Apple. Inc : l'avènement de l'OS
par Benjamin Rondeau le 03.06.2008 à 10:46
Matériel ou logiciel ? Longtemps, cette question a été au centre des discussions sur l'avenir d'Apple. La firme de Cupertino était-elle une entreprise de logiciels, plutôt bien faits, condamnée à vendre du hardware, ou bien un constructeur informatique vendant du logiciel pour augmenter ses marges ? Du débat sur les clones, politique défendue par les tenants d'une vision "software", au nouveau nom de la société d'Apple Computer à Apple, Inc.), en passant par les errements matériels des années 90, cet apparent paradoxe a traversé l'histoire d'Apple.
La réalité est bien sûr plus compliquée, résumée par une phrase d'Alan Kay, phrase citée par Steve Jobs lors du lancement d'iPhone : "People serious about software should make their own hardware". Apple a pris cet adage à la lettre, pour en faire sa stratégie : la compagnie de Steve Jobs vend des logiciels (ou des services), mais les appuie sur des architectures matérielles qu'elle contrôle (le récent rachat de PA Semi en est une éclatante preuve). Or, si les logiciels maison couvrent une large gamme, principalement axée sur la création numérique, il est un maillon central qui assure la cohérence de l'ensemble : Mac OS X.
À l'approche de la Conférence mondiale des développeurs, et même s'il risque d'être éclipsé par un iPhone 2, c'est bien le système d'exploitation d'Apple qui sera la véritable vedette du salon, tant il est à la base de tous les grands succès de la firme à la Pomme.
Mac OS X : clé de voute du succès d'Apple
Loin d'être un simple OS, Mac OS X est en fait une véritable plate-forme : grand public, orientés serveurs, déclinés pour la mobilité en iPhoneOS ou dans le salon pour l'Apple TV, les best-sellers d'Apple ont tous un point commun. Et si l'interface utilisateur est la partie visible de cet iceberg, c'est loin d'être le principal vecteur de cette réussite. Le tour de force est caché dans les détails : Core Animation, Quartz, Kernel ; les technologies au coeur de l'iPhone et du Mac sont partagées : ce sont celles de Mac OS X.
En effet, le système d'exploitation d'Apple est le fruit de dix années de choix technologiques judicieux, là où la concurrence a souvent lancé des projets bien différents pour adresser chaque marché.
Sur le sujet, la comparaison entre Apple et Microsoft est frappante. Mac OS X est un héritier assumé du mouvement Open Source , non sans quelques difficultés, ce qui a largement permis à Apple de redorer un blason légèrement terni par ses précédentes expériences logicielles, et d'obtenir une crédibilité sans faille auprès des scientifiques et du monde informatique.
Dans le même temps, Apple a joué la carte d'un OS qui évoluait assez rapidement, là où Microsoft se lançait dans de longs cycles de développement. Sans doute choisie au départ pour améliorer un système qui souffrait de nombreuses lacunes, cette stratégie a permis à Apple de garder un temps d'avance sur la concurrence : il suffit pour s'en convaincre de regarder la liste établie par 01net des fonctionnalités idéales de Windows Seven (successeur de Vista) : uniquement deux versions, support complet du 64 bits, démarrage sur un disque dur externe, présence d'un système de back-up simple : le constat est cruel...
Apple dispose désormais du mouton à cinq pattes de l'industrie informatique : un système d'exploitation robuste, fiable, et versatile. Mais elle ajoute à cela un avantage de taille : elle est l'une des rares sociétés sur le marché à maitriser le software et le hardware. Ce qui la place en position de force, mais l'oblige à davantage de vigilance...
Les nouveaux challenges d'Apple
La position centrale de l'OS permet à Apple de surfer sur une importante vague de succès sur ses deux marchés clés : l'informatique et la musique numérique. Néanmoins, Apple doit faire face à des difficultés dans sa capacité à mener de front les deux chantiers. La sortie de Leopard a été retardée l'année dernière à cause de l'iPhone. Même si le Mac et l'iPhone partagent un socle commun, la mise au point des produits reste un chemin semé d'embûches.
Victime de son succès, Apple doit faire face à des menaces jusqu'à présent inconnues : la compagnie est montrée du doigt pour le manque de sécurité de ses produits, et hacker un Mac est devenu un jeu fréquent (car médiatique ?). L'iPhone n'est pas en reste, et si cela ressemble beaucoup à la rançon du succès, le goût en est amer pour Apple : on estime qu'un quart des iPhone vendus aux États-Unis sont désimlockés. L'imbrication du Mac et de l'iPhone n'est pas sans risque : la plate-forme attire les pirates sur les deux appareils.
Dans le même temps, Apple doit conserver le rythme actuel d'évolution de son système (une mise à jour majeure tous les deux ans) si elle souhaite conserver son avance sur Microsoft. À peine consommé l'échec de Vista, la société de Redmond se remet à l'ouvrage et prépare déjà pour janvier 2010 son Windows Seven. Heureusement, les prochaines directions à prendre pour Apple sont toutes trouvées !
Dans les entrailles de systèmes, les pistes ne manquent pas. Le micro-noyau Mach est critiqué de temps à autre pour ses problèmes de performance. Apple songe aussi à changer de système de fichiers, comme les rumeurs sur l'adoption de ZFS l'ont rappelé. Le système de fichier HFS+ a été conservé sur Leopard, mais semble bien en sursis... Ces améliorations sont essentielles, car de ces technologies dépendent les fonctionnalités et les performances des logiciels de la gamme Apple.
Dans les couches supérieures du système, l'amélioration de l'interface Homme Machine semble une évidence. Généralisation du prometteur Multi-Touch, optimisation des effets graphiques sont autant de voies à emprunter. Du côté des fonctionnalités, enfin, le rapprochement de l'OS et du web paraît inéluctable, tant il est déjà bien engagé. Sauvegarde en ligne, partage de documents, synchronisation de ses documents et mise à disposition de ses données sur n'importe quel ordinateur : voilà des pistes de services qu'Apple devra offrir pour répondre à Microsoft, mais aussi à Google, dont l'offre menace directement les acteurs classiques de l'informatique. Là encore, les bruits récents sur une refonte de .Mac (futur "Mobile Me" ou "Me.com" ?) confirment cette tendance : celle d'une mise "dans le nuage" des documents, pour les rendre disponibles sur tous les supports (Mac et iPhone, voire PC sous Windows ?).
Clé de voûte de la stratégie d'Apple, véritable coeur de métier de la maison, le système d'exploitation s'annonce comme l'enjeu principal des prochaines améliorations issues des labos de Cupertino. La plate-forme OS X (Mac OS X et iPhone OS) est déjà porteuse des grandes tendances de l'informatique, à tel point que Windows Seven introduira en 2010 le... Multi-Touch. C'est sur ce terrain de jeu que va se décider l'avenir de l'offre d'Apple, du logiciel au matériel : la conférence des développeurs qui s'ouvre le 9 juin prochain devrait lever le voile sur certaines pistes...
La réalité est bien sûr plus compliquée, résumée par une phrase d'Alan Kay, phrase citée par Steve Jobs lors du lancement d'iPhone : "People serious about software should make their own hardware". Apple a pris cet adage à la lettre, pour en faire sa stratégie : la compagnie de Steve Jobs vend des logiciels (ou des services), mais les appuie sur des architectures matérielles qu'elle contrôle (le récent rachat de PA Semi en est une éclatante preuve). Or, si les logiciels maison couvrent une large gamme, principalement axée sur la création numérique, il est un maillon central qui assure la cohérence de l'ensemble : Mac OS X.
À l'approche de la Conférence mondiale des développeurs, et même s'il risque d'être éclipsé par un iPhone 2, c'est bien le système d'exploitation d'Apple qui sera la véritable vedette du salon, tant il est à la base de tous les grands succès de la firme à la Pomme.
Mac OS X : clé de voute du succès d'Apple
Loin d'être un simple OS, Mac OS X est en fait une véritable plate-forme : grand public, orientés serveurs, déclinés pour la mobilité en iPhoneOS ou dans le salon pour l'Apple TV, les best-sellers d'Apple ont tous un point commun. Et si l'interface utilisateur est la partie visible de cet iceberg, c'est loin d'être le principal vecteur de cette réussite. Le tour de force est caché dans les détails : Core Animation, Quartz, Kernel ; les technologies au coeur de l'iPhone et du Mac sont partagées : ce sont celles de Mac OS X.
En effet, le système d'exploitation d'Apple est le fruit de dix années de choix technologiques judicieux, là où la concurrence a souvent lancé des projets bien différents pour adresser chaque marché.
Sur le sujet, la comparaison entre Apple et Microsoft est frappante. Mac OS X est un héritier assumé du mouvement Open Source , non sans quelques difficultés, ce qui a largement permis à Apple de redorer un blason légèrement terni par ses précédentes expériences logicielles, et d'obtenir une crédibilité sans faille auprès des scientifiques et du monde informatique.
Dans le même temps, Apple a joué la carte d'un OS qui évoluait assez rapidement, là où Microsoft se lançait dans de longs cycles de développement. Sans doute choisie au départ pour améliorer un système qui souffrait de nombreuses lacunes, cette stratégie a permis à Apple de garder un temps d'avance sur la concurrence : il suffit pour s'en convaincre de regarder la liste établie par 01net des fonctionnalités idéales de Windows Seven (successeur de Vista) : uniquement deux versions, support complet du 64 bits, démarrage sur un disque dur externe, présence d'un système de back-up simple : le constat est cruel...
Apple dispose désormais du mouton à cinq pattes de l'industrie informatique : un système d'exploitation robuste, fiable, et versatile. Mais elle ajoute à cela un avantage de taille : elle est l'une des rares sociétés sur le marché à maitriser le software et le hardware. Ce qui la place en position de force, mais l'oblige à davantage de vigilance...
Les nouveaux challenges d'Apple
La position centrale de l'OS permet à Apple de surfer sur une importante vague de succès sur ses deux marchés clés : l'informatique et la musique numérique. Néanmoins, Apple doit faire face à des difficultés dans sa capacité à mener de front les deux chantiers. La sortie de Leopard a été retardée l'année dernière à cause de l'iPhone. Même si le Mac et l'iPhone partagent un socle commun, la mise au point des produits reste un chemin semé d'embûches.
Victime de son succès, Apple doit faire face à des menaces jusqu'à présent inconnues : la compagnie est montrée du doigt pour le manque de sécurité de ses produits, et hacker un Mac est devenu un jeu fréquent (car médiatique ?). L'iPhone n'est pas en reste, et si cela ressemble beaucoup à la rançon du succès, le goût en est amer pour Apple : on estime qu'un quart des iPhone vendus aux États-Unis sont désimlockés. L'imbrication du Mac et de l'iPhone n'est pas sans risque : la plate-forme attire les pirates sur les deux appareils.
Dans le même temps, Apple doit conserver le rythme actuel d'évolution de son système (une mise à jour majeure tous les deux ans) si elle souhaite conserver son avance sur Microsoft. À peine consommé l'échec de Vista, la société de Redmond se remet à l'ouvrage et prépare déjà pour janvier 2010 son Windows Seven. Heureusement, les prochaines directions à prendre pour Apple sont toutes trouvées !
Dans les entrailles de systèmes, les pistes ne manquent pas. Le micro-noyau Mach est critiqué de temps à autre pour ses problèmes de performance. Apple songe aussi à changer de système de fichiers, comme les rumeurs sur l'adoption de ZFS l'ont rappelé. Le système de fichier HFS+ a été conservé sur Leopard, mais semble bien en sursis... Ces améliorations sont essentielles, car de ces technologies dépendent les fonctionnalités et les performances des logiciels de la gamme Apple.
Dans les couches supérieures du système, l'amélioration de l'interface Homme Machine semble une évidence. Généralisation du prometteur Multi-Touch, optimisation des effets graphiques sont autant de voies à emprunter. Du côté des fonctionnalités, enfin, le rapprochement de l'OS et du web paraît inéluctable, tant il est déjà bien engagé. Sauvegarde en ligne, partage de documents, synchronisation de ses documents et mise à disposition de ses données sur n'importe quel ordinateur : voilà des pistes de services qu'Apple devra offrir pour répondre à Microsoft, mais aussi à Google, dont l'offre menace directement les acteurs classiques de l'informatique. Là encore, les bruits récents sur une refonte de .Mac (futur "Mobile Me" ou "Me.com" ?) confirment cette tendance : celle d'une mise "dans le nuage" des documents, pour les rendre disponibles sur tous les supports (Mac et iPhone, voire PC sous Windows ?).
Clé de voûte de la stratégie d'Apple, véritable coeur de métier de la maison, le système d'exploitation s'annonce comme l'enjeu principal des prochaines améliorations issues des labos de Cupertino. La plate-forme OS X (Mac OS X et iPhone OS) est déjà porteuse des grandes tendances de l'informatique, à tel point que Windows Seven introduira en 2010 le... Multi-Touch. C'est sur ce terrain de jeu que va se décider l'avenir de l'offre d'Apple, du logiciel au matériel : la conférence des développeurs qui s'ouvre le 9 juin prochain devrait lever le voile sur certaines pistes...




Août 2008