analyse

Snow Leopard : coup de maitre ?

par Benjamin Rondeau le 25.07.2008 à 09:42
En annonçant Snow Leopard lors de la conférence des développeurs, Steve Jobs jetait un pavé dans la mare. Loin des habituels cycles de développements, des annonces prometteuses (Leopard et ses 300 nouveautés), le patron d'Apple annonçait alors une pause pour refonder son système d'exploitation. Et trouvait, en plus, le moyen de convaincre du bien-fondé de cette pause !

Un timing à saisir

Il faut dire qu'après une période pleine d'innovations et de rebondissements pour Apple (AppleTV en mars 2007, iPhone en juin 2007, Leopard en octobre 2007, iPhone2 en juillet 2008), et les quelques difficultés rencontrées (décalage de la sortie de Leopard, récents couacs avec l'iPhone 2), on peut comprendre le besoin de la firme de Cupertino de ralentir la cadence pour calmer le jeu et reprendre le contrôle de ses livraisons.

À la sortie d'une période de frénésie de nouveautés (il faut se souvenir que les 300 nouveautés de Leopard avaient succédé aux 200 de Tiger : si, si !), Apple en profite pour tirer un trait sur les PowerPC. Cette décision, annoncée deux ans et demi seulement après la sortie des premiers Mac Intel, ne fait qu'entériner un fait avéré : avec l'explosion des ventes depuis deux années, le parc de PowerPC ne représente qu'une faible portion des Mac installés. Cette décision, si elle déçoit forcément les possesseurs de "vieux" Macs, est un non-évènement, salué même par les MacUsers.

Mais si Apple peut se permettre le luxe de la pause, c'est aussi que la concurrence lui en laisse l'occasion. La sortie de Vista a été un échec désormais consommé, et Microsoft table déjà sur son successeur, Windows 7, prévu pour 2009. Autant dire qu'Apple est tranquille pour quelque temps : les ingénieurs de Cupertino ont donc quelques mois pour repenser de fond en comble son système d'exploitation.


Les promesses de l'avenir

En décidant de ne plus supporter le PowerPC, Apple n'a plus qu'une seule plate-forme sur laquelle se focaliser pour améliorer Leopard, ce qui est évidemment pratique quand on décide d'optimiser un logiciel. Les ingénieurs de Cupertino vont donc pouvoir mettre les mains dans le cambouis de l'architecture X86 : multi-core, jeu d'instruction (SSE) seront passés au peigne fin.

C'est un fantasme de développeur que s'offre Steve Jobs : s'octroyer une pause pour peaufiner son logiciel afin de le rendre plus rapide, plus efficace, et plus économe. Cette recherche d'excellence technique rappelle (à un moment opportun) qu'Apple n'est pas qu'une entreprise de marketing (de hype ?), mais qu'elle associe à une science du design et de la communication un réel savoir-faire technique qui reste la base de ses succès.

Finalement, les améliorations annoncées (nouvelles API, applications plus légères...) portent les promesses d'une maturité pour Mac OS X et sont susceptibles de rendre cet OS très attractif. Apple confirme les recettes déjà éprouvées et utilise les ressources des projets Open Source pour assurer les évolutions du moteur de ses ordinateurs. Des anciens (CUPS, gcc, Bonjour) aux nouveaux (ZFS, le compilateur Clang) : le logiciel libre sera encore au coeur de Mac OS.

L'objectif semble être de distinguer son système à tous les niveaux de celui de Microsoft, de manière à pouvoir offrir une valeur ajoutée maximale, alors que les machines sont de plus en plus identiques.


Des voies à suivre

Au risque de décevoir d'éventuels utilisateurs en attente de nouveautés, Apple doit profiter de cette pause pour mettre en place les fondations qui lui permettront de répondre aux défis technologiques du secteur.

La mobilité continue de représenter le Graal des nouvelles technologies (l'Arlésienne, diront certaines mauvaises langues).
La réduction de l'empreinte du système d'exploitation devrait permettre à Apple d'aller plus loin dans cette voie, en comblant la frontière technologique (déjà ténue) entre un Mac et un iPhone, et en proposant une expérience utilisateur de plus en plus similaire sur les deux appareils.

Avec MobileMe (basé sur Sproutcore), le Mac se rapproche du net. Sur cette technologie hautement stratégique, Apple prend place de manière cohérente. Une place qui devrait sans nul doute être renforcée par le succès des appareils mobiles sortis de Cupertino. Ce virage résolu vers le réseau est assumé avec l'intégration d'Exchange, une fonctionnalité qui en vaut dix. Nul doute que cette décision sera reçue favorablement par le monde de l'entreprise.

Néanmoins, un autre domaine reste encore en friche pour Apple : il s'agit de la virtualisation. La firme de Cupertino reste très frileuse sur ce sujet en n'intégrant pas de solution maison (qui aurait pu trouver a minima une place dans MacOS X Server). Elle préfère pour le moment s'en remettre aux solutions proposés par les deux acteurs majeurs du secteur (VMWare et Parallels).

En attendant d'en savoir plus sur Snow Leopard, une certitude reste entière (outre le fait que l'utilisateur devra mettre la main au porte-monnaie) : en présentant son prochain système comme une simple mise à jour "mineure", Apple augmente ses chances de surprendre agréablement les utilisateurs lorsqu'elle dévoilera un peu plus les technologies de son nouveau félin.