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Tweetbot : quand le mieux est l'ennemi du bien

par Anthony Nelzin le 15.04.2011 à 12:23
tweetbotIl semble que la Terre entière n'en ait aujourd'hui que pour Tweetbot, la dernière création de Tapbots — l'expression « la Terre entière » signifiant ici « la partie des 21 millions d'utilisateurs actifs de Twitter utilisant un iPhone ». C'est mérité : Tweetbot est sans conteste le meilleur client Twitter pour iPhone. Ou presque…

Explication de texte
Comme toutes les applications de Tapbots, Tweetbot accueille son utilisateur, au premier démarrage, par un tutoriel. Ce genre de pratiques ne peut signifier que deux choses : soit que l'application introduit des concepts un peu nouveaux qui ont besoin d'être expliqués ; soit que l'application est un joyeux foutoir partant dans tous les sens, tendance tablette égyptienne cassée et recollée à l'envers. Avec Tapbots, on est en général dans le premier cas. Avec Tweetbot, on n'est pas tout à fait dans le deuxième cas, mais c'est la première fois chez Tapbots que le tutoriel est non seulement utile, mais nécessaire.

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On peut effectuer pas moins de cinq actions sur une cellule contenant un tweet : un simple tap, un double tap, un triple tap, un balayage à gauche et un balayage à droite. Le simple tap active la cellule et affiche diverses options. Après ce simple tap, un autre simple tap sur l'avatar, et c'est le profil de l'auteur du tweet qui s'affiche.

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Un simple tap, dans les deux cas. La différence ? Dans le deuxième cas, le gras du pouce a touché en premier, ouvrant la cellule, avant le bout du pouce, qui a déclenché l'ouverture du profil.

Le double tap affiche le détail du tweet, mais si on effectue ce double tap au-dessus d'une URL, c'est cette URL qui est ouverte, et si on le fait au-dessus d'un hashtag, c'est le fil des tweets contenant ce hashtag qui est ouvert. Trois zones différentes, sur une cellule de 200 pixels de hauteur.

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Là encore, double tap dans le même cas. À quelques pixels près.

Le triple tap est configurable, mais il permet par défaut de répondre au tweet en cours. Problème : selon la cadence à laquelle on tape et la présence de liens et hashtags, ce triple tap risque d'être reconnu comme un double tap.

La barre qui s'affiche lors du simple tap permet de répondre, retweeter ou mettre en favori le tweet. Si je compte bien, faire un tap pour afficher cette barre et un tap pour répondre, cela fait deux taps — contre trois pour la solution gestuelle qui ne fonctionne pas toujours. À la fin de cette barre, on trouve une icône en forme d'œil : la plupart des tweets comportant des liens, je me serais attendu à ce qu'elle permet d'ouvrir le contenu du tweet.

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Cette petite barre est une idée géniale. Tellement en fait qu'elle fait tout ce que font les manipulations gestuelles. Sans s'y reprendre à deux fois.

Raté : elle affiche le détail du tweet, panneau que l'interface entière de Tweetbot cherche à éviter, puisque toutes les fonctions qu'il contient (à part le détail de la localisation) sont contenues ailleurs.

L'icône en forme d'engrenage ? Elle convoque un menu permettant de manipuler le tweet (copier, envoyer, traduire). Ce même menu peut être appelé par un appui long sur la cellule (oui, une sixième action sur la cellule), ces fameux appuis longs tout simplement détestables.

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Les balayages permettent d'accéder à la vue conversation ou à une vue inédite, les tweets associés (réponses au tweet en cours). Une excellente idée, mais les balayages ne sont pas toujours intuitifs — au moins ceux de Tweetbot sont-ils bien huilés, contrairement à ceux du client officiel.

Je pourrais continuer comme cela pendant longtemps, et ces défauts sont sûrement largement compensés par les qualités évidentes de Tweetbot, de son design général à l'autocomplétion bien réalisée en passant par cette petite barre indiquant le nombre de nouveaux tweets, et surtout la barre d'actions sur un tweet. Oui, je l'avoue, Tweetbot n'est ici qu'un bouc-émissaire. Mais cette application, malgré toutes ces qualités, montre qu'il y a une limite à ce que l'on peut caser dans 614 400 pixels carrés.

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Changer d'avis comme de chemise
Il y a quelques mois, j'arguais que la plupart des sites Internet n'avaient pas besoin d'application si cette application ne contenait pas toutes les fonctions du site en question. Si je le pense toujours pour l'iPad (ce qui veut dire que iGeneration pour iPad a encore de la marge), je crois que je m'étais bien trompé en ce qui concerne l'iPhone. La plupart des sites Internet n'ont pas besoin d'application si cette application essaye de tellement en faire qu'elle en devient contre-intuitive — le mieux est l'ennemi du bien dit l'adage.

Cela ne veut pas dire que c'est impossible : je suis sûr qu'en deux coups de cuillère à pot, Tweetbot résoudra les quelques problèmes listés ici et deviendra pour ainsi dire l'application rêvée (même si en l'état, elle mérite déjà un ADA, il faut dire que son équipe en sait largement plus que je n'en saurai jamais en matière d'UI/UX design).

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Confus ? Moi aussi. Et je ne suis pas le seul.

Cela veut simplement dire qu'il ne faut pas oublier que l'iPhone est utilisé dans des contextes d'ultra-mobilité, des contextes où certaines fonctions sont superflues (notamment celles qui prennent plus de temps que le temps d'attente du prochain métro), et certains moyens d'accéder à ses fonctions qui semblent naturels au premier abord en deviennent contre-intuitifs (notamment ceux qui ne peuvent pas être réalisés au pouce sans particulièrement viser au pixel près).

Il ne faut pas non plus oublier que l'iPhone n'est pas utilisé que par des supers-geeks-roxxors parlant en l33t à longueur de journée, mais aussi — et avant tout - par des gens pour qui le double tap, le triple tap, le balayage et je ne sais quoi encore ne sont rien d'autre que du branlage de mou. Et qu'il existe même des supers-geeks-roxxors parlant en l33t à longueur de journée qui n'ont pas forcément envie de s'y reprendre à trois fois pour ouvrir une URL pointant sur une vidéo de mignons lolcats. Non mais.

Le tactile n'est pas (encore ?) parfait
Il manque peut-être à iOS une certaine forme de progressivité : sur Mac, une même application peut être utilisée à des différentes cadences par un débutant (se reposant entièrement sur l'interface graphique) comme le power-user le plus aguerri (maîtrisant tous les raccourcis claviers, même ceux à onze doigts). Tweebot est en cela intéressant qu'il permet d'accéder à la plupart des fonctions de deux manières : des taps successifs, ou des gestes tactiles (des raccourcis gestuels, l'équivalent des raccourcis clavier).

Je ne suis seulement pas certain que les raccourcis gestuels soient la bonne solution, ce qui n'est évidemment pas la faute des développeurs. Apple s'y est essayé avec les bêtas d'iOS 4.3, avant de rebrousser chemin, et les brevets qu'elle dépose sur la question font parfois froid dans le dos (comme celui-ci). Il reste encore à inventer de nouvelles méthodes d'interaction, pour densifier sans complexifier. Heureusement, là encore, Apple semble avoir compris les enjeux (lire 1, 2 et 3).