Et si c'était vrai…
par Christophe Laporte le 25.05.2005 à 14:09
Le rêve de Steve Jobs, selon les auteurs de la biographie iCon, est de rendre à Apple son leadership dans l'industrie du PC. Le défi semble impossible à relever, mais on le sait, c'est exactement ce genre de pari qui plaît à l'homme fort de Cupertino. Grâce à l'iPod, Apple a su se réinventer, rajeunir son image de marque et renouer avec des taux de croissance à faire pâlir ses concurrents, y compris Dell. Avec iMac G5 et Mac mini, la marque à la pomme cherche à exploiter ce nouvel engouement pour ses produits et remettre ses ordinateurs au goût du jour. Profitant d'une conjoncture favorable, le Macintosh commence à regagner des parts de marché aux quatre coins de la planète. Reste qu'avec 2 ou 3 % de part de marché, la route est très longue avant que le rêve de Steve Jobs devienne réalité.
C'est dans ce contexte que la rumeur Mac OS X sur Intel renaît avec, de surcroît, une certaine crédibilité, celle du Wall Street Journal. La Pomme se prépare-t-elle à une énième transition et à enterrer une stratégie initiée au début des années 90 ? Cette défection serait pour le moins surprenante au moment où Sony, Nintendo et Microsoft découvrent les joies de cette architecture. Toutefois il y a plus de dix ans, quand les dirigeants de l'époque avaient opté pour le PowerPC, cette puce devait donner au Macintosh un avantage décisif tant à court terme qu'à long terme. Quinze ans plus tard, il faut bien reconnaître que l'alliance d'antan entre Apple, IBM et Motorola n'a pas permis à notre constructeur préféré de se distinguer véritablement de la concurrence. Se rattacher à Intel permettrait à la firme de Cupertino d'offrir plus de comptabilité, de se focaliser sur ce qu'elle sait mieux faire, le logiciel, et de se battre à armes égales avec ses concurrents. Un partenariat avec le géant des semi-conducteurs pourrait ne pas se limiter au processeur, mais à l'ensemble de la carte-mère, et offrir davantage de souplesse à la firme de Cupertino. Cependant, quitte à changer d'architecture, on aurait plutôt imaginé la Pomme collaborer avec AMD qu'avec Intel. Les choix technologiques des deux sociétés sont plus en accord. Enfin, passer sur une architecture X86 offrirait de nouvelles possibilités à Apple au niveau de sa politique commerciale. On se souvient qu'il y a peu, Steve Jobs avait affirmé avoir été contacté par plusieurs fabricants de PC intéressés par Mac OS X.
Cette thèse est intéressante, mais, semble, au final peu probable. Elle est compliquée à mettre en oeuvre et très risquée. Elle peut tout juste permettre à Apple de mettre un peu de pression sur IBM qui semble plus occupé à satisfaire les désirs de Nintendo, Sony et Microsoft qui se préparent tous trois à une lutte sans merci pour imposer leur console. Microsoft avec sa Xbox 360 et Sony avec sa Playstation 3 veulent aller plus loin et faire de leur monstre de puissance le véritable centre du hub numérique de demain et l'appareil par excellence à connecter à la télévision. On comprend mieux pourquoi les deux sociétés, bien que vifs adversaires d'Apple sur le marché de la musique numérique, cherchent à obtenir les faveurs d'iPod (voir la rumeur entre Sony et Apple et l'annonce de Microsoft affirmant que la Xbox pourra lire les fichiers présents sur iPod), aujourd'hui l'un des éléments clé du hub numérique.
Reste qu'Intel et Apple se retrouvent de facto exclus de ce marché qui pourrait constituer l'enjeu majeur de la décennie, celui de la conquête du salon par les constructeurs informatiques. Pour beaucoup, Mac mini était un coup d'essai pour Apple qui veut également s'installer dans cette pièce du foyer familial. Chez certains, celui-ci y figure déjà et fait office de machine à tout faire : lecteur MP3, diaporama photo, lecteur de DVD et de DiV-X. La prochaine étape pour Apple serait de transformer l'essai et de commercialiser une machine qui serait à la fois le grand frère d'iPod et un cousin éloigné du Macintosh. Équipé d'une version allégée de Mac OS X, cet appareil pourrait servir de magnétoscope numérique et serait le compagnon idéal d'un iTunes Video Store. Pour que cet engin soit en mesure de connaître le même succès qu'iPod, Apple devrait sans doute bouleverser ses habitudes en faisant d'importantes concessions sur le prix et en lançant une campagne de communication massive. C'est là où Intel entre en scène avec sa force de frappe sans commune mesure et ses nombreuses solutions qui permettraient à la Pomme de réaliser d'importantes économies. Pour le fabricant de processeurs, l'intérêt est loin d'être anecdotique, le numéro un des semi-conducteurs ne pouvant se permettre de rester au second plan sur ce marché.
L'autre scénario souvent évoqué depuis lundi, à juste raison, veut qu'Apple développe une nouvelle gamme de produits nomades. Après s'être beaucoup focalisé sur les ordinateurs de bureau, la firme de Cupertino se doit d'innover sur ce plan-là. Bloquée par les problèmes de dissipation de chaleur du G5, la Pomme pourrait innover par le bas. L'éventail des possibilités là encore est très large, les équipes d'Apple pouvant aussi bien travailler sur un iPod vidéo, sur un Tablet PC que sur un assistant numérique de nouvelle génération équipé d'un disque dur et richement doté en technologies sans-fil. Avec Xscale notamment, Intel a de quoi satisfaire Apple. Enfin, dernière possibilité, Apple pourrait être intéressée par WiMax, la technologie très prometteuse d'Intel qui pourrait à moyen terme révolutionner l'internet mobile. La Pomme a toujours été précurseur en matière de technologies sans-fil et il ne serait pas surprenant que Steve Jobs veuille démocratiser cette technologie. N'oublions pas que c'est l'iMac qui a permis à l'USB, une technologie d'Intel, de prendre son essor.
Toutes ces hypothèses peuvent paraître rocambolesques, mais elles démontrent bien le changement de mentalité qui a eu lieu chez les dirigeants de Cupertino ces dernières années. Il est très loin le temps où Apple développait tout soi-même et travaillait avec un nombre restreint de partenaires. De plus, vu les enjeux qui se profilent à l'horizon, nous sommes sans doute à l'aube d'une redistribution massive des cartes. Pour tirer son épingle du jeu, la firme de Cupertino est prête à tout, même à des alliances qui semblaient il y a peu encore contre nature. À Steve Jobs de faire les bons choix...
C'est dans ce contexte que la rumeur Mac OS X sur Intel renaît avec, de surcroît, une certaine crédibilité, celle du Wall Street Journal. La Pomme se prépare-t-elle à une énième transition et à enterrer une stratégie initiée au début des années 90 ? Cette défection serait pour le moins surprenante au moment où Sony, Nintendo et Microsoft découvrent les joies de cette architecture. Toutefois il y a plus de dix ans, quand les dirigeants de l'époque avaient opté pour le PowerPC, cette puce devait donner au Macintosh un avantage décisif tant à court terme qu'à long terme. Quinze ans plus tard, il faut bien reconnaître que l'alliance d'antan entre Apple, IBM et Motorola n'a pas permis à notre constructeur préféré de se distinguer véritablement de la concurrence. Se rattacher à Intel permettrait à la firme de Cupertino d'offrir plus de comptabilité, de se focaliser sur ce qu'elle sait mieux faire, le logiciel, et de se battre à armes égales avec ses concurrents. Un partenariat avec le géant des semi-conducteurs pourrait ne pas se limiter au processeur, mais à l'ensemble de la carte-mère, et offrir davantage de souplesse à la firme de Cupertino. Cependant, quitte à changer d'architecture, on aurait plutôt imaginé la Pomme collaborer avec AMD qu'avec Intel. Les choix technologiques des deux sociétés sont plus en accord. Enfin, passer sur une architecture X86 offrirait de nouvelles possibilités à Apple au niveau de sa politique commerciale. On se souvient qu'il y a peu, Steve Jobs avait affirmé avoir été contacté par plusieurs fabricants de PC intéressés par Mac OS X.
Cette thèse est intéressante, mais, semble, au final peu probable. Elle est compliquée à mettre en oeuvre et très risquée. Elle peut tout juste permettre à Apple de mettre un peu de pression sur IBM qui semble plus occupé à satisfaire les désirs de Nintendo, Sony et Microsoft qui se préparent tous trois à une lutte sans merci pour imposer leur console. Microsoft avec sa Xbox 360 et Sony avec sa Playstation 3 veulent aller plus loin et faire de leur monstre de puissance le véritable centre du hub numérique de demain et l'appareil par excellence à connecter à la télévision. On comprend mieux pourquoi les deux sociétés, bien que vifs adversaires d'Apple sur le marché de la musique numérique, cherchent à obtenir les faveurs d'iPod (voir la rumeur entre Sony et Apple et l'annonce de Microsoft affirmant que la Xbox pourra lire les fichiers présents sur iPod), aujourd'hui l'un des éléments clé du hub numérique.
Reste qu'Intel et Apple se retrouvent de facto exclus de ce marché qui pourrait constituer l'enjeu majeur de la décennie, celui de la conquête du salon par les constructeurs informatiques. Pour beaucoup, Mac mini était un coup d'essai pour Apple qui veut également s'installer dans cette pièce du foyer familial. Chez certains, celui-ci y figure déjà et fait office de machine à tout faire : lecteur MP3, diaporama photo, lecteur de DVD et de DiV-X. La prochaine étape pour Apple serait de transformer l'essai et de commercialiser une machine qui serait à la fois le grand frère d'iPod et un cousin éloigné du Macintosh. Équipé d'une version allégée de Mac OS X, cet appareil pourrait servir de magnétoscope numérique et serait le compagnon idéal d'un iTunes Video Store. Pour que cet engin soit en mesure de connaître le même succès qu'iPod, Apple devrait sans doute bouleverser ses habitudes en faisant d'importantes concessions sur le prix et en lançant une campagne de communication massive. C'est là où Intel entre en scène avec sa force de frappe sans commune mesure et ses nombreuses solutions qui permettraient à la Pomme de réaliser d'importantes économies. Pour le fabricant de processeurs, l'intérêt est loin d'être anecdotique, le numéro un des semi-conducteurs ne pouvant se permettre de rester au second plan sur ce marché.
L'autre scénario souvent évoqué depuis lundi, à juste raison, veut qu'Apple développe une nouvelle gamme de produits nomades. Après s'être beaucoup focalisé sur les ordinateurs de bureau, la firme de Cupertino se doit d'innover sur ce plan-là. Bloquée par les problèmes de dissipation de chaleur du G5, la Pomme pourrait innover par le bas. L'éventail des possibilités là encore est très large, les équipes d'Apple pouvant aussi bien travailler sur un iPod vidéo, sur un Tablet PC que sur un assistant numérique de nouvelle génération équipé d'un disque dur et richement doté en technologies sans-fil. Avec Xscale notamment, Intel a de quoi satisfaire Apple. Enfin, dernière possibilité, Apple pourrait être intéressée par WiMax, la technologie très prometteuse d'Intel qui pourrait à moyen terme révolutionner l'internet mobile. La Pomme a toujours été précurseur en matière de technologies sans-fil et il ne serait pas surprenant que Steve Jobs veuille démocratiser cette technologie. N'oublions pas que c'est l'iMac qui a permis à l'USB, une technologie d'Intel, de prendre son essor.
Toutes ces hypothèses peuvent paraître rocambolesques, mais elles démontrent bien le changement de mentalité qui a eu lieu chez les dirigeants de Cupertino ces dernières années. Il est très loin le temps où Apple développait tout soi-même et travaillait avec un nombre restreint de partenaires. De plus, vu les enjeux qui se profilent à l'horizon, nous sommes sans doute à l'aube d'une redistribution massive des cartes. Pour tirer son épingle du jeu, la firme de Cupertino est prête à tout, même à des alliances qui semblaient il y a peu encore contre nature. À Steve Jobs de faire les bons choix...




Mai 2013