De Chimera à Safari : les recettes d'un navigateur à la mode
par Benjamin Ferran le 03.02.2003 à 01:02
Même s'il a toujours existé des solutions originales, le choix d'un navigateur sur Mac s'est longtemps décidé entre la valeur sûre Netscape Communicator et l'ambitieux Internet Explorer. Mais avec l'arrivée de la cinquième version du logiciel de Microsoft, et malgré les réticences des utilisateurs adeptes de la Pomme, tous les navigateurs concurrents furent mis hors jeu, de fait : IE 5 était rapide, et proposait un grand nombre de fonctions annexes jusqu'alors réservée à la version PC. Navigateur par défaut sur Macintosh suite à un accord entre Apple et Microsoft, Internet Explorer n'a pas cessé de gagner des parts de marché, comme il l'avait fait quelques temps plus tôt sur PC. Mais au lieu de tuer la concurrence, la version Mac d'Explorer n'a fait que la stimuler. Aujourd'hui, l'offre des navigateurs s'est étendue, et a même explosé en partie grâce à Mac OS X. Aux deux mastodontes d'hier, il faut ajouter des nouveaux concurrents que sont Mozilla, iCab, Opera, Omniweb, Chimera et maintenant Safari. Pas facile de choisir parmi tous ceux-là.
[ce texte a été rédigé quelques jours avant la sortie de Safari - le navigateur d'Apple -, le 7 janvier dernier. L'orientation de son développement a été conservée, mais quelques éléments ont été mis à jour pour tenir compte de ce nouveau navigateur prometteur qui s'imposera sans mal sur notre plate-forme]
Ce vivier d'applications prouve qu'il n'existe pas de logiciel parfait, ou capable du moins de prendre un avantage sensible sur la concurrence. Pire : il suffit de jeter un ?il sur les forums de MacGeneration, ou sur les réactions aux annonces de mises à jour des navigateurs sur les pages d'actualité pour comprendre que les avis ne cessent pas de changer au fil des mois. À la fin de l'année 2001, tout le monde attendait les « sneaky peaks » plus ou moins hebdomadaires d'Omniweb qui préparaient la sortie de la version 4.1 définitive du logiciel; au printemps, c'étaient Netscape puis Mozilla qui refaisaient surface ; à l'automne, plus aucun macuser averti ne pouvait se passer de sa mise à jour quotidienne de Chimera tandis qu'aujourd'hui, on guette les évolutions de Safari dans des blogs ou des listes de diffusion. Sur quoi va donc se fonder le choix d'un utilisateur ? Un doigt d'objectivité et deux doses d'effet de mode, le tout saupoudré d'une pincée de sentimentalisme.
Juste un doigt d'objectivité
Peut-on vraiment faire appel à un semblant d'objectivité lorsque l'on aborde le sujet des navigateurs Internet ? Oui, si l'on prend en compte d'abord des exigences techniques, telles que la stabilité, la compatibilité avec les plus grand nombre de pages ou les plug-in vidéo qui, bien sûr, jouent énormément. Combien de fois avez-vous du lancer Internet Explorer pour voir cette bande-annonce en WMP qui ne passait avec aucun autre navigateur ! Combien de fois avez-vous pesté lorsqu'Omniweb refusait d'accéder à cette fonction en javascript !
Plus spécifiquement, ce sont aussi les fonctionnalités embarquées, qui permettent de comparer Internet Explorer, Chimera ou Safari. On passera vite sur toutes les capacités banales (présence d'un gestionnaire de téléchargement, d'un historique détaillé par exemple), pour s'intéresser seulement aux fonctions singulières. Internet Explorer, par exemple, peut compter sur son Album et son Garde-pages, grandes nouveautés de la version 5. Omniweb dépasse tous les autres navigateurs lorsqu'il s'agit de gérer ses signets, de contrôler les publicités ou de déterminer quelles images ont le droit de s'afficher sur les pages (les développeurs d'Omniweb pensent d'ailleurs, en adoptant le moteur de Safari, tout miser sur l'ergonomie et les fonctionnalités). De même, les navigateurs basés sur le moteur Gecko séduisent un grand nombre d'utilisateur grâce à leurs tabs. L'absence de cette fonction dans la première beta de Safari (qui propose d'ailleurs un très bon gestionnaire de signets) lui a valu - on le sait - de vives critiques. Tout le monde pourrait y trouver son compte, mais étonnement, ces fonctionnalités ne sont pas les premiers arguments que les utilisateurs évoquent. Tout juste servent-elles à confirmer leur choix.
Au sujet de Safari (et quelques semaines auparavant, presque dans les mêmes termes, du malheureux Chimera), on pouvait par exemple lire ceci sur les forums : « certes, il lui manque encore beaucoup de choses, mais qu'est-ce qu'il est rapide ! ». Bien sûr, la vitesse semble être le principal argument qui nous pousse à choisir un navigateur plutôt qu'un autre, car nous voulons tous minimiser le temps perdu en affichage et en chargement des pages. Pour imposer son navigateur face à la concurrence le 7 janvier dernier, Steve Jobs nous a d'ailleurs présenté de bien jolis tableaux censés prouver que son turbo browser (qui a parlé de matraquage ?) ne contenant que 500 000 lignes de code (donc forcément rapide : cqfd ) et ne pesant que 7 Mo (décidément !) était plus véloce que ses concurrents. Cependant, au-delà de quelques lenteurs d'interface perceptibles par tous (on pense par exemple à la création de nouvelles fenêtres dans Mozilla ou au scrolling dans Internet Explorer à des années-lumière de la fluidité de Safari), et de différences bien réelles que nous ne voulons en aucun cas minimiser, il s'agit d'une première dérive vers une subjectivité amusante qui alimente les débats. Lors de la sortie d'une nouvelle version beta de Chimera fin décembre, beaucoup d'utilisateurs conquis clamaient qu'il s'agissait sans aucun doute du navigateur le plus rapide sur Mac, tandis que d'autres affirmaient au contraire dans les réactions qu'il se faisait battre sur le chargement de nombreuses pages par Omniweb ou Internet Explorer, « chronomètre en main ». Chronomètre en main, justement, les temps de chargement et d'affichage de tous ces navigateurs sont assez proches (les avis contradictoires, qui ne relèvent pas tous de la mauvaise foi le prouvent bien), même si des écarts sensibles existent bel et bien, souvent en fonction des pages chargées (selon la dose de javascript, ou le nombre de tableaux que vous faites ingurgiter à votre pauvre navigateur). Safari, il est vrai, a détrôné Chimera et est devenu, dans la plupart des cas, le navigateur le plus rapide sur Mac. Cependant, dans l'ensemble, tout cela reste souvent trop imperceptible pour pouvoir servir d'argument majeur, sauf lorsque toute la communication du développeur est fondée dessus. Apple a bien compris, en tout cas, que toutes ces vérités peuvent facilement voler en éclats lorsqu'il s'agit simplement de constructions a posteriori, comme si le nombre de réactions favorables à l'annonce de la mise à jour d'un navigateur ou son succès sur les forums devait prouver déjà qu'il s'agit du meilleur logiciel.
[ce texte a été rédigé quelques jours avant la sortie de Safari - le navigateur d'Apple -, le 7 janvier dernier. L'orientation de son développement a été conservée, mais quelques éléments ont été mis à jour pour tenir compte de ce nouveau navigateur prometteur qui s'imposera sans mal sur notre plate-forme]
Ce vivier d'applications prouve qu'il n'existe pas de logiciel parfait, ou capable du moins de prendre un avantage sensible sur la concurrence. Pire : il suffit de jeter un ?il sur les forums de MacGeneration, ou sur les réactions aux annonces de mises à jour des navigateurs sur les pages d'actualité pour comprendre que les avis ne cessent pas de changer au fil des mois. À la fin de l'année 2001, tout le monde attendait les « sneaky peaks » plus ou moins hebdomadaires d'Omniweb qui préparaient la sortie de la version 4.1 définitive du logiciel; au printemps, c'étaient Netscape puis Mozilla qui refaisaient surface ; à l'automne, plus aucun macuser averti ne pouvait se passer de sa mise à jour quotidienne de Chimera tandis qu'aujourd'hui, on guette les évolutions de Safari dans des blogs ou des listes de diffusion. Sur quoi va donc se fonder le choix d'un utilisateur ? Un doigt d'objectivité et deux doses d'effet de mode, le tout saupoudré d'une pincée de sentimentalisme.
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Avec la version 5 de son Internet Explorer, devenu navigateur par défaut d'Apple, Microsoft porta un coup sévère à la concurrence.
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Juste un doigt d'objectivité
Peut-on vraiment faire appel à un semblant d'objectivité lorsque l'on aborde le sujet des navigateurs Internet ? Oui, si l'on prend en compte d'abord des exigences techniques, telles que la stabilité, la compatibilité avec les plus grand nombre de pages ou les plug-in vidéo qui, bien sûr, jouent énormément. Combien de fois avez-vous du lancer Internet Explorer pour voir cette bande-annonce en WMP qui ne passait avec aucun autre navigateur ! Combien de fois avez-vous pesté lorsqu'Omniweb refusait d'accéder à cette fonction en javascript !
Plus spécifiquement, ce sont aussi les fonctionnalités embarquées, qui permettent de comparer Internet Explorer, Chimera ou Safari. On passera vite sur toutes les capacités banales (présence d'un gestionnaire de téléchargement, d'un historique détaillé par exemple), pour s'intéresser seulement aux fonctions singulières. Internet Explorer, par exemple, peut compter sur son Album et son Garde-pages, grandes nouveautés de la version 5. Omniweb dépasse tous les autres navigateurs lorsqu'il s'agit de gérer ses signets, de contrôler les publicités ou de déterminer quelles images ont le droit de s'afficher sur les pages (les développeurs d'Omniweb pensent d'ailleurs, en adoptant le moteur de Safari, tout miser sur l'ergonomie et les fonctionnalités). De même, les navigateurs basés sur le moteur Gecko séduisent un grand nombre d'utilisateur grâce à leurs tabs. L'absence de cette fonction dans la première beta de Safari (qui propose d'ailleurs un très bon gestionnaire de signets) lui a valu - on le sait - de vives critiques. Tout le monde pourrait y trouver son compte, mais étonnement, ces fonctionnalités ne sont pas les premiers arguments que les utilisateurs évoquent. Tout juste servent-elles à confirmer leur choix.
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Omniweb : quand les développeurs misent tout sur l'interface et les fonctions.
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Au sujet de Safari (et quelques semaines auparavant, presque dans les mêmes termes, du malheureux Chimera), on pouvait par exemple lire ceci sur les forums : « certes, il lui manque encore beaucoup de choses, mais qu'est-ce qu'il est rapide ! ». Bien sûr, la vitesse semble être le principal argument qui nous pousse à choisir un navigateur plutôt qu'un autre, car nous voulons tous minimiser le temps perdu en affichage et en chargement des pages. Pour imposer son navigateur face à la concurrence le 7 janvier dernier, Steve Jobs nous a d'ailleurs présenté de bien jolis tableaux censés prouver que son turbo browser (qui a parlé de matraquage ?) ne contenant que 500 000 lignes de code (donc forcément rapide : cqfd ) et ne pesant que 7 Mo (décidément !) était plus véloce que ses concurrents. Cependant, au-delà de quelques lenteurs d'interface perceptibles par tous (on pense par exemple à la création de nouvelles fenêtres dans Mozilla ou au scrolling dans Internet Explorer à des années-lumière de la fluidité de Safari), et de différences bien réelles que nous ne voulons en aucun cas minimiser, il s'agit d'une première dérive vers une subjectivité amusante qui alimente les débats. Lors de la sortie d'une nouvelle version beta de Chimera fin décembre, beaucoup d'utilisateurs conquis clamaient qu'il s'agissait sans aucun doute du navigateur le plus rapide sur Mac, tandis que d'autres affirmaient au contraire dans les réactions qu'il se faisait battre sur le chargement de nombreuses pages par Omniweb ou Internet Explorer, « chronomètre en main ». Chronomètre en main, justement, les temps de chargement et d'affichage de tous ces navigateurs sont assez proches (les avis contradictoires, qui ne relèvent pas tous de la mauvaise foi le prouvent bien), même si des écarts sensibles existent bel et bien, souvent en fonction des pages chargées (selon la dose de javascript, ou le nombre de tableaux que vous faites ingurgiter à votre pauvre navigateur). Safari, il est vrai, a détrôné Chimera et est devenu, dans la plupart des cas, le navigateur le plus rapide sur Mac. Cependant, dans l'ensemble, tout cela reste souvent trop imperceptible pour pouvoir servir d'argument majeur, sauf lorsque toute la communication du développeur est fondée dessus. Apple a bien compris, en tout cas, que toutes ces vérités peuvent facilement voler en éclats lorsqu'il s'agit simplement de constructions a posteriori, comme si le nombre de réactions favorables à l'annonce de la mise à jour d'un navigateur ou son succès sur les forums devait prouver déjà qu'il s'agit du meilleur logiciel.




Novembre 2008

