Pourquoi NBC veut abandonner iTunes
Mercredi, l’iPod connaîtra sa première mise à jour depuis un an. Parmi les nouvelles fonctions du baladeur figureront peut-être le WiFi et l’écran tactile élargi inspiré de l’iPhone. Cette sixième génération est attendue au tournant : elle devra réussir là où le précédent modèle et tous les baladeurs multimédias ont échoué, en faisant du visionnage de vidéos non plus une fonction d’appoint, mais une pratique de masse. L’affaire paraît bien mal engagée. Dans une étude parue la semaine dernière, GfK pointait ce paradoxe : “Aujourd'hui 40% des baladeurs numériques intègrent la fonction vidéo. Mais les produits vidéo disposent en majorité de faibles capacités mémoires avec un écran de taille réduite”.
Longtemps négligée, au profit des seules fonctions musicales, la vidéo est maintenant un enjeu crucial sur l’iPod. En deux ans, Apple s’est lancée dans la vente de séries puis de films sur iTunes. Avec environ 50 millions de fichiers commercialisés, elle revendiquait toujours la première place début 2007. Sa domination est pourtant précaire. À la manière d’Universal qui, dans la musique, a refusé de renouveler son contrat annuel, c’est la chaîne américaine NBC qui menace de retirer ses séries d’iTunes. Les motivations divergent selon que l’on se fie à l’un ou à l’autre des actuels partenaires. Apple affirme que NBC exige une revalorisation des tarifs, de 1,99 à 4,99 dollars. NBC rétorque qu’elle souhaite davantage de flexibilité afin de constituer des lots de vidéos.
À vrai dire, là n'est pas le plus important. NBC et Apple ont encore jusqu’à la fin de l’année pour trouver un terrain d'entente. Ce différend illustre surtout les importantes tensions entre l’industrie américaine du divertissement et les groupes informatiques. Alors que les majors de la musique ont remis très tôt leur destin entre les mains d'Apple, les studios hollywoodiens et les chaînes de télévision, longtemps protégés par les freins au téléchargement de leurs contenus, plus volumineux, ne veulent pas se laisser déposséder de leurs biens. Aussi font-ils preuve ces derniers mois d’un surprenant activisme.
Les studios contre-attaquent
Jusqu’alors, c'est YouTube qui cristallisait tous les reproches. Le site de partage de vidéos, racheté l’an dernier par Google, est accusé d’héberger des centaines de milliers de contenus protégés. En mars, le groupe de médias Viacom, propriétaire de MTV et des studios Paramount, a pris la tête des assauts en portant l'affaire devant la justice. Il réclame un milliard de dollars de dommages à Google. D’autres chaînes et studios, dont NBC, sont depuis passés à l’attaque pour les mêmes motifs, forçant YouTube à purger ses bases et à nouer des accords parcellaires avec d'autres producteurs.
Dans le même temps, l'industrie de la vidéo organise une riposte sur l’offre. La semaine dernière, News Corp. et NBC ont dévoilé Hulu.com, un site de vidéo déjà évoqué en mai et qui doit être lancé en octobre. Ce projet de grande ampleur, qui aurait reçu 100 millions de dollars de financements, incarnera la contre-attaque face aux sites et aux services des groupes informatiques, Google et Apple en tête. Si le modèle économique doit encore être précisé, on sait déjà que Hulu diffusera, en extrait ou en intégralité, des épisodes de 24 et des Simpsons, propriétés de la Fox, mais aussi The Office et Heroes, programmes phares de NBC.

Et ce sont justement ces séries qui risquent d'être retirées d'iTunes. Selon Apple, elles représentent environ 30% des téléchargements. La ventilation sur le prix de vente n’est pas connue, mais si la chaîne en prélève les deux tiers, avec 50 millions de séries vendues en janvier (dernier chiffre connu), le manque à gagner s’élève à plus de 20 millions de dollars. Or, NBC semble prête à sacrifier ces revenus pour poursuivre, dans l'indépendance, son développement en ligne. Aux États-Unis, la diffusion gratuite sur Internet est déjà une réalité, et un outil décisif dans la lutte contre le piratage. Elle est financée, comme à l’antenne, par la publicité, grâce à des messages insérés dans la vidéo qu’il est impossible de contourner. Rien à voir avec la musique qui ne connaît que quelques initiatives du genre, dont le SpiralFrog d’Universal Music.
La solution Apple TV
Pour Apple, la situation est donc plutôt embarrassante. Car il lui est impossible de dicter ses conditions à ses partenaires, comme elle a pu le faire avec le prix unique dans la musique. D'une part, l'iPod de cinquième génération n'est pas vraiment taillé pour la vidéo, son écran et ses options de sortie externe étant notoirement limités. D'autre part, la vidéo en ligne reste prisée pour une utilisation à domicile. Or, par souci d'intégration avec son baladeur, Apple bride les films et les séries d'iTunes à un format nomade, ce qui, in fine, la pénalise pour toute autre utilisation classique.
Dans cette affaire, la solution pourrait donc venir d'un appareil que l'on a tendance à oublier, l'Apple TV. Du moins, si Apple en accélère le développement. Il s'agirait pour cela d'ouvrir le téléchargement direct des contenus, depuis son salon, sur le disque dur de l'Apple TV relié au téléviseur. Et, pourquoi pas, d'adopter un système de diffusion en streaming, procédé qui rencontre à la fois l'adhésion des producteurs et du public, habitué aux vidéos-clubs.




Octobre 2008