analyse

La surprise du chef
par Benjamin Rondeau le 18.06.2007 à 12:52

La conférence mondiale des développeurs Apple tend à devenir un rendez-vous de plus en plus important. Autrefois réservée aux seuls développeurs, elle est depuis quelques années un évènement important de l'année pour la firme de Cupertino, qui en profite pour communiquer autant à l'intention du grand public que des développeurs (ce qui est déjà en soi un petit exploit). Le cru 2007 ne déroge pas à cette règle, qui, sous couvert d'annonces clinquantes sur l'interface et les fonctionnalités de Leopard, recèle de nombreuses avancées moins visibles, mais sans doute non moins décisives.
Tout en évitant toujours des sujets qui fâchent...


Des annonces attendues

Après avoir fait languir au sujet des fonctionnalités cachées de Leopard, Steve Jobs était attendu au tournant. S'il est difficile de dire que le patron d'Apple a déçu, on est quand même resté sur notre faim pour ce qui est du futur système d'exploitation.

Ne faisons pas la fine bouche : le bureau, le Finder, QuickLook sont de belles innovations ergonomiques. L'expérience utilisateur est améliorée, les possibilités de recherche et de dossiers intelligents multipliées. Le Finder mérite d'ailleurs enfin vraiment son nom, grâce à l'apport décisif de la technologie de Spotlight. Tout ceci ne représente néanmoins qu'une simple évolution par rapport à ce qui existait déjà (sur iTunes, ou dans Spotlight).
Et si on ne peut que se réjouir de l'arrivée d'EA Interactive sur Mac, cette décision n'est pas liée aux technologies Apple, mais bien à Cider, qui permet aux jeux de tourner sur Mac sans être ré-écrits...
Les nouvelles fonctionnalités sont des réussites, mais méritaient-elles le statut de "secret feature" que Steve Jobs leur avait donné ? On se demande après coup si Apple n'avait pas plutôt envie d'attendre Vista pour y répondre de manière adéquate...

Un peu d'effet miroir dans le dock, de la transparence dans la barre des menus, et le tour est joué pour renouveler une interface graphique qui n'en avait pas vraiment besoin... Voilà la recette principale de cette WWDC qui accouche d'un OS vraiment prometteur, mais dont on aurait aimé voir plus.


Qui peut le plus peut le moins


Leopard aujourd'hui semble promettre une expérience utilisateur extrêmement aboutie, et Safari présente un avant-goût et une excellente démonstration de cette force d'Apple. On regrette donc de ne pas avoir vu à l'oeuvre iLife 07 ou un nouvel iWork, qui auraient été de vrais tests de mise en oeuvre des nouveautés de Leopard.

À trop privilégier le grand public (et les investisseurs ?) dans son discours inaugural, Steve Jobs a passé sous silence des éléments qui pourraient faire de Leopard un vrai renouveau dans les systèmes d'exploitation d'Apple.

Ainsi, dans un article très intéressant sur Wired.com, l'excellent Will Shipley, fondateur de l'OmniGroup et auteur de Delicious Library, n'y va pas par quatre chemins : les innovations de Leopard (CoreAnimation, les nouvelles API) promettent une nouvelle génération de logiciels vraiment époustouflante. On ne demande qu'à le croire (et le garçon est crédible), mais il est décevant de ne pas avoir pu prendre la mesure de ces possibilités. Au lieu de cela, Apple s'est contentée de montrer à minima ce qu'elle avait fait de sa propre invention.

L'intérêt réel d'une telle conférence est pourtant bien de mettre à disposition des développeurs des outils (APIs, outils de développement, architecture système) pour leur permettre de tirer parti des technologies.... Dans l'attente des prometteurs Delicious Library 2, nous n'avons rien vu de nouveau de la part des éditeurs tiers pendant cette WWDC.


La surprise du chef

Pour toutes ces raisons, la surprise du chef de ce keynote a été l'annonce de la sortie de Safari sur Windows... C'est cet élément qui reste le fait marquant du cru 2007 de la WWDC. Comme un symbole que plus que jamais, Apple se met (enfin) à l'heure du net. Safari 3, Spotlight qui fait ses recherches sur les Mac en réseau, la fonctionnalité Back To my Mac de .Mac (qui permet d'accéder à son Mac de n'importe quel endroit du monde) sont autant de preuves que la firme de Cupertino a pris le virage des nouveaux usages d'Internet. La route reste longue, mais pleine de promesses... L'effort mérite qu'on y revienne dans une opinion à suivre.