infectées pour les dénombrer et les analyser.

Dr.Web explique les gros écarts de relevés réalisés ces dernières heures par le fait qu'après avoir contacté les noms de domaine qu'il avait achetés, les machines infectées se sont tournées vers un autre à l'adresse 74.207.249.7, dont on ne sait qui est derrière. Les Mac contactent ce serveur, mais celui-ci ne ferme pas la connexion TCP. Les machines patientent donc en espérant une réponse qui ne vient pas. Elles ne cherchent pas non plus à contacter un autre nom de domaine, et disparaissent ainsi des statistiques si ces serveurs successifs comptaient parmi ceux préemptés par les éditeurs d'antivirus.

Symantec a reconnu la pertinence de cette analyse et donné une nouvelle estimation au 20 avril, avec 185 000 identifiants uniques désignant une machine infectée (sachant que ce peut-être aussi une machine virtuelle fonctionnant chez un autre éditeur et servant de piège à malware).

Intego de son côté a observé qu'une redirection avait été apparemment mise en place par les organismes en charge des serveurs de noms de domaines (DNS). La conséquence est que le Mac infecté qui tente de contacter un serveur se voit retournée sa propre requête. Il n'obtiendra pas d'infos d'un possible serveur de contrôle, il n'ira pas en chercher un autre et ne sera donc pas non plus comptabilisé dans les "pots de miel" installé par les éditeurs. Intego donne une liste test de noms de domaines où la requête fait un aller et retour, en affichant l'adresse locale de la machine (127.0.0.1).

Le 18 avril, lorsqu'elle avait publié sa mise à jour de sécurité Java, Apple avait aussi déclaré qu'elle travaillait à démanteler ces serveurs « En plus de la vulnérabilité de Java, le logiciel malveillant Flashback exploite les serveurs informatiques hébergés par ses créateurs pour effectuer de nombreuses actions critiques. Apple collabore avec les différents fournisseurs d’accès à Internet dans le monde pour désactiver cette commande et contrôler le réseau. » Il faut peut-être y voir un effet de cette initiative.
bulletLogiciels > Office 2011 : le Service Pack 2 en partie retiré [21.04.2012 01:00 - FI]
Microsoft a partiellement stoppé la distribution de son Service Pack 2 (14.2) pour Office 2011. Depuis sa sortie le 12 avril, des utilisateurs (un faible pourcentage selon l'éditeur) se sont plaints de dysfonctionnements, avec différentes sortes de messages d'erreur au moment de mettre à jour la base de données d'Outlook.

Le 17 avril, Microsoft avait donné quelques pistes pour corriger le problème ou le prévenir si l'on était pas encore passé sur ce SP2 (lire En cas de problème avec le service pack 2 d'Office 2011).

Mais l'origine de ces ennuis n'avait pas été encore corrigée. En attendant une possible révision de ce SP2, Microsoft l'a temporairement retiré de la mise à jour automatique d'Office. Il ne devrait plus être proposé à ceux qui ne l'ont pas encore appliqué. Pour autant, il reste offert en téléchargement manuel.

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bulletApple > Pacte de non-agression et entente illicite : Apple ira au procès [21.04.2012 00:13 - AZ]
Apple, Google, Intel, Adobe, Intuit, Lucasfilm et Pixar seront jugés à partir de juillet 2013 pour entente illicite : ces sept sociétés s'étaient accordées afin de ne pas débaucher les employés les unes des autres. Un pacte de non-agression qui avait débouché sur un accord à l'amiable avec le Département américain de la justice, mais aussi sur une class-action de cinq ingénieurs accusant ces sociétés d'avoir ainsi limité leur mobilité professionnelle et leurs possibilités d'évolution de carrière.

C'est cette affaire qui sera portée devant les tribunaux, la juge en charge du dossier établissant clairement l'entente illicite : « le fait que six accords bilatéraux aient été signés secrètement entre les sept accusés sur une période de deux ans résulte d'une collusion, et non d'une coïncidence. » La procédure pourra bénéficier à tous les salariés passés ou présents des sept sociétés concernées qui estiment avoir été victime de ces pactes de non-agression, qui ont notamment régi les relations entre Apple et Google pendant de longues années — avant que Google ne tente de débaucher un ingénieur d'Apple, et qu'Eric Schmidt ne quitte le conseil d'administration de la firme de Cupertino.

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