analyse

Aperçu de Pages

par Vincent Absous le 19.01.2005 à 17:04
En présentant Pages, Steve Jobs a fait sensation la semaine dernière, lors de la conférence qui donnait le coup d’envoi de Macworld Expo. C’est que ce nouveau traitement de texte était annoncé depuis longtemps par les sites de rumeurs. De plus, les rapports toujours ambigus que la communauté Mac entretient avec Microsoft font que tout nouveau concurrent à Word est regardé comme pouvant, qui sait ?, marquer le début de la fin du quasi-monopole d’Office. Nous avons pu tester Pages. Évidemment, pour le moment, ce test n’est que superficiel.

L’interface



Au lancement du logiciel, Pages affiche une fenêtre qui, reprenant le même principe que ce que propose Keynote, permet de choisir un modèle de document. Apple propose quarante modèles différents qui correspondent à des utilisations diverses : éducation, famille, journaux, brochures, etc. On peut, bien évidemment, opter pour un modèle vierge et c’est aussi depuis cet endroit qu’on accédera facilement à ses propres modèles. On peut aussi choisir de ne pas afficher cette fenêtre et définir dans les préférences le modèle qu’on veut utiliser par défaut. Parlons alors de ce qui fâche et qu’on espère vite voir corrigé. Si on définit un modèle par défaut, on ne pourra plus créer de nouveaux documents qu’à partir de ce seul modèle. Imaginons qu’on veuille créer pourtant un petit journal, à partir d’un des modèles proposés par Apple, il n’y a plus moyen d’accéder à cette fenêtre, sauf à retourner dans les Préférences et à préciser qu’on veut avoir le choix au lancement du logiciel.

Autre sujet de fâcherie : la taille de la fenêtre. Au lancement d’un nouveau document, Pages affiche une page qui occupe tout l’espace vertical de l’écran, semblant coincée entre la Barre de menus et le Dock. AppleWorks avait le même défaut, mais on pouvait, en créant un modèle personnalisé, y remédier. Pas avec Pages. C’est un peu agaçant, mais ce n’est pas très grave. En tout cas, la création d’un modèle personnalisé permettra tout de même que Pages se souvienne de quelques réglages personnalisés (mais pas de tous). Pages oublie en effet qu’on peut avoir besoin des inspecteurs ou des règles. Avec un modèle personnalisé, il s’en souviendra. Pas moyen, en revanche, de lui faire entrer dans la tête qu’on veut que les caractères invisibles ne le soient plus, invisibles.



L’interface de Pages est sobre. C’est évidemment la réflexion qui vient immédiatement à l’esprit. Par défaut, la barre d’outils supérieure présente dix icônes, pas plus. Sobriété et même peut-être pauvreté diront certains. C’est que l’essentiel des fonctions est accessible depuis la fenêtre des inspecteurs (une palette flottante que les habitués de Keynote connaissent bien). Cette barre propose donc une icône “Pages” qui permet de choisir quel type de pages ajouter au document. En fonction du modèle choisi, on pourra opter pour une page avec deux colonnes de texte déjà préparées, avec un bloc image, etc. Dans le cas où on travaille sur un document vierge de tout modèle, le bouton Pages permet uniquement de rajouter une page vierge au document courant. Les boutons “Colonnes”, “Style”, “Couleurs” et “Police” se passent de commentaires. Le bouton “Objets” permet à l’utilisateur de choisir quel type d’élément il veut ajouter à son document : une figure géométrique (une flèche, un carré, etc.), un tableau, un graphique ou un bloc de texte. Le bouton “Habillage” permet lui de choisir l’emplacement du texte par rapport à un objet, une image notamment. Le bouton “Inspecteur” permet de convoquer cette palette flottante qu’on évoquait plus haut.

C’est depuis cet Inspecteur qu’on pilote véritablement le logiciel. Au point d’ailleurs qu’on peut escamoter la barre d’outils. Un regret : l’inspecteur ne propose pas la liste des polices. Il faut ouvrir une autre palette, celle que Pages partage avec d’autres applications (Keynote, mais aussi TextEdit ou d’autres encore). C’est en quelque sorte économiser les ressources, c’est rationaliser dans un sens l’utilisation du Mac, mais devoir convoquer systématiquement une palette qui, elle, ne veut pas rester en place et disparaît chaque fois qu’on ferme le logiciel, c’est un peu dommage.

Pages fait la part assez belle au multimédia. Steve Jobs a insisté sur ce point : comme d’autres logiciels Apple, Pages sait dialoguer avec les iApps et notamment iPhoto et iTunes. Il sait aussi reconnaître les séquences vidéo d’iMovie. On parlait de rationalité plus haut, en voilà un nouvel exemple. C’est donc depuis une palette qu’on retrouve ailleurs (dans iDVD par exemple), qu’on puisera du contenu musical, photographique ou vidéo. Une photo s’afficher directement, un morceau puisé dans la bibliothèque iTunes sera, lui, symbolisé par un haut-parleur. On en commande alors la lecture depuis l’inspecteur QuickTime.

Utiliser Pages


Pages permet, heureusement, à l’utilisateur de gérer les styles (de caractères ou de paragraphes) grâce à une feuille de style personnalisable (en fonction des modèles ou des situations). Rien de particulier à dire sur ce point. On applique les styles depuis la barre d’outils où nous attend un bouton qui porte bien son nom. C’est simple, mais on regrettera que la liste des styles disponibles ne soit pas classée par ordre logique (les sous-titres avec les titres, par exemple), mais par ordre alphabétique. On peut aussi appliquer une numérotation ou des puces à des paragraphes. Un autre bouton, “Liste”, jouxte sur la barre d’outils celui des styles. On peaufinera les caractéristiques des styles et des listes depuis l’Inspecteur.

On peut aussi commander tout cela depuis un tiroir, justement appelé “Tiroir styles”, qui permet de d’appliquer, modifier ou créer des styles de paragraphe, de caractères ou de listes. Tout irait bien si, franchement, ce n’était pas laid au possible. En fait, la liste comme le tiroir offrent une représentation WYSIWYG du style. C’est pratique, mais c’est laid.

Pages sait aussi récupérer les styles incorporés dans les autres documents, y compris les documents Word. Dommage qu’il ne sache pas ouvrir directement les feuilles de style .dot.

Pages permet de réaliser des documents complexes. Pour cela, dans le cas du traitement de texte pur, l’utilisateur peut créer des sections. C’est évidemment essentiel. On peut aussi utiliser Pages pour créer des documents qui vont bien au-delà du traitement de texte et qui relèvent presque de la Publication assistée par ordinateur. Pour autant, ceux qui espèrent trouver en Pages le Publisher du Macintosh vont être déçus. Pages n'est pas cela. Il n'a pas été conçu dans le même esprit. Il rappelle en fait beaucoup le mode dessin vectoriel d'AppleWorks. L’outil “Texte” permet ainsi de créer des blocs, des zones ou des réserves (selon la terminologie de son logiciel habituel) où l’on coulera du texte. On peut chaîner plusieurs blocs, de façon à ce que le texte du bloc A puisse déborder dans le bloc B. On peut aussi, bien sûr, placer d’autres objets sur une page : images, graphiques, notamment. Le texte peut alors, comme partout, épouser les contours de l’objet, de plus ou moins près. On peut définir un encadrement, un effet d’ombre, un degré d’opacité, le positionnement d’un objet A sur un objet B, etc. Autant de possibilités qu’offrent de nombreux logiciels de PAO ou même Word. Leur application ne déroutera pas l’utilisateur de Keynote : les commandes sont les mêmes.

Pages sait ainsi créer de beaux documents. Un coup d’œil sur les modèles proposés suffit à le montrer. Toutefois dans le domaine, on ne s’improvise pas non plus maquettiste. On apprécie donc de promener l’image sur la page, de voir le texte couler immédiatement autour du bloc. C’est assurément spectaculaire. Le déplacement d'un bloc/objet sur la page, comme c'est le cas déjà dans Keynote, entraîne l'apparition de guides qui permettent de le positionner avec précision.

Au rang de ce qu’on espère voir améliorer dans les versions prochaines, on citera par exemple les notes de bas de page, qui ne peuvent être placées... qu’au bas de la page et pas en fin de section ou en fin de document. On peut sinon modifier le style de la note, sa numérotation. On peut choisir à partir de quel numéro elle commence, de numéroter en continu ou de reprendre à chaque section ou à chaque page.

Les thésards et les chercheurs apprécieront sa capacité à générer une table des matières à partir de certains éléments qu’on sélectionnera dans l’inspecteur. Ils ne pourront pas créer, en revanche, d’index. Tant pis.

Pages permet aussi de créer des signets. Même dans un document texte, une thèse par exemple, un système de signets peut avoir son intérêt. Si le document qu’on crée est destiné à l’exportation vers le Web, on peut aussi créer des liens Web ou des liens vers des adresses e-mail.

La création de tableau n’appelle pas de commentaire particulier. Une fois le tableau créé (depuis le menu Insertion ou le bouton Objets de la barre d’outils), c’est depuis l’inspecteur Tableaux qu’on gérera nombre de cellules, de lignes et de colonne, qu’on scindera ou fusionnera, etc. Pages ne sait pas utiliser les tableaux créés comme ceux d’une feuille de calcul tableur (ce que fait Word). Ça peut pourtant être pratique.

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