analyse

Rideau de fumée ?

par Benjamin Rondeau le 21.08.2006 à 12:46
En espaçant les nouvelles versions de Mac OS X, Apple a sans nul doute amplifié l'effet d'attente. Las, le keynote du 7 août, malgré quelques bonnes surprises, ne nous offre qu'une évolution "logique" du système d'exploitation. C'est mieux que rien, mais sera-ce suffisant ?


Rendez vous manqué

Bien sûr, on n'est pas obligé de croire tout ce qu'on lit, mais force est de constater que la firme de Cupertino était attendue au tournant sur les "sujets chauds" : géo-localisation, intégration plus poussée avec le web (le mirage du web 2.0), virtualisation.

Les plus optimistes diront que ce n'est que partie remise (et Steve Jobs a bien pris soin de garder des révélations sous le coude), les autres regretteront une communication qui, bien que provocante (mais un tantinet lassante), semble relever de la poudre aux yeux.

On peut d'ailleurs s'interroger sur les raisons qui semblent pousser la firme de Cupertino à garder le secret... Difficile de croire que c'est pour éviter d'être copié (l'explication officielle), car Apple a eu dans le passé moins de scrupules pour dévoiler ses nouveautés. La réponse semble se situer entre une volonté de ne pas faire baisser les ventes actuelles de Mac (conséquence inévitable d'un achat repoussé dans l'attente de la sortie de Leopard) et les préparatifs de la confrontation commerciale à venir avec Vista. Apple aura sans nul doute besoin de lancer la guerre médiatique quand Vista sortira, en dévoilant un peu plus son jeu le moment venu...


Au détriment de l'utilisateur

En attendant, ceux qui anticipaient pour 2006 (puis, retards aidant, pour 2007), une guerre des systèmes d'exploitation entre Mac OS X 10.5 et Vista en sont pour leur frais.
Loin de tenir ses promesses, cette bataille, dont on espérait beaucoup en terme d'innovations (systèmes de fichier novateurs, interfaces graphiques repensées, intégration avec le web) s'est transformée en une querelle d'écoliers : Qui copie qui ?
Et la discussion s'annonce sans fin, oubliant l'utilisateur final...

Ceci ne parvient guère à masquer le manque de réelles innovations proposées actuellement par Leopard. De nouvelles versions des logiciels (Mail, iCal) en améliorations (trop) longtemps attendues (Spaces), la firme de Cupertino est loin d'avoir répondu aux attentes.

Bien sûr, TimeMachine est une idée indéniablement séduisante, encore une fois mise en oeuvre avec brio. Le logiciel ouvre la voie aux interfaces 3D. Si, comme certains le croient, Apple est en train de travailler sur un nouveau Finder, cette solution de sauvegarde pourrait en être un avant-goût alléchant....

L'autre bonne nouvelle vient de Leopard Server, qui met de vraies nouveautés (Spotlight Server, iCal Server) à la disposition des non spécialistes. Apple fait de plus preuve de cohérence en proposant Podcast Producer.
De plus, et c'est une surprise, malgré les relations difficiles avec le monde du logiciel libre, certaines de ces solutions (le serveur de calendrier notamment) sont libres et disponibles sur un nouveau site, Mac OS Forge, qui remplace Open Darwin et recense les projets soutenus par Apple.


Baisse de régime salutaire ?

L'incontestable réussite que constitue la transition vers l'architecture Intel ne doit pas faire oublier que le nerf de la guerre est, plus que jamais, le logiciel. C'est la capacité d'Apple à innover (à la fois dans les usages et sur la technologie) dans ce domaine qui permettra à la firme de Cupertino de se différencier et de gagner des parts de marché.
Cette stratégie a très bien fonctionné par le passé, et Tiger en est un exemple frappant (Dashboard, Spotlight, Core Audio, Core Video), qui fourmillait de nouveaux éléments.

Contre toute attente, Leopard semble marquer une pause dans cet effort d'Apple. Espérons que cela a pour but de permettre aux éditeurs de logiciels de continuer à tirer profit au mieux des possibilités offertes par le système d'exploitation. Avec les "Core" technologies (Core Image, Core Video, Core Animation, Core Data), les SDK divers (.Mac) et les outils de développement (dashcode, xcode 3), Apple ne cesse depuis quelques années d'offrir aux développeurs des solutions intégrées pour développer rapidement des logiciels novateurs.

En marquant le pas, Apple continue de s'assurer que ses solutions de développement sont adoptées par les éditeurs de logiciel, pour offrir aux utilisateurs des raisons de switcher...