Intel démythifie le gigahertz
par Benjamin Ferran le 27.11.2003 à 12:13
Intel va bien. Le fondeur américain fut l’une des premières entreprises à enregistrer un rebond du secteur informatique qui sort aujourd’hui doucement de la morosité. Il a publié en octobre des chiffres de ventes record, un chiffre d’affaires et un résultat net en forte hausse, et reste optimiste pour l’avenir. Face à la concurrence d’AMD, dont les derniers processeurs sont réputés plus performants, Intel a entrepris il y a deux ans une modification majeure de sa stratégie dont elle commence tout juste à récolter les fruits.
Le Centrino en est la première concrétisation. Dans le Wall Street Journal, Mooly Eden, responsable de la division portable d’Intel, en racontait la semaine dernière les étapes de fabrication. Oubliée l’augmentation effrénée de la fréquence des processeurs qui a servi pendant plus de dix ans de credo à l’entreprise. Les ego des ingénieurs qui travaillaient sur le projet, assoiffés de gigahertz, en auraient pris un coup. Car contrairement à sa pratique habituelle, Intel leur a imposé de limiter la fréquence du Pentium M pour respecter les objectifs de l’architecture ; l’intérêt de Centrino est de proposer, en plus de ce processeur, un Chipset Intel spécialement conçu pour les portables, et un module RLAN permettant, sans surcoût, d’exploiter l’engouement du Wi-Fi. « Il y a eu des discussions très dures et passionnées, explique Eden. On m’accusait même d’aller contre l’innovation. Des ingénieurs me considèrent toujours comme persona non grata ». C'est tout un système qui s'est effondré. Résultat, le Pentium M plafonne à 1,7 GHz, ce qui n’empêche pas Intel de proposer une solution homogène et performante, à faible consommation, bien plus à l'aise dans les portables que les dérivés de Pentium 4.
Centrino Inside
La réussite est incontestable. En quelques mois, le nom de « Centrino » est devenu un argument important dans le choix d’un ordinateur portable. Pour imposer sa nouvelles création Intel a usé à nouveau d’une pratique qui a fait ses preuves. Comme dans les années 1990, où elle donnait des primes aux fabricants qui apposaient le fameux logo « Intel Inside » sur leur machine, Intel accorde des subventions à ceux qui mettent en avant le Centrino. Par ailleurs, 300 millions de dollars auront été dépensés dans le monde pour promouvoir l’architecture. Grâce à des écrans de publicité, des affichages, des encarts dans la presse, ou des accords remarqués (avec l’Education Nationale ou la RATP en France), Intel a pu se démarquer de ses concurrents et de sa propre stratégie passée. Dans les grands magasins spécialisés, Wi-fi et Centrino forment le couple vedette de Noël. Et il ne faut pas se méprendre : Intel, qui a anticipé la baisse de la demande (les utilisateurs ayant moins l'impression que leur machine est dépassée, lorsqu'il s'agit de surfer sur Internet ou de faire du traitement de texte), a eu besoin de l'attrait du Wi-fi pour faire croître ses ventes. C'est grâce au Wi-fi, et non à son processeur, qu'il fait parler de Centrino dans les lieux publics, et noue de nombreux partenariats. Les adeptes du Macintosh regardent d’ailleurs, amusés, le grand public sur PC découvrir ces technologies, eux qui peuvent profiter depuis 1999 d’Airport. Ceux qui traquent et s’enorgueillissent des innovations de leur entreprise préférée trouveront là un nouveau motif de satisfaction.
Dans toute la communication faite autour de Centrino, il faut retenir un aveu important d’Intel : sinon pour quelques tâches spécialisées, il n’est plus nécessaire de mettre l’accent sur une puissance excessive, mais sur ce qu’il est possible de faire avec un ordinateur. Aussi les nouvelles publicités du fondeur ne font-elles pas mention de la capacité du processeur, mais de la liberté qu'un portable procure. La conception du Centrino comme une architecture globale (Intel ne se contente plus de fournir un processeur et de laisser le soin aux constructeurs de l’intégrer avec plus ou moins de bonheur), la recherche du meilleur compromis pouvant par exemple prendre le pas sur la fréquence du processeur, sont autant d’éléments qui ne sont pas étrangers à ceux qui suivent les destinées d’Apple. Un moindre mal pour Intel, qui semble avoir atteint un palier. Or, nul doute qu’après les ordinateurs portables, les ordinateurs de bureau seront les prochains touchés par cette révolution. En un an, Intel n'a augmenté la fréquence de son Pentium 4 qu'une fois, et préfère en commercialiser une version Extreme Edition embarquant plus de cache. Sur ce terrain, Apple et IBM ont donc une très bonne carte à jouer. Désormais, même si un Prescott à 4 GHz est annoncé pour 2004, on parle plutôt de gravure à 0,09 micron, d'Hyper Transport, de 64-bits ou de qualité d'intégration. Pour Apple, le G5, et les évolutions du PowerPC qui s'annoncent, font plus que combler un écart de fréquence. Les concurrents d'Intel, qui ont longtemps subi la pression commerciale des gigahertz, assistent à un retournement inespéré. Intel ne serait-il pas en train de mettre fin, seul, au « mythe du gigahertz » ?
Le Centrino en est la première concrétisation. Dans le Wall Street Journal, Mooly Eden, responsable de la division portable d’Intel, en racontait la semaine dernière les étapes de fabrication. Oubliée l’augmentation effrénée de la fréquence des processeurs qui a servi pendant plus de dix ans de credo à l’entreprise. Les ego des ingénieurs qui travaillaient sur le projet, assoiffés de gigahertz, en auraient pris un coup. Car contrairement à sa pratique habituelle, Intel leur a imposé de limiter la fréquence du Pentium M pour respecter les objectifs de l’architecture ; l’intérêt de Centrino est de proposer, en plus de ce processeur, un Chipset Intel spécialement conçu pour les portables, et un module RLAN permettant, sans surcoût, d’exploiter l’engouement du Wi-Fi. « Il y a eu des discussions très dures et passionnées, explique Eden. On m’accusait même d’aller contre l’innovation. Des ingénieurs me considèrent toujours comme persona non grata ». C'est tout un système qui s'est effondré. Résultat, le Pentium M plafonne à 1,7 GHz, ce qui n’empêche pas Intel de proposer une solution homogène et performante, à faible consommation, bien plus à l'aise dans les portables que les dérivés de Pentium 4.
Centrino Inside
La réussite est incontestable. En quelques mois, le nom de « Centrino » est devenu un argument important dans le choix d’un ordinateur portable. Pour imposer sa nouvelles création Intel a usé à nouveau d’une pratique qui a fait ses preuves. Comme dans les années 1990, où elle donnait des primes aux fabricants qui apposaient le fameux logo « Intel Inside » sur leur machine, Intel accorde des subventions à ceux qui mettent en avant le Centrino. Par ailleurs, 300 millions de dollars auront été dépensés dans le monde pour promouvoir l’architecture. Grâce à des écrans de publicité, des affichages, des encarts dans la presse, ou des accords remarqués (avec l’Education Nationale ou la RATP en France), Intel a pu se démarquer de ses concurrents et de sa propre stratégie passée. Dans les grands magasins spécialisés, Wi-fi et Centrino forment le couple vedette de Noël. Et il ne faut pas se méprendre : Intel, qui a anticipé la baisse de la demande (les utilisateurs ayant moins l'impression que leur machine est dépassée, lorsqu'il s'agit de surfer sur Internet ou de faire du traitement de texte), a eu besoin de l'attrait du Wi-fi pour faire croître ses ventes. C'est grâce au Wi-fi, et non à son processeur, qu'il fait parler de Centrino dans les lieux publics, et noue de nombreux partenariats. Les adeptes du Macintosh regardent d’ailleurs, amusés, le grand public sur PC découvrir ces technologies, eux qui peuvent profiter depuis 1999 d’Airport. Ceux qui traquent et s’enorgueillissent des innovations de leur entreprise préférée trouveront là un nouveau motif de satisfaction.
Dans toute la communication faite autour de Centrino, il faut retenir un aveu important d’Intel : sinon pour quelques tâches spécialisées, il n’est plus nécessaire de mettre l’accent sur une puissance excessive, mais sur ce qu’il est possible de faire avec un ordinateur. Aussi les nouvelles publicités du fondeur ne font-elles pas mention de la capacité du processeur, mais de la liberté qu'un portable procure. La conception du Centrino comme une architecture globale (Intel ne se contente plus de fournir un processeur et de laisser le soin aux constructeurs de l’intégrer avec plus ou moins de bonheur), la recherche du meilleur compromis pouvant par exemple prendre le pas sur la fréquence du processeur, sont autant d’éléments qui ne sont pas étrangers à ceux qui suivent les destinées d’Apple. Un moindre mal pour Intel, qui semble avoir atteint un palier. Or, nul doute qu’après les ordinateurs portables, les ordinateurs de bureau seront les prochains touchés par cette révolution. En un an, Intel n'a augmenté la fréquence de son Pentium 4 qu'une fois, et préfère en commercialiser une version Extreme Edition embarquant plus de cache. Sur ce terrain, Apple et IBM ont donc une très bonne carte à jouer. Désormais, même si un Prescott à 4 GHz est annoncé pour 2004, on parle plutôt de gravure à 0,09 micron, d'Hyper Transport, de 64-bits ou de qualité d'intégration. Pour Apple, le G5, et les évolutions du PowerPC qui s'annoncent, font plus que combler un écart de fréquence. Les concurrents d'Intel, qui ont longtemps subi la pression commerciale des gigahertz, assistent à un retournement inespéré. Intel ne serait-il pas en train de mettre fin, seul, au « mythe du gigahertz » ?




Juillet 2009