Euro/Dollar: Apple peut mieux faire
Pour le constater, il suffit d'actualiser le graphique du taux de change appliqué par Apple (lire notre article: Les Mac en euros sont-ils trop chers ?). Nous y confrontions les prix en euros et en dollars d'une centaine de produits mis en vente depuis six ans. La première courbe, la plus haute, représente le cours de l'euro à la sortie de ces produits. La deuxième, systématiquement en dessous, le cours pratiqué par Apple. Autrement dit, le prix en dollars que divise le prix en euro des produits, sur lesquels nous avons pris soin de retirer la TVA, puisque ceux indiqués aux États-Unis s'entendent hors taxe.
Un écart qui se creuse encore
Plus la courbe monte, moins les Mac européens doivent être chers. Plus les courbes se rapprochent, plus les prix des deux côtés de l'Atlantique sont proches. Entre les deux, nous avions déjà mis en évidence "une marge qui oscille entre 10 et 20 cents. Cette marge explique pourquoi les Mac vendus en Europe sont, c'est un fait, systématiquement plus chers qu'aux Etats-Unis". Or, depuis le début de l'année, cette même marge n'a fait que s'accroître. D'environ 10 cents sur les MacBook et MacBook Pro de mai et juin 2007, elle a bondi à 17 et 18 cents sur ceux de février 2008. Elle est aussi de 21 cents sur le MacBook Air et de 26 cents sur l'iPhone de 16 Go.

L'iMac a mis fin à ce cycle. Avec lui, la marge d'Apple est revenue lundi à un plus raisonnable niveau de 12 cents sur le modèle d'entrée de gamme, proposé 1199 dollars mais 999 euros. Néanmoins, sur les autres modèles, la baisse est en trompe-l'œil. L'écart remonte en effet de 18 à 21 cents sur les configurations plus musclées. Et cela en tenant compte des 200 euros de ristourne. C'est dire ce que les fluctuations du taux de change, pour la même machine vendue dans deux pays différents, ont dû rapporter ces derniers mois à Apple.
Hausse des salaires européens
Pourquoi un tel écart ? Depuis la publication de notre premier article, MacGeneration a cherché plusieurs fois à obtenir une réaction d'Apple. Lors de la sortie du MacBook Air, c'est à nouveau l'argument des frais de localisation et de la hausse des coûts de certains composants qui nous a été opposé par un porte-parole d'Apple Europe. Ces frais de localisation correspondent au prix dépensé pour acheminer et traduire les produits dans les diverses langues européennes, et au versement des taxes locales. Ils recouvrent aussi, et c'est moins connu, l'augmentation relative des salaires européens. Pour une entreprise américaine, le coût n'est pas négligeable. Le rapatriement d'Apple Europe à Londres, où la livre sterling varie moins, a bien quelques avantages.
D'autres arguments régulièrement resservis sont plus contestables. À commencer par la référence aux droits de douane qui creuseraient les différences des deux côtés de l'Atlantique. Problème : les fabricants d'ordinateurs ne paient pas de droits de douane. C'est la conséquence de l'Accord sur les technologies de l'information (ATI), conclu en 1996, qui annule les taxes sur certains produits informatiques entre 70 pays, Europe et États-Unis en tête. Si les baladeurs ne sont pas concernés, leur taxation reste modeste *. Ensuite, il y a l'argument des frais de transport, exagéré pour des machines qui proviennent toutes en Asie. Enfin, Apple, comme toute multinationale, prend des positions pour se prémunir d'un retournement, en fixant les taux à l'avance.
* Voir sur le site de l'Union européenne, avec les codes TARIC donnés par Apple.




Mai 2013