La télé d'Apple : quelles perspectives ?
par Arnauld de La Grandière le 19.02.2009 à 11:20
Il est vrai qu'Apple, comme souvent en pareil cas de figure, n'arrive pas en terrain conquis : la télévision numérique a été défrichée par bien d'autres avant elle, mais il est clair que la firme de Cupertino a une sérieuse carte à jouer : comme pour la téléphonie mobile avant son arrivée, nos télévisions sont très bêtes, et leurs interfaces très mal pensées. Aux USA, TiVo, un magnétoscope numérique, est devenu si populaire qu'ils en ont fait un verbe, et si en France on peut se targuer d'être largement équipés en "set top box" telle la Freebox, et même si des progrès notables ont été faits en la matière, le moins qu'on puisse dire c'est qu'elles ne souffriraient pas d'être revues sur le plan du design de leurs interfaces, de leurs fonctionnalités, et de leurs boîtiers. Même Microsoft s'y est frotté, comme les abonnés de Club Internet ont pu le voir avec Microsoft TV. Il faut ajouter à ça la pléthore de standards audiovisuels, que ce soit en connectique (péritel, s-video, HDMI, DVI...) ou en termes de diffusion (Mpeg2, Mpeg4, DVB-T, DVB-H...) comme en terme de signal analogique (PAL/SECAM/NTSC, bien que ceux-ci disparaîtront avec l'arrêt de la diffusion analogique dans quelques années). Pour qu'Apple propose une solution digne de sa réputation, il lui faudra apporter des réponses élégantes à ce casse-tête sans nom.
Mais il faut également regarder plus loin que les seuls contenus télévisuels, qui tombent en désuétude. Même pour la fameuse grand-messe du 20h, justement, la messe est dite : les audiences ne sont plus au rendez-vous, et les jeunes se replient de plus en plus sur Internet. La fascination pour l'écran trônant au centre de la vie familiale est en train de passer peu à peu, et les vieilles habitudes du public captif changent. À moins de proposer quelque chose de radicalement nouveau, on voit mal ce qu'Apple irait faire dans ce domaine, elle qui se doit de préserver son image tendance et novatrice.
Si Apple devait entrer sur le marché des téléviseurs, ça n'est certainement pas pour se contenter de fusionner l'Apple TV avec un écran. On peut envisager différentes pistes de ce qu'Apple pourrait faire dans ce domaine, sachant qu'un tel appareil ne se conçoit pas sans connexion à Internet afin de vendre du contenu via iTunes. Apple pourrait permettre la consultation à distance des émissions enregistrées sur son disque dur à la manière d'EyeTV, intégrer une iSight comme sur ses Macs pour offrir la vidéoconférence à tous, intégrer un dock iPod universel et s'en servir de télécommande futuriste, simplifier la diffusion des vidéos contenues sur un iPhone vers son grand écran via une connexion wifi, mais également mettre un terme à la multiplication des télécommandes en proposant un nouveau standard de communication entre les appareils audiovisuels, permettant de tous les piloter via la télécommande de son téléviseur et de mieux intégrer leurs services dans l'interface de son appareil, à la manière de "plug ins". Apple a d'ailleurs déposé un certain nombre de brevets allant dans ce sens : widgets sur la télé, iChat, télécommande innovante, magnétoscope, etc.
Si on prend un peu de recul, Apple aurait, avec un tel appareil, un écosystème complet, un véritable hub de la vie numérique, en partant de la création avec les Mac, jusqu'à la diffusion avec les iPod, l'iPhone, et enfin cette fameuse télévision. Voilà quelques années, Steve Jobs disait volontiers qu'il voyait en Sony un exemple à suivre. Une stratégie qui s'étale sur une décennie avec des résultats impressionnants. Aujourd'hui, c'est peut-être Sony qui voit en Apple un exemple à dépasser...
Cela étant, le marché français de l'industrie audiovisuelle présente bien des spécificités qui rendront la tâche d'autant plus ardue. La fameuse "exception culturelle" française, qui a mis les chaînes de télévision au coeur de tout le système de production, a valu à la France de toujours être en mesure de produire ses propres films et de résister au rouleau compresseur hollywoodien comme aucun autre pays européen. De même, les séries télévisées sont produites de façon bien différente qu'aux USA, où les "networks" ne financent qu'une part minoritaire du budget, ce qui fait que les producteurs conservent la propriété des séries pour la vente en DVD et aux diffuseurs étrangers. En outre, la fameuse chronologie des médias est plus lourde qu'aux USA. Il reste à voir comment iTunes peut s'adapter harmonieusement à cet écosystème bien différent, et les contenus vidéo proposés sur le magasin français continuent de faire figure de simple expérimentation. Il aura d'ailleurs fallu des mois de tractations pour en arriver à ce maigre résultat, et à ce jour il n'y a toujours pas le moindre film disponible. Sans compter que chaque abonné français au haut débit a à sa disposition un équivalent de l'Apple TV, gratuitement qui plus est, et que la vidéo à la demande est autrement plus étoffée sur celui-ci que sur l'iTunes Store. Si Apple devait proposer un téléviseur à sa manière, nul doute qu'il serait intimement lié aux contenus et qu'il lui faudrait s'adapter pour espérer percer sur ce marché si spécifique.
Mais il faut également regarder plus loin que les seuls contenus télévisuels, qui tombent en désuétude. Même pour la fameuse grand-messe du 20h, justement, la messe est dite : les audiences ne sont plus au rendez-vous, et les jeunes se replient de plus en plus sur Internet. La fascination pour l'écran trônant au centre de la vie familiale est en train de passer peu à peu, et les vieilles habitudes du public captif changent. À moins de proposer quelque chose de radicalement nouveau, on voit mal ce qu'Apple irait faire dans ce domaine, elle qui se doit de préserver son image tendance et novatrice.
Si Apple devait entrer sur le marché des téléviseurs, ça n'est certainement pas pour se contenter de fusionner l'Apple TV avec un écran. On peut envisager différentes pistes de ce qu'Apple pourrait faire dans ce domaine, sachant qu'un tel appareil ne se conçoit pas sans connexion à Internet afin de vendre du contenu via iTunes. Apple pourrait permettre la consultation à distance des émissions enregistrées sur son disque dur à la manière d'EyeTV, intégrer une iSight comme sur ses Macs pour offrir la vidéoconférence à tous, intégrer un dock iPod universel et s'en servir de télécommande futuriste, simplifier la diffusion des vidéos contenues sur un iPhone vers son grand écran via une connexion wifi, mais également mettre un terme à la multiplication des télécommandes en proposant un nouveau standard de communication entre les appareils audiovisuels, permettant de tous les piloter via la télécommande de son téléviseur et de mieux intégrer leurs services dans l'interface de son appareil, à la manière de "plug ins". Apple a d'ailleurs déposé un certain nombre de brevets allant dans ce sens : widgets sur la télé, iChat, télécommande innovante, magnétoscope, etc.
Si on prend un peu de recul, Apple aurait, avec un tel appareil, un écosystème complet, un véritable hub de la vie numérique, en partant de la création avec les Mac, jusqu'à la diffusion avec les iPod, l'iPhone, et enfin cette fameuse télévision. Voilà quelques années, Steve Jobs disait volontiers qu'il voyait en Sony un exemple à suivre. Une stratégie qui s'étale sur une décennie avec des résultats impressionnants. Aujourd'hui, c'est peut-être Sony qui voit en Apple un exemple à dépasser...
Cela étant, le marché français de l'industrie audiovisuelle présente bien des spécificités qui rendront la tâche d'autant plus ardue. La fameuse "exception culturelle" française, qui a mis les chaînes de télévision au coeur de tout le système de production, a valu à la France de toujours être en mesure de produire ses propres films et de résister au rouleau compresseur hollywoodien comme aucun autre pays européen. De même, les séries télévisées sont produites de façon bien différente qu'aux USA, où les "networks" ne financent qu'une part minoritaire du budget, ce qui fait que les producteurs conservent la propriété des séries pour la vente en DVD et aux diffuseurs étrangers. En outre, la fameuse chronologie des médias est plus lourde qu'aux USA. Il reste à voir comment iTunes peut s'adapter harmonieusement à cet écosystème bien différent, et les contenus vidéo proposés sur le magasin français continuent de faire figure de simple expérimentation. Il aura d'ailleurs fallu des mois de tractations pour en arriver à ce maigre résultat, et à ce jour il n'y a toujours pas le moindre film disponible. Sans compter que chaque abonné français au haut débit a à sa disposition un équivalent de l'Apple TV, gratuitement qui plus est, et que la vidéo à la demande est autrement plus étoffée sur celui-ci que sur l'iTunes Store. Si Apple devait proposer un téléviseur à sa manière, nul doute qu'il serait intimement lié aux contenus et qu'il lui faudrait s'adapter pour espérer percer sur ce marché si spécifique.




Juin 2013