analyse

Let the Sunshine In
par Benjamin Ferran le 21.11.2003 à 11:41

Cette semaine se tenait à Las Vegas l’édition 2003 du Comdex, le salon des nouvelles technologies. Si Microsoft fut très présent les premiers jours, présentant un nouveau logiciel de lutte contre le spam, et exhortant ses clients à participer avec lui au combat contre l’insécurité informatique, la sensation est venue de Sun. L’un des plus farouches adversaires de Microsoft n’abdique pas, et s’est même fendu mardi de deux annonces majeures. D’une part, il a conclu un accord important avec AMD pour équiper ses serveurs d’entrée de gamme du nouveau processeur 64-bits du fondeur américain, l’Opteron. Grâce à cet accord, Sun ambitionne de devancer HP et Dell sur les marchés des serveurs bas de gamme et des stations de travail sous Linux. D’autre part, Sun a noué un partenariat exceptionnel avec la Chine, pour la fourniture, à terme, de 200 millions de licences de sa nouvelle solution Java Desktop.

Avec Java Desktop, Sun a effectué un modèle de reconversion. Cette suite, tournant à la fois sur Solaris et sur Linux, est fondée sur l’Open Source. On y trouve notamment l’environnement GNOME, la suite bureautique StarOffice, le navigateur Mozilla, Evolution, et Java 2 Standard Edition. D’autres éditeurs américains majeurs, et notamment Novell qui a racheté au début du mois le distributeur allemand SuSE Linux, leader européen, s’engagent dans la même voie. Ils portent massivement leurs logiciels pour Linux. Tous comptent sur la très bonne presse du modèle Open Source dans les entreprises, qui représentent la quasi-totalité de leurs clients. La stabilité, le faible coût et la sécurité de ces solutions sont les trois atouts régulièrement mis en avant. A cela, Sun ou Novell ajoutent leur crédibilité dans les entreprises (ils fournissent des solutions globales), et leur expérience dans le support technique.

L’heure de la revanche
Grâce à Linux, les grands éditeurs américains, qui ont perdu une bataille face à Microsoft en entreprise, espèrent prendre leur revanche. La nouvelle bataille passe maintenant du marché des serveurs, où elle est déjà bien engagée, au marché des ordinateurs de bureau, désormais mûr (le 14 novembre, dans une présentation, IBM a réaffirmé que Linux était une solution crédible pour ce marché). Le contrat signé entre Sun et la Chine en est un bon exemple. De fait, Sun a développé et vend Java Desktop comme une solution de « switch » pour les postes de bureau en entreprise ou dans les administrations. Comme Apple l’a fait pour le grand public, l’éditeur met en avant la compatibilité avec la suite Office ou les serveurs Exchange, la proximité des interfaces graphiques qui ne dépaysera pas les utilisateurs, ou la possibilité de monter des serveurs ou des imprimantes Windows.

Ces atouts ne suffisent pas. Le passage à Linux s’accompagne souvent d’une volonté supérieure. Comme la Chine, de nombreux pays, en Asie notamment, veulent s’affranchir de Microsoft grâce à Linux. Aussi Sun, après la Chine, compte-t-il bien conclure des accords avec le Vietnam, la Corée du Sud ou le Japon. La Thaïlande ne l’aura pas attendu, elle qui finance des programmes de promotion de Linux, permettant à ses citoyens de s’équiper d’ordinateurs à bas coût. Conséquence, la part de marché de Windows a été réduite à 40%. L’ambition de ces pays est d’ailleurs claire : le CSSC, par exemple, espère bien se servir de son accord avec Sun pour développer, plus tard, ses propres distributions Linux. Plus proche de nous, les villes allemandes adoptent Linux pour réduire leurs frais.

Autant de mouvements qui s'inscrivent dans une tendance bien réelle, que cette semaine au Comdex a confirmée. Désormais, ce n'est plus à cause de Steve Jobs que Bill Gates a du mal à s'endormir, mais de Linus Torvalds. Apple s’efface un peu plus comme alternative à Windows, au profit de Linux. En 2004, Linux devrait définitivement dépasser Mac OS en part de marché. Les medias généralistes, qui commentent de loin l'actualité informatique ne retiennent souvent plus que les deux véritables solutions antithétiques (voir cet autre sujet des forums), Windows et Linux. La concurrence informatique a besoin de symboles (qui, comme le signale Manu dans cet autre sujet des forums, passe souvent par l'entreprise). Pourtant, Apple n'est pas inactive : elle connaît des succès notables en entreprise, grâce au couple Mac OS X Server et Xserve. Mais elle n'a ni les moyens, ni les ambitions d'investir le marché des ordinateurs de bureau à bas coût, et Mac OS X n'a pas la souplesse de licence et d'utilisation exigée par ceux qui choisissent Linux. Apple est en train de perdre une bataille à laquelle elle ne participe pas. Et il faut s'y résoudre. Sur ces marchés, le principal handicap d'Apple est d'être, en plus d'un développeur de logiciels, un fabricant de matériel. Cependant, il s'agit aussi d'une remarquable qualité, pour les marchés sur lesquels elle est présente, et sur lesquels ses résultats sont probants. Ses utilisateurs le savent bien.


Merci à Donatello pour le titre.