analyse

Chrome : Google sur un nouveau terrain

par Benjamin Rondeau le 30.10.2008 à 15:35
Les bulles (et leur explosion), les innovations, les web 2.0 et autres crowdsourcing semblent ne rien pouvoir y changer : sur le net, tout continue (et continuera ?) toujours de tourner autour du navigateur. Et si la santé du réseau des réseaux doit se mesurer à la vitalité du marché des butineurs, alors la conclusion est sans appel : le net va bien, très bien, même !

Depuis début septembre, les habituels Internet Explorer, Safari et Firefox ont été rejoints par Google Chrome, le navigateur de Google, dont une troisième version bêta s'apprête à être livrée aux utilisateurs Windows..

À l'exception de la Mozilla Foundation, qui dispose d'un statut et d'objectifs particuliers dans ce jeu, les trois autres sont des usual suspects. Apple, Microsoft et Google ne se quittent plus, des logiciels aux services en ligne en passant par la téléphonie mobile.

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Refonte du paysage

Comme souvent, néanmoins, Apple et Google ont fait des choix stratégiques semblables. La firme de Cupertino sort paradoxalement gagnante de l'annonce de Google, qui a sélectionné le projet maison, Webkit, pour en faire le moteur de rendu web de Chrome.

Créé par Apple, très tôt utilisé par Nokia pour ses téléphones mobiles, puis par Adobe, Webkit est en passe de devenir un standard de facto. En progrès constant, le projet open source est renforcé pour le soutien de Google, qui dessine la nouvelle frontière de la guerre des navigateurs : Microsoft contre une alliance autour de projets ouverts.

Mais les collaborations n'empêchent pas la concurrence et l'innovation : le nouveau terrain de jeu est le moteur JavaScript. D'accord sur beaucoup de choses, c'est sur ce nerf de la guerre que Mozilla, Google et Apple lancent les hostilités. Safari a son Squirrelfish Extreme, Firefox son Tamarin : Google n'a pas lésiné sur les moyens et la conception du moteur javascript V8 de Google a été réalisée au Danemark par une équipe spécialisée.
Après la bataille de rendu, la capacité et les performances Javascript des navigateurs sont bien le nouveau facteur clé de succès pour Google et consorts : le Javascript est une composante essentielle des applications internet riches, prochain eldorado du web.

L'autre tendance de fond de ces nouveautés est l'importance de l'open source. Moteurs de rendu (Webkit, Chrome), moteurs Java : tous les acteurs (sauf Microsoft, cela va sans dire) ont fait le pari d'offrir l'innovation à la communauté des développeurs (et utilisateurs). Ce qui devrait favoriser l'émergence de navigateurs hybrides. Sunrise, Camino, Flock... Les développeurs rapides et malins se lancent sur un créneau pourtant bien encombré afin d'offrir des solutions sur mesure, empruntant à chaque navigateur ses qualités.


Un potentiel non négligeable

L'arrivée de Google n'est clairement pas une bonne nouvelle pour la fondation Mozilla. Même si cette dernière essaie de faire bonne figure, voilà un concurrent dont elle se serait bien passée.

Alors qu'Apple n'a pas (encore ?) réussi à imposer son Safari sur Windows, Google dispose de bien plus d'arguments pour son navigateur. Jusqu'à présent, Google était un fervent défenseur de Firefox, et un important pourvoyeur de fonds (85% des revenus de la fondation en 2006 sont issus du partenariat avec Google). Une situation qui peut s'avérer délicate pour les développeurs de Firefox, si l'on considère la mainmise de Google sur l'internet. Son quasi-monopole sur les moteurs de recherche, sa présence très forte dans de nombreux services (mail en ligne, logiciel de communication, services bureautiques en ligne...) sont autant de bonnes raisons pour Google de propager Chrome, et de (bons) moyens de le faire. Bref, si Google souhaite prendre rapidement des parts de marché, elle a les moyens de le faire, et Firefox pourrait souffrir d'une bataille entre Google et Microsoft...

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Les choix technologiques de Google font de Chrome le navigateur du cloud computing (terme galvaudé s'il en est), et Google le promeut comme tel. "C'est le premier navigateur conçu depuis le début pour faire tourner les pages, et pas uniquement les afficher", selon l'analyste Nicholas Carr. Particulièrement intéressé par l'essor du web, Google souhaite avec Chrome replacer le navigateur au centre de l'expérience du web. Trop souvent considéré comme un médiateur entre l'utilisateur et les pages, le browser ne peut pas (pour Google) rester le maillon faible du web. En proposant Chrome comme un projet Open Source, la compagnie de Mountain View indique clairement qu'elle ne se positionne pas en concurrent frontal de Safari, Internet Explorer ou Firefox, mais qu'elle souhaite donner les moyens à tous d'intégrer ses innovations, pour accélérer l'intégration d'applications innovantes.

Uniquement des gagnants ?

Ce faisant, Google espère simplement participer activement à une nouvelle période faste pour les applications et les services en lignes (et donc pour la publicité). Si l'on excepte Microsoft (toujours isolé dans ses choix technologiques), l'arrivée de Chrome devrait donc être bénéfique à l'ensemble du secteur.

Mais Google n'est pas uniquement philantrope : son but ultime est bien d'intégrer au mieux son navigateur et ses services web (de Youtube à Google Docs) au sein d'un GoogleOS. Chrome intègre ainsi Google Gears, qui permet d'accéder hors ligne aux services maison. Nul doute enfin que Google a préparé son Chrome pour une sortie sur les plates-formes mobiles. La compagnie ne peut pas se permettre d'être absente de ce nouveau secteur (actuellement dominé par Safari mobile), secteur qui attire tous les regards, dont ceux de la Mozilla Foundation. Tous gagnants, mais Google espère l'être un peu plus que les autres...