La Fondation Mozilla à la croisée des chemins
par Benjamin Rondeau le 26.08.2009 à 14:31
Catapultée par l'annonce récente du milliardième téléchargement de Firefox, la fondation Mozilla semble à son apogée. Son logiciel phare a réussi à s'imposer comme un concurrent sérieux à l'hégémonique Internet Explorer, et positionne la fondation comme l'un des principaux acteurs de l'informatique. Mozilla a même détrôné Linux au rang de symbole de l'open source "qui réussit".
Parti de presque rien en 2004, Firefox est aujourd'hui le principal concurrent sérieux d'Internet Explorer. Ce qui n'était pas gagné : né sur les ruines d'un Netscape vieillissant, Firefox est issu de la volonté de deux développeurs de se débarrasser de la lourdeur de l'ancêtre pour repartir sur des bases optimisées. Devant le succès du nouveau navigateur créé, la fondation Mozilla a même décidé d'abandonner en 2006 le "Mozilla Application Suite".
Aujourd'hui, Firefox fait figure de principal rival à Internet Explorer, au point qu'il fait peu de doutes que le navigateur de la fondation Mozilla sera le grand bénéficiaire si Microsoft confirme son projet de proposer des navigateurs au choix dans Windows 7, et ce, même si c'est le norvégien Opera qui est à l'origine de cette décision...
La voie semble donc libre pour Firefox. Mais en y regardant de plus près, le tableau n'est pas si idyllique pour Mozilla.
Les limites de Mozilla
En effet, si Firefox rencontre indéniablement un succès mérité, sa progression s'est nettement ralentie depuis fin 2008. Les différentes études sur l'utilisation des navigateurs confirment ce point, que ce soit celle de Net Application ou d'AT Institute en France.
La sortie de Firefox 3.5 n'a a priori pas permis de relancer l'engouement pour le navigateur, qui ne gagne plus de terrain sur ses concurrents. Le niveau d'utilisation de Firefox en août 2009 est le même que 10 mois plus tôt...
Par ailleurs, sur le plan des performances, Firefox fait face à une concurrence de plus en plus rude. Selon la plupart des outils de mesure de performances, Firefox est en difficulté face à Chrome et Safari, qui partagent tous deux le même moteur de rendu. Peacekeeper est un nouvel outil mis au point par FutureMark, qui mesure les performances d'un navigateur web à tous les niveaux ou presque. Sur trois configurations différentes (un PC avec un processeur Core i7 920, un Core 2 Duo E8400 et un AMD Phenom II X4 940), les dernières versions finalisées de Safari et de Chrome distancent assez nettement Firefox 3.5.
Au niveau du JavaScript, point particulièrement sensible, Firefox a du mal à suivre la cadence imposée par ses deux concurrents. Dans ce domaine, les trois navigateurs ont fait des choix divergents, chacun disposant de son propre moteur. Une seule constante : Firefox est à la traîne, et un test récent montre que la sortie de Firefox 3.5 ne change pas la situation :
Si Firefox est indéniablement un très bon navigateur web, il fait face à une concurrence — que la fondation Mozilla a toujours appelé de ses voeux — très forte.
En quelques années, Webkit s'est fait un nom. Il est aussi bien utilisé par des grandes sociétés comme Nokia que par une multitude de projets open source.
Quelle vision stratégique ?
Occupée à peaufiner son navigateur maison (ce qu'elle a en effet réussi), la fondation Mozilla a tout simplement oublié de se positionner sur quelques créneaux innovants, qu'elle aurait pourtant pu contribuer à définir. On pense notamment aux terminaux mobiles et aux web OS.
Safari, Chrome et Internet Explorer sont tous les trois présents sur leur plate-forme mobile respective. Firefox est pour le moment le grand absent de cette bataille, au moment où la navigation sur les terminaux mobiles prend vraiment son essor (elle vient de doubler au cours de l'année 2008).
Sur ce terrain, la réaction de la fondation Mozilla s'appelle Fennec, mais semble venir un peu tardivement. Alors que tous ses concurrents ont plusieurs mois d'expérience (Opera Mini est même sorti dès 2005, Safari mobile a plus de deux ans d'existence), Fennec est encore au stade de beta et ne possède pas de date de sortie officielle ! Les choses commencent cependant à évoluer sur ce sujet, grâce à la décision de Google d'ouvrir un peu plus son environnement de développement pour Android.
La fondation est un peu plus présente sur le segment popularisé récemment par Google des "web OS", mais c'est uniquement par opportunisme. Sans être à l'origine des quelques projets (gOS, le projet moblin d'Intel) qui utilisent Firefox, elle profite de son statut de pourvoyeur du principal navigateur web.
Il faut dire que la fondation Mozilla, tout entière consacrée à remplir son objectif de "préserver le choix et l'innovation sur internet", semble considérer que sa mission passe quasiment uniquement par Firefox (auquel vient s'ajouter le logiciel de courriel Thunderbird). En dehors de cela, elle semble incapable de proposer depuis quelque temps de réelles innovations, ou même de suivre le rythme imposé par ses concurrents. À l'origine du groupe de travail sur l'avenir d'HTML (au sein du Web Hypertext Application Technology Working Group), elle a dû céder la main à ses meilleurs ennemis : ce sont aujourd'hui deux employés d'Apple et de Google, David Hyatt et Ian Hickson (par ailleurs deux anciens de Mozilla), qui sont en charge de la rédaction du standard HTML5.
Sortir par le haut ?
Indéniablement, la fondation Mozilla ne poursuit pas les mêmes objectifs que ses concurrents sur le marché des navigateurs. Forte de son expérience et de ses succès passés, elle semble s'inscrire dans une logique à long terme, afin d'influer durablement sur les standards et le fonctionnement du web. Et de ce point de vue, Mozilla a parfaitement réussi sa mission en changeant en profondeur le paysage du web en très peu de temps.
Face à l'évolution perpétuelle des standards et des technologies proposée par Google, Apple ou encore Adobe, Firefox représente une stabilité rassurante, tout en se renouvelant sans chercher à "faire du chiffre": c'est sans doute la véritable valeur ajoutée de la Fondation Mozilla.

Parti de presque rien en 2004, Firefox est aujourd'hui le principal concurrent sérieux d'Internet Explorer. Ce qui n'était pas gagné : né sur les ruines d'un Netscape vieillissant, Firefox est issu de la volonté de deux développeurs de se débarrasser de la lourdeur de l'ancêtre pour repartir sur des bases optimisées. Devant le succès du nouveau navigateur créé, la fondation Mozilla a même décidé d'abandonner en 2006 le "Mozilla Application Suite".
Aujourd'hui, Firefox fait figure de principal rival à Internet Explorer, au point qu'il fait peu de doutes que le navigateur de la fondation Mozilla sera le grand bénéficiaire si Microsoft confirme son projet de proposer des navigateurs au choix dans Windows 7, et ce, même si c'est le norvégien Opera qui est à l'origine de cette décision...
La voie semble donc libre pour Firefox. Mais en y regardant de plus près, le tableau n'est pas si idyllique pour Mozilla.
Les limites de Mozilla
En effet, si Firefox rencontre indéniablement un succès mérité, sa progression s'est nettement ralentie depuis fin 2008. Les différentes études sur l'utilisation des navigateurs confirment ce point, que ce soit celle de Net Application ou d'AT Institute en France.
La sortie de Firefox 3.5 n'a a priori pas permis de relancer l'engouement pour le navigateur, qui ne gagne plus de terrain sur ses concurrents. Le niveau d'utilisation de Firefox en août 2009 est le même que 10 mois plus tôt...Par ailleurs, sur le plan des performances, Firefox fait face à une concurrence de plus en plus rude. Selon la plupart des outils de mesure de performances, Firefox est en difficulté face à Chrome et Safari, qui partagent tous deux le même moteur de rendu. Peacekeeper est un nouvel outil mis au point par FutureMark, qui mesure les performances d'un navigateur web à tous les niveaux ou presque. Sur trois configurations différentes (un PC avec un processeur Core i7 920, un Core 2 Duo E8400 et un AMD Phenom II X4 940), les dernières versions finalisées de Safari et de Chrome distancent assez nettement Firefox 3.5.

Au niveau du JavaScript, point particulièrement sensible, Firefox a du mal à suivre la cadence imposée par ses deux concurrents. Dans ce domaine, les trois navigateurs ont fait des choix divergents, chacun disposant de son propre moteur. Une seule constante : Firefox est à la traîne, et un test récent montre que la sortie de Firefox 3.5 ne change pas la situation :
Si Firefox est indéniablement un très bon navigateur web, il fait face à une concurrence — que la fondation Mozilla a toujours appelé de ses voeux — très forte.
En quelques années, Webkit s'est fait un nom. Il est aussi bien utilisé par des grandes sociétés comme Nokia que par une multitude de projets open source.
Quelle vision stratégique ?
Occupée à peaufiner son navigateur maison (ce qu'elle a en effet réussi), la fondation Mozilla a tout simplement oublié de se positionner sur quelques créneaux innovants, qu'elle aurait pourtant pu contribuer à définir. On pense notamment aux terminaux mobiles et aux web OS.
Safari, Chrome et Internet Explorer sont tous les trois présents sur leur plate-forme mobile respective. Firefox est pour le moment le grand absent de cette bataille, au moment où la navigation sur les terminaux mobiles prend vraiment son essor (elle vient de doubler au cours de l'année 2008).
Sur ce terrain, la réaction de la fondation Mozilla s'appelle Fennec, mais semble venir un peu tardivement. Alors que tous ses concurrents ont plusieurs mois d'expérience (Opera Mini est même sorti dès 2005, Safari mobile a plus de deux ans d'existence), Fennec est encore au stade de beta et ne possède pas de date de sortie officielle ! Les choses commencent cependant à évoluer sur ce sujet, grâce à la décision de Google d'ouvrir un peu plus son environnement de développement pour Android.
La fondation est un peu plus présente sur le segment popularisé récemment par Google des "web OS", mais c'est uniquement par opportunisme. Sans être à l'origine des quelques projets (gOS, le projet moblin d'Intel) qui utilisent Firefox, elle profite de son statut de pourvoyeur du principal navigateur web.
Il faut dire que la fondation Mozilla, tout entière consacrée à remplir son objectif de "préserver le choix et l'innovation sur internet", semble considérer que sa mission passe quasiment uniquement par Firefox (auquel vient s'ajouter le logiciel de courriel Thunderbird). En dehors de cela, elle semble incapable de proposer depuis quelque temps de réelles innovations, ou même de suivre le rythme imposé par ses concurrents. À l'origine du groupe de travail sur l'avenir d'HTML (au sein du Web Hypertext Application Technology Working Group), elle a dû céder la main à ses meilleurs ennemis : ce sont aujourd'hui deux employés d'Apple et de Google, David Hyatt et Ian Hickson (par ailleurs deux anciens de Mozilla), qui sont en charge de la rédaction du standard HTML5.
Sortir par le haut ?
Indéniablement, la fondation Mozilla ne poursuit pas les mêmes objectifs que ses concurrents sur le marché des navigateurs. Forte de son expérience et de ses succès passés, elle semble s'inscrire dans une logique à long terme, afin d'influer durablement sur les standards et le fonctionnement du web. Et de ce point de vue, Mozilla a parfaitement réussi sa mission en changeant en profondeur le paysage du web en très peu de temps.
Face à l'évolution perpétuelle des standards et des technologies proposée par Google, Apple ou encore Adobe, Firefox représente une stabilité rassurante, tout en se renouvelant sans chercher à "faire du chiffre": c'est sans doute la véritable valeur ajoutée de la Fondation Mozilla.




Mai 2013